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  • : Histoire de la ville d'Halluin (Nord). Regard sur le passé et le présent.
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(1957 à 1992) brandodean.over-blog.org/article-5718593.html

 

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16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 17:01



Né à Halluin en mars 1923, André Deprétère est jeune instituteur quand l’insurrection éclate entre le samedi 2 et le mercredi 6 septembre afin de libérer la ville de l’occupant allemand. Cet ami d’Alfred Simono, décédé récemment, nous a ouvert (NE 30 Août 2007) son journal personnel.

 

Sa mémoire est intacte. Sur les pages quadrillées d’un cahier qu’il destine à sa fille, André Deprétère a capturé le temps de ces évènements qui semble s’être figé pour toujours.

 

Il y a un jour de particulièrement gravé, le samedi 2 septembre 1944.

 

« Déjà, le 2 septembre 1939, j’avais conduit mon père à la gare, il venait d’être mobilisé ».

 

Et de présenter son brassard de FUJP, attestant qu’il a été membre du comité de libération. Un bout de tissu qui reflète toutes les souffrances, toutes les peurs.

 

« J’avais 21 ans, les Allemands avaient affiché en ce samedi 2 septembre 1944, il y a 63 ans, un avis interdisant tout déplacement à bicyclette, alors le plus important moyen de transport. Les temps étaient durs, les tickets de pain étaient les bienvenus, il fallait s’adapter au système de ravitaillement, à la pénurie. La faim la plus terrible, c’était entre 1940 et 1942 ».

 

André Deprétère qui revendique sa modestie et son humilité, était né rue de la Libération et vivait alors au 25, rue de la Paix.

 

« Depuis le 25 août 1944, c’était la débandade de l’armée allemande », reprend-il.

 

« Les colonnes étaient hétéroclites, composées de charrettes, de bicyclettes réquisitionnées ou volées, d’attelages divers, mais les soldats ennemis étaient toujours fortement armés (fusils, mitrailleuses, mitraillettes et parfois un canon antichar). La peur était constante, les attaques aériennes des Britanniques monnaie courante ».

 

Ainsi, le vendredi après-midi, une voiture a été détruite rue de Lille. « L’atmosphère était nerveuse », se souvient-il, « samedi matin, 2 septembre 1944, je me rends rue de Lille, chez M. Blehaut,  directeur de l’école du Molinel et fondateur du Front National d’alors à Halluin qui recrutait des gens dans le cadre de la résistance.

 

Avec deux comparses, il venait de semer des clous triangulaires de 5 cm dans le haut de la rue de Lille (côté Roncq). L’un des deux acolytes M. Vandekerckhove, abritait chez lui un aviateur américain, le capitaine Conrad qui s’était blessé lors de son parachutage et était alors soigné par le docteur Bolvin.

 

En sortant, je me rends rue Neuve et je vois au loin, au niveau de la rue du Forage, des flammes provenant d’un camion militaire de marque française en feu. Des soldats s’agitaient rue de Lille ».

 

Ce jour-là, plus aucun tramway ne circulait rue de Lille sur l’axe de liaison Halluin-Roncq-Tourcoing. « Pendant toute la guerre, ce tramway était bondé », atteste André Deprétère.

 

Toujours ce samedi, il va rendre ensuite visite à ce M. Vandekerckhove,  près de l’église du Mont pour lui proposer ses services.

 

« Je rentre alors chez moi par le chemin de Loisel où nous rejoignent deux hommes. Deux chasseurs américains foncent sur nous et nous agitions les bras pour qu’ils nous épargnent.

 

L’heure de l’insurrection sonne vraiment. Je retourne chez M. Blehaut vers 13 h 30. J’y rencontre celui qui commande les FFI d’Halluin. On part chez Vercruysse où se trouvent des armes, à l’angle des rues de Lille et Barbusse.

 

Rue de Lille, on est dépassés par une voiture allemande portant un drapeau de la Croix-rouge. A la hauteur du monument aux morts, on entend des coups de feu, la voiture allemande est allée percuter la façade du Violon d’or à l’angle des rues de la gare (aujourd’hui M. Nollet) et de Lille ».

 

La tension monte d’un cran. « Un convoi allemand de plusieurs camions arrive de Roncq et l’on décide de se réfugier dans un garage (à l’emplacement actuel de la maternelle Montessori) par crainte des représailles.

 

On rejoint Vercruysse par les rues J. Jaurès et Zola. Contre l’édicule, à l’angle de la place, rue de la gare, j’aperçois un fusil-mitrailleur français tenu par un douanier », et André Deprétère ne cesse de fouiller avec humilité dans sa mémoire, « on se réfugie à la taverne Régina à l’angle des rues de la gare et Jean Jaurès. On aperçoit alors au fond de la place une file d’hommes portant des brassards FFI et, pour certains, des armes apparentes. Des silhouettes qui longent le mur de la propriété Sion, face à la gendarmerie. »

 

« Je reconnais mon ami Alfred Simono, Julien Vandekerckhove et d’autres. Ces hommes ont cherché à occuper la gendarmerie. L’anarchie a alors pris le dessus. Contre l’édicule, le fusil-mitrailleur avait disparu et cessé de tirer.

 

Un dénommé Cornette en profite pour essayer de traverser la rue de la gare pour rejoindre son domicile, impasse du Mamelon Vert. Il est touché par une rafale de mitrailleuse. Heureusement, il n’est que légèrement blessé au mollet. A son tour, il se réfugie à la taverne Régina ».

 

André Deprétère se rappelle distinctement le bruit des bottes allemandes qui dévalent de chaque côté de la rue de la gare.

 

« On entendait les commandements et les invectives qu’ils s’échangeaient entre les deux trottoirs. De temps à autre, résonnait un bruit d’explosion. Les Allemands avaient balancé une grenade dans le café Saint-Venant, à l’angle de la rue du Midi (aujourd’hui Maurice Simono) et une autre dans le café Debock à l’angle des rues Traversière (aujourd’hui D. Casanova) et Jean Jaurès. Il n’y a eu qu’un blessé ».

 

André Deprétère quitte son poste d’observation pour se réfugier à l’arrière du café dans la cuisine qui donne sur une petite cour qui, elle-même, s’ouvre sur la rue Jean Jaurès.

 

« On entend un bruit de chenille et après une longue attente, on décide de sortir. Je rentre en fin d’après-midi chez moi, rue de la Paix par les rues Jean Jaurès et Jules Guesde. J’étais complètement abattu ».

 

André Deprétère raconte ensuite, dans son appartement lillois, ce qu’on lui a dit et rapporté.

 

« La nuit du samedi 2 au dimanche 3 fut très agitée, des tireurs s’étaient postés dans le jardin public et ouvraient le feu sur les convois allemands, un coup de canon a touché la fenêtre du café de la rue Pasteur et une autre maison Lemaitre ».

 

Déjà, le samedi, les Allemands avaient incendié la maison Vandewaele, rue de Lille, juste avant le jardin public en venant de Roncq. Et puis ils pont pris des otages en rentrant dans les maisons.

 

« Les otages ont été embarqués dans un camion et M. Dennetière, attaché sur le devant de ce véhicule, a été tué dans la nuit de samedi à dimanche », reprend André Deprétère, « Dimanche matin, je me suis rendu en mairie ainsi qu’au café du Lion d’or où était installé le PC des FFI. J’y ai passé la majorité de la journée et des nuits, je me devais de représenter le comité local de la libération d’Haluin ».

 

« Menin a été libérée le samedi 2 septembre par les chemises blanches mais une colonne allemande chargée d’occuper les ponts sur la Lys ont repris Menin aux chemises blanches », poursuit-il, « il s’agissait de permettre aux derniers véhicules allemands de passer dans leur retraite.

 

A ce moment-là, les FFI sous la direction notamment d’Alfred Simono et d’Aimé Bosteels se sont avancés dans le quartier des Baraques. Ils ont pris position, se sont postés au coin de la rue de Mouscron et ont tiré sur les Allemands pour les empêcher de venir à Halluin.

 

Le lundi 4 septembre 1944, les échanges de coups de feu ont été importants aux Baraques, le mardi après-midi, MM. Simono et Bosteels sont allés au-devant des Allemands pour demander une reddition, un geste d’audace finalement ponctué d’une trêve, les uns et les autres retrouvent leur position.


On peut dire qu’Halluin a vraiment été libérée le mercredi 5 avec l’arrivée des Anglais (Bruxelles avait été libérée le 3 septembre). Jeudi matin, Mme Dennetière s’est rendue en pleurs en mairie, dans la salle des mariages, un moment poignant ».

 

André Deprétère certifie que ce qu’il a écrit dans son cahier est « ce qu’il a vécu et ce que mon ami Alfred Simono m’a raconté ». 63 ans après, il raconte toujours cet épisode au présent.

 

 

(Archives, D.D., Presse).

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12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 19:52



Le départ des Allemands :

 

Depuis le mercredi 30 août, les Allemands pensent au départ un peu partout. Et durant 3 jours et 3 nuits, surtout pendant les nuits, des camions et des autos descendent calmement la rue de Lille vers la Belgique.

 

Evidemment, certains trouvent intelligents de s’arrêter devant la maison de Madame Cornil pour en réveiller les habitants. Leur langue élégante et très douce est comme chacun sait, bien faite pour bercer les dormeurs. Mais leurs gosiers ne laissent échapper que des jurons et des injures. Nul n’a le courage de chanter. D’autres convois aussi nombreux viennent d’Armentières par la rue de la Lys. 

 

A certains moments, les autos (la plupart ne sont pas camouflées pour tromper les avions mitrailleurs), se suivent à quelques décimètres de distance.  Certaines crèvent par suite des clous semés par les Patriotes.   Les Allemands ne trouvent rien de plus simple que de prendre les pneus des civils.  La morale de cette histoire découle logiquement : on ne sort plus en auto, donc plus de transports.

 

Tous les Allemands résidant à Halluin évacuent aussi. On brûle les papiers : chez mon oncle Maurice, les Allemands brûlent des papiers pendant douze heures, préparent les bagages et en pleurant (pressentant que c’est définitif), et partent »via Berlin ». Ceci prouve leur attachement à la France et le désir sincère de collaborer ! Ah ! Les braves gens !

 

On commence déjà à ce moment à plaisanter et à espérer. Mais ceux qui parlent de la Libération pour le 2 septembre sont des optimistes, sinon utopistes. Et pourtant… presque !...


Autre aperçu de cette période : les Anglais mitraillent. Il ne faut rien exagérer. A Halluin et aux environs ils ne sont venus que trois fois.

 

D’abord sur la route de Bousbecque. Ils y attaquent un camion automobile qui vient vers Halluin. L’avion tourne plusieurs fois autour du camion. En voyant qu’il ne s’arrête pas, il tire : c’était un camion de la maison « Mestdag » résultat : un blessé grave. Puis au château Six du Mont.

 

Enfin sur la route Lille-Halluin, une voiture brûle. Les Allemands ont réussi à se sauver. Un petit enfant est blessé. Mais les Allemands ont très peur des avions (la plupart du moins). Ils se cachent tout de suite. En face de la maison de la rue de la Gare, 9 Allemands poussaient une baladeuse contenant quelques sacs. Des avions survolent et renversent la charrette et s’enfuient. Nombreux éclats de rire !..

 

La population est très calme cependant. On attend et applaudit aux avances anglaises. On voudrait avoir des nouvelles à tous moments et elles pleuvent : on a dit les Anglais à Beauvais, Amiens, Abbeville, Arras… ensuite à Creil, sur la Marne… déception !... Bientôt c’est pour de bon. Hourrah ! On apprend que les Allemands se retireront chez eux sans se défendre. Enfin, énervement mais sans grande manifestation.

 

Vendredi 1er septembre 1944


Le matin les camions continuent de circuler. Bientôt la douane est abandonnée par tous les douaniers allemands, belges et français.

 

Au patro, l’abbé Beddelem congédie les enfants un peu avant l’heure, après leur avoir appris en sourdine « La Marseillaise ». Il leur promet la Libération pour le dimanche à

4 h 30, et leur recommande de ne pas sortir de leur maison pendant les jours suivants, parce que dit-il « vous pourrez me chercher, vous ne me trouverez pas, je ne bougerai pas ».


 
Le soir tout est calme. Le nombre des voitures diminue un peu.

 

Samedi 2 septembre 1944


Calme relatif pendant toute la matinée. Mais déjà vers 11 heures, les camions passent garnis de deux Allemands sur les garde-boues avant, l’arme prête à tirer.


Les motocyclistes sont armés de revolvers. A 11 heures les Allemands tirent un peu dans les fenêtres en passant. Ils vont d’ailleurs très vite.


Une balle tombe dans l’imposte du bureau de la maison. Résultat un carreau cassé, un rideau troué et la balle sur le tapis. On ne remarque le coup dans l’après-midi seulement. Ceci nous empêche de nous énerver.

 

Durant toute la matinée, on assista à un spectacle assez amusant. Des groupes de badauds stationnent en face de la maison au coin de la rue de Lille, et de la rue de l’Eglise. Une auto apparaît au loin, et rapidement tout le monde court se cacher derrière la mairie. L’auto est passée sans tirer (ou en tirant) et chacun prudemment s’aventure jusqu’au poste d’observation si cher à tout Halluinois (qu’il soit communiste ou ….séminariste) et ainsi jusqu’à 13 heures.

 

13 H.

 

Marie-Madeleine après quelques hésitations, se décide à aller chercher du lait au Mont. En passant devant la cité Cornil, elle apprend que la Mairie et le Commissariat de police d’Halluin ont été pris par les F.F.I.


Pourtant rien de spécial ne s’était produit avant son départ. Elle revient rapidement et remarque que c’était un bobard. Néanmoins, peut-être se passera-t-il quelque chose d’ici peu de temps ; en effet, les Allemands se montrent de plus en plus vigilants à leur passage dans Halluin.

 

14 H.


Maman part à l’église, puisque tout demeure calme, pour une cérémonie du Grand Retour.

 

Bientôt Marie-Madeleine et moi qui étions au magasin, voyons quelques hommes rentrer dans le commissariat de police sis rue de Lille en face de « La Plume » (Tiberghien) à côté de chez Mahieu. Comme toujours il y avait un attroupement en face de la maison.

 

Bientôt un « Pétain » qui se trouvait à la porte du commissariat vient avertir ces personnes de partir parce que le coup dur se produira bientôt. Les gens quittent à regret leur coin. Des camions Allemands passent encore, mais moins nombreux, nous baissons les persiennes.

 

14 H 10


Une auto de croix rouge Allemande passe. Ce n’est pas une ambulance, mais elle contient des pansements. Du commissariat sortent une dizaine d’hommes dont quelques uns seulement sont armés : un fusil, quelques revolvers. Le réservoir d’essence de la camionnette est percé et l’auto s’arrête sur le mur du « Violon d’Or ».

 

16 H 30


Quelques camions allemands passent. Les F.F.I. jugent prudents de se retirer, n’étant pas assez nombreux. Mais les camions s’arrêtent ; les Allemands descendent, crient des ordres et bientôt une fusillade commence dans les rues de la Gare, de Lille, et de l’Eglise.

 

Un char arrive bientôt, monte la place de l’Eglise et tire sur l’église un coup de canon près du portail gauche. Des vitres volent en éclat : boucherie Graye surtout. Les Allemands essaient de faire sauter un pan  de mur à la mairie ; une forte détonation se produit, des glaces se brisent ! Nous pensons que c’est celles de la rue de l’Eglise. Mais c’étaient les glaces de chez Dumortier et Couzineau.

 

Pendant ce temps il se passe une chose horrible en haut de la rue de Lille.

 

Des Allemands, sachant que les F.F.I. tirent sur les camions dans Halluin, s’arrêtent devant le terrain de football ; Ils rentrent dans quelques maisons et emmènent des personnes : femmes et enfants entre autres. 


Marguerite Dassonville Carton
(Albert était parti se cacher un peu plus loin) Madame Lemaitre, les filles et petits enfants ; Monsieur l’abbé Louis Lemaitre, Mademoiselle Marthe et d’autres. Tous ces gens sont réunis, et après les avoir laissé attendre un moment au pied d’un mur (peur d’être fusillés) les conduisent sur leur camion en leur disant

 

« Si ces cochons de Français tirent sur nous, vous y passez TOUS »

 

Pleurs, lamentations, essais d’attendrissement, mais rien à faire. Marguerite passe devant chez elle, et sans plus réfléchir aux conséquences de son acte se précipite chez elle et s’enfuit.


Les Allemands n’ont rien vu, heureusement pour elle. Tous ces otages emportés à allure lente passent sans encombre Halluin, Menin, Dadizeele. Les Allemands trouvent génant d’avoir des « brayous » avec eux, et ils laissent partir tout le monde. Ces personnes dorment à Menin et sont revenues le dimanche matin à Halluin.

 

Au moment de monter dans le camion, Monsieur L’abbé Lemaitre donna l’absolution générale.

 

De plus dans le même quartier, les Allemands mettent le feu à une maison dans l’espoir d’anéantir toute une rangée d’habitations. Heureusement une seule maison brûla. Le feu pût être combattu.

 

18 H.


Les derniers Allemands maîtres d’Halluin s’en vont, et les F.F.I. reviennent ; ils ont tué 2 Allemands et en ont fait 5 prisonniers. Les gens sortent de chez eux. En entendant la langue Française parlée dans les rues, nous remontons de la cave pour voir les dégâts : 14 fenêtres cassées, 2 plafonds éraflés, 3 trous dans le mur, un placard de la chambre percé de 3 ou 4 balles. Dehors c’est le calme.

 

Parfois un coup de feu nous avertit d’un danger possible. On entend parfois le silence (ce qui est rare) c’est un Allemand qui approche. Bientôt un F.F.I. crie « Halte » et l’Allemand se rend en jurant.

 

Nous soupons en haut et aménageons un matelas dans la cave pour la nuit. On enlève les rideaux pour qu’ils ne soient plus troués. Nous descendons de temps à autre à la cave, mais c’est toujours, à partir de ce moment, pour des alertes bénignes.

 

Dimanche 3 septembre 1944


6 H 15


Les cloches sonnent pour convier les gens à la messe comme d’habitude. Dehors un peloton de F.F.I. garde la rue de l’Eglise. Quelques rares Halluinois, venant des endroits où rien ne s’est produit la veille, vont à la messe. Une tasse de bon café nous réconforte.

 

7 H 30


Les F.F.I. défendent de passer par la rue de l’Eglise. Nous décidons de ne pas sortir. Tant pis pour la Messe. Nous la lisons chacun. Pourtant rien ne se produit dehors. Calme relatif.

 

Après plusieurs heures, nous décidons sur conseil des F.F.I. de quitter la maison.

 

14 H 45


La mairie met ses drapeaux : français, russe, américain, anglais. Tout le monde dans les petites rues arbore son drapeau aussi. Tante Madeleine le met.

 

Mais les Anglais n’arrivent pas. On les dit aux environs de Lille seulement. Nous essayons de retourner chez nous. Mais il y a trop de bruit, de cris. Petit à petit les drapeaux disparaissent, et on attend.

 

Lundi 4 septembre 1944

 

Grand espoir déçu encore aujourd’hui. Nous allons à la messe, au salut. Rien à signaler. On dit le soir que les Anglais seront là entre 18 heures et 21 heures. Mais on se couche sans les avoir vu. Nous appréhendons la nuit :

 

Un char allemand est passé rue de la Lys ; Il avait pris quelques F.F.I. à Bousbecque comme otage et les avaient placés sur le char. Un coup de fusil est tiré près de la Douane par un F.F.I. d’Halluin.

Ce coup évidemment inefficace mis en rage les Allemands qui tirèrent à bout portant sur les 3 otages : 2 sont morts, un autre fut légèrement blessé.

 

Si le char revenait à Halluin, on dit qu’il est parti en Belgique. Enfin à la grâce de Dieu. C’est une femme Allemande qui commandait le char.

 

Mardi 5 septembre 1944


La nuit s’est bien passée. Mais les nouvelles sont mauvaises. Les Allemands du char ont été délivrés des « chemises noires » de Menin (B) et ensemble ils commencent à démolir et à piller les habitations des « chemises blanches ».

 

Ce sont des représailles : la veille la population de Menin avait littéralement déménagé les maisons des « chemises noires » connues et avaient tout mis en pièces.

 

Vers midi, on apprend que les Allemands ont repris Menin et avancent vers Halluin. Il y en a rue de la Lys, rue Basse à 700 mètres de la Mairie d’Halluin.

Alarmés, les F.F.I. téléphonent et envoient chercher du secours. Beaucoup abandonnent le brassard qu’ils avaient été si fiers de porter Dimanche.

 

Au coin de la rue de Lille et de la rue de l’Eglise, les F.F.I. inscrivent un grand « S.O.S. » en espérant que des avions anglais le verront. On apprend que trois tanks anglais se trouvent à Bondues sans travail. Ils attendent des ordres. Angoisse. Des F.F.I. de Roubaix-Tourcoing arrivent avec des canons. Bientôt des avions anglais survolent, par plusieurs fois, l’endroit où se trouve « S.O.S. » Espoir !

 

19 H 30

 

Une estafette anglaise arrive à la Mairie et annonce des renforts dans une demi-heure. Mais bientôt arrive un camion anglais qui, vue la situation juge plus prudent d’attendre les chars.

 

La nuit est un peu mouvementée. On s’attend à tout instant à entendre les Allemands.

 

Mercredi 6 septembre 1944

 

Les premières heures de la journée sont troublées par des coups de feu.

 

6 H.
Explosion formidable : c’est le pont de Menin que les Allemands ont fait sauter et on apprend qu’ils se sont repliés derrière la Lys. On respire !

Mais on annonce encore des colonnes de SS à Wevelgem, Wervicq. Quelques Allemands sont encore au bois Gratry.

 

On se tranquillise pourtant. On dit que, paraît-il, il y a eu quelques chars anglais qui sont venus de Mouscron à Menin. Le calme se rétablit un peu.

 

Et bientôt défile rue de Lille, venant de Menin, 5 chars anglais qui ont nettoyé la place.

 

Acclamation. Les troupes alliées sont là !

 

Comme prévu les clochent sonnent. IL EST 11 Heures 45 !

 

Le défilé et la vie d’Halluin libérée


11 H 45


Une foule de gens descend vers la place de l’Eglise. Les drapeaux sont sortis, les drapeaux français, anglais, américains, belges et russe.

 

Les Anglais seuls n’ont fait que passer. Marie-Madeleine a vu les premiers chars qui ont été copieusement acclamés, et avaient bien de la peine à avancer. Tout le monde est heureux

 

Et bientôt on annonce un discours à la Mairie. Les gens se massent face au balcon et attendent patiemment.

 

12 H 15


Les cloches se taisent et apparaît au balcon de la Mairie le Comité local de la Libération. On entend quelques discours, on félicite les résistants, et on chante les hymnes anglais, l’Internationale et La Marseillaise.

 

Le chef des F.F.I. est acclamé.

 

15 H.


Défilé avec la Philarmonie, les F.F.I. les F.T.P., les anciens combattants.

 

17 H.

 

On entend du haut du clocher où se trouvent des observateurs : « Un convoi rue de Lille vers Halluin ». Est-ce des Allemands ? Non ce sont des Anglais, et pendant plus de 3 heures les Anglais passent.

 

Délire. On embrasse, on parle aux Anglais.

 

Et le soir nous sommes tous très heureux de nous savoir enfin libérés.

 

Pendant la canonnade on a eu peur. Mais à partir du lendemain, c’est le calme absolu.

 

C’est la joie. VIVE LA FRANCE.

 

  

(Archives Daniel Delafosse).

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11 octobre 2007 4 11 /10 /octobre /2007 18:25



Le 16 septembre 1944, tous les Halluinois ayant pris part aux combats de la Libération se rassemblent dans les jardins de l’actuelle Union Patronale, pour une unique photo.

Cinquante ans après beaucoup ont aujourd’hui disparu, mais d’autres sont encore en vie.

 

En septembre 1994, lors de la célèbration de la Libération de la ville, M. Alfred Simono ancien résistant dans les FTP  a réussi à mettre de nombreux noms sur ces visages. C’est cette liste  (avec les erreurs éventuelles d’orthographe) que je publie ci-dessous :

 

Roger Prevot, Marcel Vanlerberghe, Roger Vanwygene, Denis Gryson, Hoedt, Vervacke, Gustave Gourland, Camille Soen, Léon Aspeslach, Albert Verbecke, André Dewasme, Louis Marincourt, Maurice Vanhalst, Pierre Bogaert, Gilbert Dillies, Augustin Vandorme, Edouard Penasse, Julien Vandekerkove, Alfred Simono, Arthur Coopman, Henri Supply, Rémy Baert, Floris Castro, Julien Buttenaere, Abel Bataillie, Auguste Bouba, Georges Devriese, Emile Holvoet, Pype, Hervé Vandorme, Albert Verhellen, Albert Bolle, Paul Hus, Albert Verhelst, Adrien Subts, Hollebecque, Augsute Dekiert, René Ampe, Roger Provost, Léon Cnockaert, Raymond Casier, Joseph Raes, Holvoet, Cyrille Provost, Roland Vandendriessche, Les Frères Zinzen, Poppe, Dekimpe, Deneweth, Roger Vanneste.

 

 (Archives D.D., Presse).

 

"Si vous connaissez des personnes qui étaient sur ce cliché publié dans la presse locale le 20 août 1994, mais qui ne sont pas reprises sur cette liste, n’hésitez-pas à me le signaler en bas de page : Ajouter un commentaire." 

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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 19:04


Un Halluinois ayant vécu la libération, depuis la rue de la Lys, témoigne des évènements vécus dans une lettre adressée à un proche.

 

Un récit (de Septembre 2007) épistolaire et poignant pour lequel on préservera l’anonymat de cet Halluinois.

 

Samedi 2 septembre 1944, dans le secteur de l’usine Gratry :

 

« Les troupes de la veille ont installé un gros canon sur la route prêt à tirer vers Bousbecque, deux autres canons ont été installés dans un champ.

 

A midi, ils reçoivent l’ordre de partir et les avions rôdent immédiatement. A 14 h 30, les FFI commencent à tirer rue de Lille sur des troupes qui venaient de Roncq. La fusillade a duré jusqu’au soir, pas mal de casse ».

 

« Les Allemands arrêtés sur la route ont pris des otages dans les maisons voisines : un jeune homme de 20 ans, des dames âgées, un prêtre âgé… et les ont mis sur leurs camions. Un jeune homme a été tué et les autres ont été libérés à Wevelghem et sont revenus à pied. Avant de partir les troupes ont mis le feu à une des maisons ».

 

Dimanche 3 septembre 1944, au matin :

 

« Personne n’osait aller à la messe (…) A midi, des Allemands sont signalés. Des clous ont été semés sur la rue et nous jugeons plus prudents de nous réfugier dans l’usine.

 

Ayant vu des coups de feu partir de la grille d’une maison située du côté de la douane, une cinquantaine d’Allemands arrivent et entrent dans l’habitation où ils ne trouvent qu’une femme et son fils très vite chassés. Ils mettent le feu.

 

L’après-midi a été calme. Le soir, à l’heure du repas, on vient nous avertir qu’un guetteur doit s’installer à la fenêtre de notre grenier pour renseigner une mitrailleuse placée devant chez Gryspeerdt au bord de la rue. En 10 minutes, nous rangeons tout, prenons des vêtements chauds et nous voilà partis dans l’usine pour y dormir. Tout le quartier a fait comme nous et a déserté sa maison. Tout a été calme ».

 

Lundi 4 septembre 1944 :

 

Dans l’après-midi, alerte. Devant une troupe d’Allemands entourant une voiture à 2 chevaux et une autre plus petite attelée d’un mulet, marchent quatre Bousbecquois les mains sur la tête, revolver au point derrière chacun d’eux.

 

Les FFI tirent, les otages se jettent à terre mais malheureusement deux d’entre eux sont blessés, l’un est mort.

 

Les Allemands se sauvent en débandade à travers les propriétés vers la Belgique ou vers un char tigre qui les avait suivis. Heureusement, celui-ci n’avait plus de munitions (…) ».

 

Mardi 5 septembre 1944 :

 

« Au moment où nous allions souper, les rafales de mitrailleuse sont plus nombreuses. On entend des va-et-vient d’autos ramenant des renforts d’hommes et de munitions, les mitrailleuses et les canons sont installés autour de la maison, dans la rue, dans l’allée du château (Gratry), au bureau des douanes : c’est un feu d’enfer car les Allemands répondent.

 

Des obus sont tombés sur l’usine à 200 mètres de la maison. Dans la soirée, on a installé les enfants à la cave. Nous nous étions endormis sur le matin quand brusquement à 6 h, une détonation formidable nous a tiré du sommeil. Les Allemands avaient fait sauter le pont sur la Lys ».

 

Mercredi 6 septembre 1944 : 

 

«Nous nous pensions libres et nous commencions à respirer. Vers 10 h, six chars anglais sont passés devant la maison venant de Mouscron et se dirigeaient vers Bousbecque : ce fut du délire.

 

Ils sont repassés vers 11 h 30. L’après-midi, tout semblait calme, je me suis hasardé à aller jusqu’à l’église où les six corps des victimes étaient exposés. C’était ma première sortie depuis le jeudi soir précédent ».

 

Jeudi 7 septembre 1944 :

 

« Ver 4 h, nous avons été réveillés par le canon. Les Anglais de la veille délogeaient les Allemands et les chemises noires de Menin.

 

Ils tiraient du canon depuis le mont d’Halluin, jusque vers 6 h (…).

 

Voilà rapidement ce que nous avons vécu ».

 

 

(Archives D.D., Presse).

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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 16:53


Récit de M. Henri Leuridan, en septembre 1984, 

à partir de ses souvenirs et de ses archives personnelles.

 

« Le dimanche 3 septembre 1944, vers 18 h, une colonne, d’une cinquantaine d’Allemands, qui se repliait vers la Belgique, débouchait à Bousbecque par la rue de Wervicq, portant leurs armes en position de tir.

 

Albert Desmedt se tenait sur le trottoir de l’usine Leurent, sans armes apparentes. Par signes, il demanda aux Allemands s’ils voulaient parlementer.

 

Le chef de la colonne ennemi, un lieutenant S.S. fit lever les bras aux premiers de sa troupe pour marquer son accord. Et Albert Desmedt s’avança alors, un mouchoir blanc à la main escorté par deux autres F.F.I., Robert Debuf et Henri Leuridan. Mais les Allemands baissèrent soudain leurs armes, mirent en joue les jeunes Français et les alignèrent contre un mur en menaçant de les exécuter séance tenante ».

 

« Dans les rues voisines, les Bousbecquois  regardaient atterrés, s’attendant au pire. Les autres F.F.I., trop peu armés, se tenaient dans l’usine, avec la consigne de ne pas intervenir sans ordre, de façon à éviter les représailles dont pouvait être victime la population civile.

 

Quand un Allemand ouvrit la porte de la cour de l’usine, en tirant un coup de fusil, Albert Desmedt assura qu’il n’y avait plus personne et referma la porte cependant que ses deux camarades confirmaient ses dires.

 

Les Allemands placèrent alors en tête de colonne les trois F.F.I. avec Léon Six, également trompé par l’attitude conciliante des soldats, qui était descendu du clocher où il se trouvait en observation.

 

Terrifiés, les Bousbecquois regardèrent défiler la colonne précédée par les quatre jeunes gens, les mains en l’air, comme des vivants boucliers. Ce fut un calvaire pour eux, sur quatre kilomètres, harcelés par les Allemands qui leur faisaient comprendre le sort cruel qui les attendait au bout de la route.

 

Alertés par les F.F.I. de Bousbecque, les groupes d’Halluin et de Tourcoing s’organisèrent pour sauver leurs camarades. Et c’est au poste de douane à Halluin, rue de la Lys, que la colonne ennemie fut attaquée.

 

Les Allemands tirèrent sur les otages qui s’écroulèrent tous les quatre.

 

Le combat fut féroce et seule l’intervention d’un tank ennemi permit à la colonne de déguerpir ».

 

«L’abbé Vuylsteke s’était précipité en pleine bataille auprès des quatre Bousbecquois. L’aumônier de la Jeunesse Catholique en trouva deux à peu près indemnes, Robert Debuf et Henri Leuridan, ce dernier légèrement blessé d’une balle dans le dos et d’un éclat. Mais Léon Six et Albert Desmedt étaient grièvement atteints.

 

Ils furent transportés par la Croix-Rouge au Cercle catholique.

 

Le foie et les intestins perforés, Léon Six était inopérable, il mourut dans la soirée.

 

Touché de plusieurs balles au ventre et à la poitrine, Albert Desmedt put être soigné et se rétablit ».

 

 

(Archives D.D., Presse).

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6 octobre 2007 6 06 /10 /octobre /2007 16:55


« Finalement, cette histoire je n’ai jamais eu l’occasion de la raconter vraiment. Surtout pas à un journaliste… 


Que voulez-vous, quand on l’est soi-même, journaliste, on n’a guère le temps ni le goût de s’auto-interviewer ».

 

Alors M. Albert Desmedt, qui travailla durant trente ans dans la presse régionale, avant d’être élu en 1983, maire de sa bonne ville d’Halluin, a gardé bien au chaud pour lui « son » histoire de la Libération.

 

Pourtant les souvenirs sont là, tout proche et étonnement précis. Il est vrai qu’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir été abattu par les S.S., d’avoir reçu les derniers sacrements… et d’être encore là en septembre 1984, quarante années plus tard pour le raconter !

 

Depuis la fin de 1942 le jeune Albert Desmedt, âgé alors de 25 ans, est délégué au mouvement « Voix du Nord » pour le secteur de la Vallée de la Lys.

 

Responsable du service « ravitaillement » à la mairie de Bousbecque, il s’est vu confier par les chefs de la Résistance une double tâche : fournir en tickets d’alimentation les réfractaires au STO et toux ceux qui sont plus ou moins recherchés par les Allemands ; et aussi fabriquer de faux papiers en grande quantité.

 

« Tous les réfractaires bousbecquois, et je dis bien tous, ont pu être ainsi approvisionnés, mais aussi des Halluinois et des Tourquennois, des gens que l’on m’envoyait parfois de fort loin.

 Quant aux fausses cartes d’identité, elles étaient très bien faites ; nous prenions les photos dans l’arrière-salle du café « Le Porte-drapeau » sur la place de Bousbecque, et nous les développions tant bien que mal.

 J’ai aussi distribué sous les portes des milliers de journaux clandestins, une fois la nuit tombée ».

 

Tout cela avec à deux pas la présence d’un groupe d’Allemands dans l’école laïque de la rue Saint-Joseph, des soldats qui allaient rester à Bousbecque jusqu’au début de 1944 !

 

Survient alors le début du mois de septembre ; pour la première fois le groupe commandé par Albert Desmedt va se manifester publiquement.

 

« Nous avions reçu des ordres précis de Marcel et Jules Houcke, ce dernier président du Comité Départemental de la Résistance, que j’avais d’ailleurs hébergé chez moi.

 

Il s’agissait de parlementer avec les groupes d’Allemands, qui se repliaient, afin si possible d’éviter la casse. J’avais reçu une trentaine de brassards « F.F.I. » que j’avais distribué à des garçons que je savais prêts à intervenir.

 Je dois dire que tous autant que nous étions, manifestions beaucoup d’inconscience : le mot « héroïsme » est de ceux qui me font un peu rigoler.

 

La vérité c’est que nous étions tellement contents de faire quelque chose, que nous n’aurions pas cédé notre place pour un empire ».

 

Le dimanche 3 septembre 1944, l’équipe commandée par Albert Desmedt, qui comprend notamment René Gryspeerdt, personnalité bien connue à Bousbecque, décédée en 1983, stoppe et désarme un groupe de cinq Allemands pourtant équipés de mitraillettes et de pistolets, après une poursuite à travers champs.

 

Les F.F.I assurent eux-mêmes la garde des prisonniers pendant la nuit.

 

« Le lendemain, en fin d’après-midi, nous avons voulu rééditer la même opération. J’étais avec deux autres F.F.I. Robert Debuf et Henri Leuridan.

Mais cette fois nous sommes tombés sur un groupe de soixante S.S. armés jusqu’aux dents ! »

 

Dans un premier temps leur lieutenant fait mine de vouloir parlementer, puis toute la troupe met en joue les trois Bousbecquois. Les insultes « Terroristen », les menaces et les coups pleuvent.

 

« Ils nous ont collés contre la grille de l’usine Leurent et ont braqué leurs fusils vers nous. Mais comme ils allaient tirer, une violente discussion les a opposés.

 

Aucun d’entre nous ne parlait allemand, cependant nous comprenions bien le sens des paroles. Une partie de la troupe voulait nous fusiller sur place, d’autres préféraient nous garder comme otages afin de couvrir leur fuite vers la Belgique. Au bout d’un moment ils ont baissé leurs armes… ».

 

Les trois résistants auxquels les soldats ont joint un jeune Bousbecquois de vingt ans, Léon Six, qui depuis a donné son nom à la rue principale de la commune, sont placés devant la colonne de S.S. et se mettent en marche, fusils et mitraillettes braqués sur leur dos.

 

« Là, je dois quand même admettre que j’ai eu la trouille de ma vie ! Ces quatre kilomètres de Bousbecque à Halluin, à pied, bras levés, les armes dans le dos, sachant parfaitement que dès qu’ils n’auraient plus besoin de nous ils nous abattraient froidement, c’est quelque chose qui se raconte et s’exprime difficilement… ».

 

Malgré tout, le groupe parvient à Halluin. Juste à la frontière avec Menin, des résistants français et belges qui stationnaient près de la douane aperçoivent la colonne. Aussitôt ils ouvrent le feu après avoir fait signe aux quatre prisonniers de se jeter sur le sol.

 

« Ensuite tout s’est passé très vite ; dès les premiers coups de feu, je me suis senti basculer en avant. Des témoins nombreux à cet endroit, m’ont ensuite raconté que j’avais poussé un grand cri, un seul.

 

Je me souviens parfaitement d’une seule chose : j’ai porté la main à mon côté droit qui me faisait mal. Il y avait dessus du sang et une espèce de glaire. Puis je suis tombé dans les pommes ».

 

En fait, seuls Henri Leuridan et Robert Debuf ont eu le temps de plonger. Le premier sera blessé au dos et au visage, le second s’en tirera avec une égratignure et réussira l’exploit de s’enfuir des lieux du drame en passant littéralement à travers les balles !

 

Albert Desmedt et Léon Six ont eu moins de chance, fauchés par la première rafale tirée par les Nazis.

 

Ceux-ci, après avoir essuyé quelques pertes, d’autant que des résistants bousbecquois se sont joints à ceux d’Halluin et de Menin, se retirent en tiraillant et vont se cacher dans le « Bois Gratry » tout proche.

 

Rue de la Lys, on a ramassé les corps ensanglantés d’Albert Desmedt et Léon Six. On les charge sur une vieille camionnette, et on les conduit à l’école du Sacré-Cœur, où l’abbé Blanckaert leur administre les derniers sacrements, car tous deux sont grièvement atteints.

 

Léon Six a été touché au ventre et au foie. Quant à Albert Desmedt, une balle de revolver lui a traversé le poumon, le transperçant de part en part à deux doigts de la moelle épinière.

Plus grave, une autre balle plus grosse, sans doute de fusil, lui a littéralement déchiqueté l’estomac. Le trou dans le ventre est gros comme « un bol de café au lait », selon les témoins oculaires.


On décide malgré tout de le conduire à un hôpital de Tourcoing rue des Ursulines.

 

« Là, ma chance, ce fut le malheur d’un autre, un jeune F.F.I. grièvement blessé à Wervicq. On avait préparé une salle pour l’opérer d’urgence, mais il est mort pendant le trajet. Et là-dessus on m’amène. J’ai été opéré sur-le-champ, et c’est sans doute ce qui m’a sauvé ».

 

Léon Six, lui, succombera dans la nuit. Quant à Albert Desmedt, il reste trois semaines à l’hôpital, avant d’être rapatrié à Bousbecque, certes dans un triste état, mais hors de danger ;

 

On ne lui annoncera la mort de Léon Six qu’avec beaucoup de retard, pour éviter un nouveau choc trop violent.

 

« La suite des évènements, eh bien.. on me l’a racontée ! Tous les jours, des copains venaient se relayer à mon chevet et m’expliquaient la débâcle allemande.

 

Puis j’ai commencé à remarcher avec un bâton, comme on disait à l’époque. Mais j’ai conservé les cicatrices… et le dos rond, car j’ai mis des mois avant d’oser me redresser ! ».

 

Rue de la Lys, une simple plaque indique l’endroit où est tombé Léon Six.

 

Albert Desmedt, lui a été abattu de l’autre côté de la rue, à deux pas de la douane.

 

« J’ai perdu tellement de sang que la tache en est restée marquée durant des mois et des mois, avoue-t-il dans un sourire. Car dans le sang, c’est comme certains souvenirs : ça marque très très fort… ».

 

Rappelons que M. Albert Desmedt est le frère de M. Pierre Desmedt ancien déporté halluinois.
 

(Archives et Synthèse D.D., Presse).

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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 21:09



Récit  intégral publié dans la presse locale en  septembre 1984 :

«Dans cette enquête, nous avons cherché à diversifier les sources au maximum, car il n’y a pas une grande Histoire toute simple mais plutôt de petites histoires parcellaires qui finissent par former un tout dans la mémoire collective.

 

Cette page n’a bien entendu pas la prétention de raconter ce tout, nous espérons simplement donner un coup d’éclairage sur cette période particulièrement chaude de l’histoire halluinoise, à l’intention de ceux qui l’ont vécue mais aussi bien sûr de ceux qui la découvriront.

 

Dans le courant de cette enquête, nous avons reçu l’aide ou le témoignage de nombreux habitants d’Halluin et de la Vallée de de la Lys, soit qu’ils aient accepté de témoigner, soit qu’ils aient voulu nous confier des documents ô combien précieux.

 

Qu’ils en soient ici vivement remerciés. Citons notamment pour Halluin : MM. Gérard Degavre, Albert Desmedt, Alfred Simono… ».

 

 « Les combats à Halluin, à la Libération, il y en a eu un peu partout : à la douane, au cimetière, au Labyrinthe. FTP, FFI, W.O se sont battus, souvent séparément, ont eu des tués. Cela a duré plusieurs jours. Et nous sommes nombreux à en avoir vécu… un petit morceau. Il est donc très difficile de se faire une idée globale de tout ce qui a pu se passer ».

 

 L’ homme qui parle s’appelle Alfred Simono. En septembre 1944, il était le chef des « Francs-Tireurs-Partisans » halluinois.

 

Son corps franc a participé directement à plusieurs actions de harcèlement sur les colonnes allemandes qui se repliaient via Halluin. Mais, comme beaucoup d’anciens résistants M. Simono ne parle de cette période agitée de sa vie qu’avec certaines réticences.

 

Non qu’il en ait gardé un mauvais souvenir, au contraire. Le sentiment de participer à quelque chose d’historique et d’exaltant contrebalance, quarante ans après, la peine ressentie à la pensée des camarades tombés au combat.

 

Et M. Simono en a vu quelques-uns disparaître sous les coups des nazis, lui dont le cousin Maurice a été froidement abattu au carrefour du Labyrinthe, en compagnie de Jean Fiévet et Jules Devos le 2 septembre 1044, lui qui a ramassé, dans le caniveau de la rue de Lille face à l’actuelle poste, le corps d’Arthur Dennetière otage halluinois « supprimé » par des SS à l’issue d’une escarmouche.

Lui  qui a connu personnellement Marthe Nollet, Polydore Delaere ou Michel Danset, autant d’Halluinois qui ont payé de leur vie la volonté populaire de ne pas laisser l’occupant se replier paisiblement sur des positions plus « confortables ».

 

Alors au moment de raconter, Alfred Simono préfère laisser la parole à un journal de l’époque, qu’il noua a sorti de ses archives personnelles et qu’il nous confie avec de bien compréhensibles recommandations.

 

On y lira ci-contre le récit très militaire de ces journées de septembre et le rôle des FTP, en gardant sans cesse en mémoire l’idée qu’il ne s’agit là que d’une vision fragmentaire, quoique précise, des évènements.

 

En revanche la mémoire d’Alfred Simono se fait accueillante le temps d’une anecdote fulgurante, à l’image de ces journées où le cours du temps a paru s’accélérer après les lourdes années de l’Occupation :

 

« Pour nous FTP, l’action de Libération d’Halluin a commencé le samedi 2 septembre avec la prise du commissariat de police, qui s’est passée sans problème car nous avions des gens dans la place… Même chose à la gendarmerie, puis nous nous installons au carrefour de la rue de Lille et de l’actuelle rue Marthe Nollet.

 

Le dimanche, une puissante colonne allemande motorisée s’amène en force. Nous n’étions guère nombreux, car divisés en quatre groupes aux quatre coins de la ville, et surtout nous étions encore à ce moment-là très insuffisamment armés. Inutile dans ces conditions d’engager un combat qui n’aurait servi qu’à nous faire massacrer. Mais nous n’avions pas le temps de finasser car ils nous avaient vus !

 

Ce sont des sœurs qui habitaient l’appartement situé au-dessus de chez Robert Degryse qui nous ont permis de nous enfuir. Elles nous ont fait passer par derrière et nous nous sommes retrouvés dans les jardins ».

 

« Nous continuons notre progression via l’arrière du commissariat de police, et nous nous retrouvons dans l’actuel bâtiment des Prud’hommes. Là, dans une salle une grande table était mise, assiettes et couverts. Et dans chaque assiette, un magnifique pigeon rôti !


Les Allemands qui occupaient l’endroit avaient dû s’enfuir sans demander leur reste, en laissant tout en plan.

 

 Nous sortions, faut-il le rappeler, de quatre années d’occupation qui n’avaient pas toujours été roses… Nous ne savions pas depuis combien de temps les pigeons étaient là, mais je peux vous dire que j’en ai piqué un au passage et que, tout en fuyant, je lui ai fait son affaire ! ».

 

 

Par la grâce d’une religieuse…


En 1992, M. Michel Demeyer qui, membre de la police nationale, a été un des acteurs de cette « affaire du couvent » et a reçu la médaille de la Ville, la même année, raconte :

 

« En tant  que responsable du commissariat, j’avais pris mon service à 13 h 30 au lieu de 14 h, afin d’être présent sur les lieux, ayant été informé que l’attaque contre les troupes allemandes se repliant sur la Belgique se déclencherait à l’heure H (13 h 30).

 

Effectivement, le commissariat composé de quelques éléments sous mon commandement a été envahi par les résistants, dont M. Vandekerckhove, faisant son entrée avec un landau d’ enfant chargé d’armes et mon personnel a été mis à sa disposition.

 

Après bris de vitre et coupure de téléphone, d’autres Allemands en déroute ont essayé en vain de pénétrer au commissariat. Avec mes collègues MM Seynave, Brochard et Geerlandt ainsi qu’un soldat allemand dont j’avais la garde, nous avons franchi plusieurs murs de séparation pour trouver refuge au couvent, actuellement le magasin « Lysgaine ».

 

La mère supérieure, interpellée quelques minutes plus tard par un solda allemand armé et casqué au sujet de la présence de terroristes, a répondu par la négative.

 

Le soldat a alors quitté les lieux sans nous avoir aperçu.

 

Je rends ici hommage à cette religieuse » conclut M. Demeyere, qui par son mensonge et son courage, a sauvé la vie des soldats sans uniforme ».

 

Le 4 Juin 1949 était inauguré une plaque commémorative, sur la façade du couvent (qui deviendra par la suite la maison de M. Degryse).

 

A propos de cette plaque, M. Michel Demeyer demandait d’ailleurs au maire le 28 février 1992, « de donner une place d’honneur à ce souvenir qui fait partie de l’histoire de notre ville ».

Satisfaction lui sera rendue, puisque profitant des transformations du magasin « Lysgaine », les services municipaux ont retiré la plaque de la façade pour la nettoyer. Avant de la remettre en place, comme neuve !

                                                          
  
-----------------

 

 

Pour le reste, M. Simono admet que, si les résistants actifs n’étaient pas très nombreux pendant la guerre (« mon groupe franc comprenait exactement quinze gars »), les sympathisants eux, l’étaient beaucoup plus et furent souvent là pour donner un coup de main dans ces premières journées de septembre, certains le payant même de leur vie.

 

Tous ceux qui s’étaient battus furent d’ailleurs à la mi-septembre incorporés au 43e Régiment d’Infanterie, 4e corps 3e bataillon. Auparavant, tous ces Halluinois s’étaient rassemblés dans le jardin de l’actuelle Union Patronale, rue de Lille, pour une étonnante « photo de groupe ».

 

Quant à l’action du « corps Simono », on est prié de se reporter au récit de guerre publié dans cette même page. « ça, vous le raconterez bien mieux que moi,  conclut M. Simono. Vous savez, tout ce que je viens de vous dire, j’en parle très rarement, je ne sais même pas si ma propre femme est au courant… ».  

 


Voici le film des évènements du 2 au 5 septembre côté « FTP » tel que le retraçait le journal « Liberté » dans ses éditions de septembre 1945.

   

Samedi 2 septembre (suite)

 

Les Allemands partis avec les otages ne relâcheront ces derniers qu’à Wevelghem.

 

L’accalmie qui suit est mise à profit pour installer provisoirement le poste de commandement du café du « Lion d’Or » place de l’Eglise et pour s’organiser pour la nuit. Quatre groupes sont formés. L’un prendra position au monument aux Morts, un second à l’usine Lemaitre, un troisième au Consortium, enfin le dernier au carrefour de l’Eglise. La nuit est assez calme.

 

Le dimanche 3 septembre

 

Est une journée relativement calme. une colonne d’infanterie allemande, interceptée à son passage, enregistre 4 morts dont un officier. Deux fusils sont capturés.


Un peu plus tard, une voiture de passage essuie également les coups de feu des F.F.I., les occupants sont blessés ou tués.


A Menin (B), les Allemands s’étant retirés, les A.B. emprisonnent toutes les chemises noires, au beffroi de la ville. Vers 21 h. des Allemands étant signalés dans le bois Gratry un détachement est envoyé garder le pont de chemin de fer sous la direction du sous-lieutenant F.T.P. Alfred Simono. Quelques engagements ont lieu.

 

Le lundi 4 septembre

 

Vers minuit, quatre Allemands sont faits prisonniers au mont d’Halluin.

 

Vers 17 h 39 une colonne de 60 SS avec voitures hippomobiles venant de Bousbecque se dirige vers Halluin appuyée par un char « Tigre ». Afin d’éviter que les F.F.I. placés en 1ère ligne aux Baraques soient pris par derrière, ordre est donné de se replier sur la France.

 

Quand les boches arrivent à Halluin nous constatons qu’ils ont placé devant eux quatre F.F.I., qui marchent les bras en l’air.

 

Au moment où la colonne va entrer en Belgique, le groupe Le Dily attaque. Trois F.F.I. sont délivrés dont un blessé à l’épaule, le 4e est malheureusement fusillé à bout portant par un officier teuton. Les Allemands enregistrent trois morts dont un officier. Deux fusils deux chevaux et deux voitures sont saisis, la colonne s’égaille dans le bois Gratry. Le groupe Simono et de Dily combat dans la rue d’Ypres et au passage à niveau. Résultat : un camion est mis hors d’usage du côté ennemi, plusieurs blessés de notre côté. Prise de quelques armes et minuit arrive sans nouveaux incidents.

 

Le mardi 5 septembre 1944

 

Les Allemands conte attaquent à Menin (B). Avec trois chars « Tigre », ils reprennent la ville, libèrent toutes les chemises noires, puis descendent vers Halluin. Ils passent le pont de la Lys, mais doivent s’arrêter à 50 mètres de la rivière devant le feu des A.B. et des F.F.I.

 

Le corps franc Simono est aussitôt envoyé en renfort. L’infanterie allemande tente d’avancer par les toits mais vainement. Une contre attaque F.F.I. porte les nôtres jusqu’à hauteur de la rue de Mouscron.

 

Le feu cesse. Simono chef du corps franc se découvre et se met au milieu de la route. En langue allemande il invite les Boches à se rendre, un char Tigre stationne à 150 mètres, le danger est grand. Un Allemand s’avance à 100 mètres, armé d’un fusil, une dizaine d’autres se joignent à lui.


Le chef de groupe F.F.I. invite le chef allemand de se rendre, celui-ci se récrie. Il prend les F.F.I. pour des bandits qui exécutent les prisonniers. Le Tigre, soudain s’avance, mais ne peut rien faire pour l’instant, Allemands et Français sont mêlés.

 

 

Les F.F.I. dans l’Eglise.

 

C’est une étonnante histoire que nous a racontée M. Gérard Degavre, qui demeure aujourd’hui rue Léon Blum et faisait partie en septembre 1944 des FFI halluinois, groupe Simono (il s’agit cette fois-ci de Maurice). Il a vécu lui aussi la fameuse journée du lundi 4 septembre…

 

« Nous avions reçu comme instruction de nous installer à l’église Saint-Hilaire, et de tenir la place sous le feu de notre fusil-mitrailleur. Déjà, en m’y rendant, je suis tombé rue Arthur Houte sur une automitrailleuse allemande qui a essayé de m’aligner mais m’a loupé…

 

A l’église on était quatre, avec Bogaert, Tomme, Jean Louf et moi. C’est Bogaert qui avait le FM. On était monté au premier, et on avait cassé un carreau de la rosace pour pouvoir tirer.

 

On a d’abord abattu un soldat allemand isolé, mais il n’était pas mort car il s’est caché et on ne l’a pas retrouvé ensuite. Et puis juste après, voilà un char Tigre qui se pointe ! Bogaert veut tirer dessus, mais je lui dis qu’avec un « FM » ce n’est vraiment pas la peine…

 

Lui nous avait repéré et il commence à tirer en direction du clocher. Alors on est descendu en vitesse avec le FM et on s’est sauvé par la petite porte, à gauche du perron. Le char est reparti en direction de la frontière ».

 

Via la rue Gustave Desmettre et la ruelle Gontier, un véritable périple conduira alors Gérard Degavre et ses camarades jusqu’à la douane, rue de la Lys.

 

« Là, on a vu les corps d’Albert Desmedt et de Léon Six qui venaient juste d’être abattus. Avec Louis Hermann, Nolf et d’autres FFI qu’on avait retrouvés là, on s’est lancé à la poursuite des Allemands de la colonne qui se sont réfugiés dans le Bois Gratry. Ils ont trouvé un petit sentier qui les a menés jusqu’au pont de Menin où ceux qui restaient ont pu franchir la Lys.

 

Je me souviens très bien que leur lieutenant, un jeune « SS » de 25-26 ans, s’est retrouvé vers nous et a crié : « On reviendra avec des armes nouvelles ! ».

 

Gérard Degavre reste un instant pensif et conclut : « On ne l’a jamais revu… ».

 

   

Quelques livres parlent de  Libération d’Halluin.

 

Cela paraîtra sans doute étonnant aux nombreux férus d’histoire que compte la commune, mais il existe en fin de compte peu d’ouvrages consacrés directement à la Libération d’Halluin et de la Vallée de la Lys.

 

Nous avons cependant retrouvé deux livres où l’on évoque dans de brefs passages les évènements survenus à Halluin les 2 et 3 septembre 1944. On verra d’ailleurs que l’un d’entre eux concerne directement… le journal de Roubaix.

 

Voici d’abord un extrait de « Tragédies en Flandres : 1940-1944 », ouvrage de Mgr L. Detrez et Albert Chatelle paru en 1953 :

 

Mai 1940


Dans la région lilloise comme ailleurs, règnent la méfiance et la suspicion ; elles deviennent une sorte de fléau : l’espionnisme ; « En tout individu plus ou moins étrange on croit découvrir un traître ou un espion ».

 

Les Britanniques eux-mêmes subissent la contagion. A Roncq, le 24 mai, en vue de détruire le pont sur la Lys, ils ont fait évacué les maisons du voisinage et dressé dans la rue de Lille, des barricades destinées à couvrir leur retraite en retardant la marche de l’ennemi.

 

Ils ont à cet effet, réquisitionné dans les quartiers de Roncq et de Menin, quantité de meubles ; ils se sont présentés au café tenu par le coureur cycliste Julien Vervacke lequel a refusé de livrer son mobilier.

 

Mis en défiance par l’attitude du tenancier, les soldats l’arrêtent malgré ses vives protestations, le hissent sur un camion et le conduisent vers Halluin au château de M. et Mme Torris, où se tient un conseil de guerre.

 

Dans le parc, ils lui font mettre pied à terre, lui bandent les yeux et le fusillent sans autre forme de procès.

 

Février 1941


Halluin, Toufflers, Croix, Mouvaux, Bondues, Lannoy, Wattrelos, inaugurent leurs soupes populaires, des services du vestiaire pour distribution de lainages aux nécessiteux, de linge et de draps aux malades.

 

Mai 1944


Dans la nuit du 10 au 11 mai, entre 23 h 30 et minuit 20, les raids anglais recommencent, ravagent à nouveau les agglomérations de Lille, Halluin, Faches-Thumesnil, Fives, Tourcoing, Marcq-en-Baroeul et Ronchin.

 

4 Septembre 1944


Dans les rues d’Halluin, des Allemands exaspérés par les harcèlements des patriotes, lancent contre certains immeubles des grandes explosives et incendiaires ; ils s’emparent de vieillard, de femmes, de jeunes filles, voire d’un prêtre septuagénaire, l’abbé Louis Lemaitre, et les ligotent sur les garde-boue de leurs camions, en guise d’otages de protection, pour ne les délivrer qu’à Wevelghem.

 

A Tourcoing, tandis que les couleurs nationales sont arborées à l’hôtel de ville occupé par les policiers du commandant Denis, les rues Nationale et Winoc-Choquel voient, à la nuit tombante,, s’enfuir les derniers occupants ».

 

Autre extrait, celui-là, de « 1940-1945, même combat dans l’ombre de la lumière » de Henri Duprez, paru en 1979 :

 

« Ce matin du 2 septembre, rencontre avec Jean Catrice qui nous remit des ordres de mission de la part du « commissaire régional de la République ». L’un de ces ordres était ainsi libellé : il es enjoint à « HD » et à 20 hommes de réquisitionner et de protéger les bâtiments et le matériel du « journal de Roubaix » (…) Un groupe de FTP venant de Maubeuge via Halluin voulait également « protéger » le journal de Roubaix ».

 

(NDLR : on voit à travers ce bref extrait que si Halluin fut un lieu de passage pour l’occupant en fuite, il le fut également pour les résistants remontant du bas du département).

 Rappelons que ce récit intégral a été publié dans la presse locale en septembre 1984.

 


(Archives et Synthèse D.D. Presse).
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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 12:51


 Je vous ai relaté les actes de bravoure de Yolande Vanackere (La Libération d’Halluin 7), une résistante inébranlable, pendant la guerre 39-45, qui lui ont valu en 1946 une médaille de la part des Américains, puis en 1986, la médaille de la Résistance et la Croix du Combattant volontaire.

 

C’est elle également qui a rédigé le récit qui suit, d’après les mémoires de son défunt mari, Julien Vandekerckhove, membre du mouvement de résistance des F.T.P.F. d’Halluin, qui vécut de très, très près les évènements qui précédèrent la Libération d’Halluin, le 6 septembre1944.

 

Récit :

 

« En mars 1944, j’étais agent de renseignements des F..T.P.F. de Roncq et Halluin…

 

Le 31 août 1943, Charles Jacquier, Roger Gallez et moi-même nous avons incendié les stocks de lin destinés aux Allemands, appartenant à MM. Auguste et Léon Vervisch, chemin de Neuville.

Un deuxième incendie fut organisé le 30 octobre, et un troisième vers le 14 avril 1944.

 

En 1944, j’entrai en contact avec un graveur de Tourcoing, M. Gunther, à qui je demandais de rejoindre la Résistance. Il accepta et me fournit les griffes dont nous aurions besoin pour la libération.

 

Les 28 juillet 44 et 4 août 1944, à la suite de deux rafles dans les groupes des F.T.P.F. d’Halluin, où dix patriotes furent arrêtés à la suite d’une dénonciation, tout fut désorganisé.


Les quelques responsables restants étaient en fuite. A la suite d’une réunion à Tourcoing entre Marcel Devriese (alias colonel Robert) et d’une dame assurant la liaison, je m’offris pour regrouper les quelques membres encore effectifs. En 15 jours, avec anciens et nouvelles recrues, je rassemblais 25 résistants et récupérais quelques armes.

 

Par la suite en juin 44, je demandai aux docteurs Henri Bolvin et  Alphonse Geerlandt  de nous rejoindre. Ils acceptèrent.

 

Par un renseignement de Mme Desreveaux, je découvris un dépôt de munitions et d’armes chez Cyrille Lagae, au Colbras. Ce dernier avait été arrêté par la Gestapo. Le matériel fut entreposé au bois de Bousbecque puis chez moi, transporté à bord d’une baladeuse avec l’aide des douaniers Janot et Le Dily.

 

Le 24 juillet 1944 à 8 h du matin eut lieu une perquisition de tickets de ravitaillement à la mairie d’Halluin, sous mon commandement. Une réussite parfaite sans incident.

 

Pendant toute l’occupation, en contact avec Cyrille et Louis Vaes, tous deux dans la police locale, je pus très souvent avertir des rafles à venir. La nuit, dans les rues d’Halluin, je distribuais des tracts, souvent en bicyclette, pour la résistance et malgré les troupes d’occupation.

 

En 44, d’accord avec divers douaniers, j’organisai des collectes d’argent qui nous ont rapporté des milliers de francs, pour la résistance. Nous les remettions chaque mois à Mme Bléhaut.

 

En 43 et 44, nombreux sont les réfractaires qui obtinrent des tickets de ravitaillement ainsi.

 

« Dans la nuit du 26 au 27 août 44, je rassemblai tous mes hommes et les mis à l’épreuve. Deux à Neuville pour couper les fils téléphoniques de l’état-major allemand. Deux à Roncq chargés du même travail. Le reste des hommes au Mont d’Halluin ou j’étais présent.

 

Nous coupâmes les câbles téléphoniques souterrains et les fils aériens. A 150 mètres d’un poste de surveillance, face au café « Halte-là ». Tout a réussi, sauf à Roncq où ils avaient dû fuir devant une patrouille allemande avant d’avoir accompli leur mission.

 

La nuit du 31 août au 1er septembre 1944, je rassemblai à nouveau des hommes sur la route nationale de Lille à Halluin. Nous jetâmes des crampons sous les pneus des voitures allemandes. La nuit suivante, même opération, avec succès à nouveau : au matin, quatre voitures en panne et d’autres à plat, causant ainsi un retard important dans leur retraite. La même nuit, nous avions déposé des mines en forme de crottin de cheval, mais celles-ci n’explosèrent pas, soit par suite d’humidité, soit d’ancienneté.

 

Nous entendions à grande distance, dans la nuit calme, les cris furieux des Allemands en panne sur la route entre Roncq et Halluin. Nous avions choisi cet endroit désert afin que les Allemands ne puissent se venger sur les habitants des maisons voisines.

 

 

L’assaut final par le Lieutenant Julien Vandekerckhove,

lors des combats de la Libération d’Halluin,   

raconté, par son épouse d’alors Yolande Vanackere, en 1994,


récit écrit à la première personne
 :

 

Le matin du 2 septembre 1944, un billet du colonel arriva chez moi,me donnant l’ordre d’attaquer les Allemands et de me rendre maître de la ville. Nommé lieutenant commandant, dès 12 h 40, nous attaquions avec un fusil antitank, un fusil mitrailleur, une mitraillette, dix revolvers et quelques grenades.

 

Nous avons commencé par le commissariat avec six hommes (Vandekerckhove, Vaes, Zinzen, Le Dily, Derick et Delannoy). Nous nous emparâmes de neuf revolvers et j’installai là, provisoirement, mon poste de commandement.

 

Pendant que les camarades rassemblaient tous les hommes disponibles, je retournai à la maison pour reprendre quelques armes.


C’était dangereux, car les Allemands étaient encore là. Je chargeai les munitions dans une voiture d’enfant et donnai l’ordre à ma voisine Mme Le Dily de me rejoindre.

 

A Halluin, avec mes hommes et d’autres n’appartenant à aucun groupement, nous allâmes vers la gendarmerie, devant la banque Scalbert, j’étais en tête avec Le Dily, les autres à 50 m. Un auto allemande déboucha à 200 m. Je commandai le feu. Le Dily plongea par terre, tira avec le F.M. Objectif atteint. Butin : une voiture, deux  fusils, du matériel sanitaire et deux prisonniers.

 

Nous continuâmes vers la gendarmerie. Sans coup de feu, les gendarmes ouvrirent la porte. Après sommation, ils nous remirent les armes. L’adjudant refusa de se joindre à nous et préféra attendre la fin de l’insurrection.

 

Au retour dans la rue de la Gare, j’aperçus une auto en stationnement devant la gare, les Allemands à côté de la voiture. Je donne l’ordre de faire feu, mais ils partent aux premiers coups.

 

Des observateurs postés à chaque coin de la rue Verte, signalent que les Allemands cherchent à encercler le quartier où nous nous trouvions. Un seul moyen : escalader les murs des jardins pour rejoindre le PC. Rues désertes, patrouilles omniprésentes.

 

Nous arrivons quand même, les uns dans la maison, les autres sur le toit du PC, tirant de tous côtés. Sans résultat. Je donne l’ordre de cesser pour ne pas gaspiller les munitions. Une heure passa. Pas de morts, ni de blessés. Mais les sœurs du couvent et un frère commettaient une faute en allant voir, toutes les cinq minutes à la porte. Les Allemands l’avaient remarqué. Ils pénétrèrent dans le bâtiment en croyant y trouver des résistants. Une partie des nôtres se trouvaient dans la cour.

 

Interrogée par les Allemands sur les raisons pour lesquelles elle venait toujours à la porte, la sœur répondit qu’elle guettait un moment d’accalmie pour fermer ses volets. Comme elle ne paraissait pas troublée, l’officier s’éloigna. Ainsi la soeur sauva la vie des patriotes présents.

 

Nous installâmes notre PC au café du Lion d’Or, lieu facile à quitter en cas de retraite.

 

Regroupés, nous décidâmes de former trois groupes avec chacun un chef responsable des actes de ses hommes. Je donne des grades aux plus méritants d’entre eux et aux plus capables, pour les encourager.


J’avertis ceux désignés pour le comité de Libération afin qu’ils forment leur comité administratif.

 

Les trois chefs avec leur groupe sont alors à l’emplacement désigné, là où l’ennemi doit passer. Chacun tire, fait des prisonniers, récupère des armes, autos et matériel de guerre. Jour et nuit un observateur est placé sur l’église vers le bureau de poste et la mairie, déjà occupés par nos hommes

 

De nombreux morts dans nos rangs, beaucoup chez l’ennemi. La Croix Rouge était fournie par MM. Bolvin et Louf, docteurs, et l’infirmière Mme Elisabeth Grimonprez. Cette dernière accompagna la voiture qui circulait dans toute la ville sans craindre le danger.

 

Des chars « Tigre » signalés


Le dimanche soir, une colonne allemande avec chars Tigre est signalée venant de Wervicq vers Halluin-Menin, et longeant la Lys.

 

L’Etat-major décida de la laisser passer et de se mettre sur la défensive ou en retraite si nécessaire. C’était toujours mon seul principe : ne pas attaquer des blindés lourds puisque nous n’avions pas d’armes adaptées.

 

Pendant ce temps, la ville se préparait, les prisonniers regroupés à proximité du P.C.. Les volontaires affluaient, les corps francs étaient rassemblés, pendant que je cherchais du renfort à Roncq, Tourcoing, Roubaix, Lille par téléphone ou en y allant moi-même.

 

J’obtins avec quelques difficultés deux canons anti-chars à Tourcoing, et d’autres groupements des villes voisines arrivaient avec mortiers, mitraillettes lourdes, grenades antitank…

 

Le lundi 4 septembre 1944, la colonne allemande prenait position de combat aidée par les Chemises Noires de Menin. Un char Tigre était placé sur le pont, et les mitrailleurs ennemis derrière la Lys, qui tiraient sans discontinuer sur nous, ainsi que les mortiers en action.

 

Nos observateurs sur l’église étaient visés. L’Etat-major, descendu sur place, venait constater les deux positions et coordonnait le coup le plus dur ? Vers le soir, tout était prêt. Toute la nuit, le feu crachait des deux côtés. Les principaux points : le pont du chemin de fer, le bois Gratry, le pont de la rue de Lille sur la Lys.

   

Le pont sur la Lys saute


Le lieutenant Pénasse et les sous-lieutenants Bosteels et Alfred Simono prenaient chacun la tête de leur groupe pour l’attaque. Moi, le commandant, avec sang-froid mais la rage au cœur, assurais le ravitaillement en vivres et en munitions et vérifiais le bon fonctionnement des lignes de combat. Je n’avais confiance qu’en moi-même et contrôlais l’exécution de mes ordres.

 

Mardi au petit jour, nous les F.F.P., nous attaquons partout à la fois. Vers 5 h. du matin, les Allemands qui avaient eux aussi travaillé toute la nuit, voyant qu’ils ne pouvaient plus tenir, faisaient sauter le pont et battaient en retraite.

 

Nos hommes traversaient la Lys au pont du chemin de fer resté intact, nettoyaient le bois Gratry, passaient les écluses et les débris du pont brisé. La lutte s’acharnait au centre de Menin, et même au-delà de la ville.

 

Souvent les F.F.I. voulant avancer trop vite en dépit du commandement, se faisaient ramasser par les dernières patrouilles motorisées allemandes, et étaient massacrés par des coups de crosse, achevés par une balle au cœur. Ce fut le sort de Delaere Polydore et Vanlaere Georges.

 

Les clochent sonnent enfin


Le mercredi 6 septembre à 11 h. 30, les cloches de notre ville sonnaient enfin la Libération, et dans l’après-midi les armées anglaises rejoignaient les F.F.I. qui continuaient à poursuivre l’ennemi en Belgique.

Le même jour je décidais avec le bureau militaire F.F.I. et la majeure partie de la douane de fermer les frontières pour éviter l’espionnage par les collaborateurs et aussi empêcher la présence d’allemands isolés, déguisés

 

A Halluin, des patrouilles F.F.I. circulaient et contrôlaient les papiers des voyageurs étrangers et les voitures, en attendant que la douane et la police aient reçu des instructions de leur direction de Lille. Une tâche difficile à cause des ouvriers belges et autres sans papiers ou avec papiers périmés, et à cause des individus qui se disaient déportés politiques ou otages.

 

 Tout le monde voulait passer la frontière. Le contrôle nous permit de mettre la main au collet de plusieurs Chemises Noires que nous avons remis aux autorités de Menin.

   

60 morts côté occupants

 

Nous avons fait une vingtaine de prisonniers. La Croix Rouge a ramassé les blessés allemands et les a conduits vers Tourcoing. Il y avait aussi des Russes et les Polonais que les Allemands avaient enrôlés de force dans l’armée.

Huit jours après la libération, les Anglais sont venus recenser et enlever les prisonniers avec un ordre.

 

D’après mes calculs, nous aurions fait dans les rangs ennemis une soixantaine de morts. Les autos blindés ramassaient leurs morts au fur et à mesure, en actionnant leurs canons et mitrailleuses.

 

Sous mon commandement, la ville s’est libérée par elle-même, et mes hommes ont donné un grand coup de main pour libérer la ville voisine de Menin.

 

Tous les brassards des F.F.I. ont été réalisés par mes parents…

 

Comme lieutenant F.T.P.F. et homologué, j’ai reçu les félicitations du général Oelig.

 

Le patron de chez Glorieux m’a envoyé mon bulletin de sortie pour la bonne marche de son usine… ».

 

 M. Julien Vandekerckhove a passé les dernières années de sa vie à Seclin, où il est décédé en 1991 .

 

    Honorons nos Morts

 

En 1947, les sections locales des Francs-Tireurs et Partisans Français et de l’Association Républicaine des Anciens Combattants ont demandé à l’Administration Municipale que les noms des soldats morts pour la France de 1939 – 1945, des victimes des combats de la Libération et des Victimes Civiles de la Guerre, soient gravés sur le monument aux Morts de la rue de Lille.

 

Monsieur le Maire, persuadé d’interpréter les sentiments profonds de la population a répondu au nom de l’Administration, qu’il serait fait droit à cette demande dans un proche avenir.

 

 

 (Archives  et Synthèse D.D., Presse).

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25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 19:41



Madame Yolande Vanackere, Veuve Graye, a hébergé des résistants durant la guerre. A plusieurs reprises, elle l’a « échappé belle ». Sans jamais éprouvé la moindre peur… Elle raconte quelques-uns des épisodes les plus marquants de cette époque.

  

En septembre 1994, dans son petit appartement de la résidence Jean Jaurès, Yolande effeuille les souvenirs. A 85 ans, celle qui pendant la période d’occupation, au côté de son mari d’alors et au sein du réseau « Bordeaux –Loupiac », Julien Vandekerckhove, multiplia les actes d’héroïsme sans que jamais la peur ne l’effleure, est toujours aussi vaillante.

 

Bien sûr, la vue a baissé, mais Yolande sait comme personne retrouver une coupure de presse, une photo, simplement parce qu’elle sait bien où elle range les choses… Pour l’exposition du cinquantenaire de la Libération d’Halluin, qui se prépare dans les coulisses de la mairie, elle a écrit noir sur blanc les souvenirs des années noires.

 

Récit :

 

« Sans être en contact avec une organisation de la Résistance, j’hébergeais en mars 43 M. Louis Belpaire, patriote belge recherché par la gestapo. Il était venu se réfugier chez sa tante Mme Vaes, chemin de Neuville, où une perquisition effectuée dans la maison voisine où habitaient mes parents. C’est alors que je l’ai logé chez moi. ..

 

Une lettre anonyme envoyée début octobre 41 à la kommandantur de Tourcoing m’accusait d’être membre d’une organisation d’intelligence avec les Anglais, dont le siège se trouvait au café Vauban, à Tourcoing.

 

La lettre fut interceptée par le regretté Lucien Lamouche facteur, et remise à une organisation clandestine dont Fernand Cuvelier était membre. Ce dernier nous a prévenu de la dénonciation, et c’est ainsi que je suis rentrée en contact avec lui. Le 3 juin 1943, le 6 mars 44 et le 11 mai 1944, il s’est dit inquiété par la gestapo. Je l’ai hébergé trois fois ».

 

Les interventions ne s’arrêtent pas là… « En septembre 43,  j’hébergeais Wladimir Demeestere pendant quinze jours. Il était réfractaire. C’est Marcel Devriese (alias Robert) chef régional des F.T.P.F., qui l’amena chez moi.

 

A partir de ce jour, je restais en contact avec ce mouvement de résistance. En septembre 43, les F.T.P.F. d’Halluin m’ont remis un patriote de Lille. Charles Jacquier (alias Charlot Lepers), qui y est resté cinq mois.

 

Pendant son séjour, il amena à son tour Roger Gallez. Ce dernier fut abattu dan le combat par un gendarme français.


Dans le courant du mois de Février 44, deux patriotes d’Hirson, Noël et Roger, ont aussi été hébergés chez moi, par le biais de Marcel Devriese.

 

Puis, à la suite d’u ne arrestation d’un chef de section patriote, un responsable de la résistance, Georges Dhalluin, durant huit jours. En mars, ce fut pendant quatre jours un chef régional politique échappé du camp de Doullens. Je ne puis dévoiler son nom… ».

 

« Le 9 mai 1944, on m’apprit qu’un aviateur était parachuté dans un champ de colza. Dès que possible, muni d’habits civils et d’outils de jardinier, je m’y rendais et trouvais le sergent canadien du nom de Dicky d’Andréa.


Ayant l’oreille gauche arrachée, je le fis panser chez des gens sûrs. Puis, déguisé en jardinier, je le fis traverser les barrages allemands. Il resta chez moi trois mois, jusqu’au 27 juillet.

 

Le docteur Henri Bolvin vint le soigner gratuitement (…). C’est de ce fait que je fus en liaison avec une organisation  halluinoise qui cherchait refuge pour les aviateurs alliés, les faire passer la frontière et les diriger vers l’Angleterre.

 

Cyrille Vaes et moi étions les deux principaux « agents » chargés de trouver ces refuges. Des patriotes assuraient le franchissement de la frontière avec l’aide de la douane française et de M. Paul Pille de Menin.

 

Beaucoup ont accepté de les loger et de les nourrir, comme Mme Emma Saver-Knockaert, rue de la Gare, M. Leprête, rue de Lille, M. Alexandre Veyrié, rue Haute, Jules Debock, rue Traversière, Cyprien Nollet, rue de Lille, Julien Vandekerckhove… ». 

 

D’autres étaient chargés d’accueillir les aviateurs alliés à la frontière (suit une liste de noms), ainsi que les patronymes d’aviateurs canadiens, australiens, américains. Au total, onze militaires ont été sauvés pendant les premiers mois de 43 et le début de 44.

 

« Le 30 juillet 44 », poursuit-elle « Cyrille Vaes m’amena un soir les deux aviateurs Roger Makeen, lieutenant canadien et Willard Horman,  américain. La même nuit, je les conduisais chez Mme Vansteenkiste, chemin du Billemont à Roncq ».

 

Commence alors une nouvelle phase de la participation de Yolande à la résistance…

 

« En août 43, par l’intermédiaire de M. Oscar Joos, je découvris une imprimerie qui se mettait entièrement à la disposition de la Résistance d’Halluin. M. Léon Hermerel, rue de la Gare, imprima des tracts, affiches, circulaires, certificats et journaux pour le Nord et le Pas-de-Calais ».

 

Le haut commandement défendit d’imprimer localement, afin d’éviter que la police française ou les Allemands ne découvrent cette arme clandestine.

 

 Des centaines de milliers d’imprimés furent envoyés par mes soins avec la messagerie Mestdag, à Halluin, qui n’était pas mise au courant, et à qui on laissait croire qu’il s’agissait d’un trafic de papiers entre Hermerel et moi. Je remettais un pourboire au convoyeur pour qu’il dissimule les colis au fond de la voiture.

 

Charles Jacquier était chargé de prendre livraison des colis au dépôt de Lille, à l’Auberge de l’Avenir, et les faire parvenir à leur véritable destination. Les colis portaient évidemment une fausse adresse. Pour éviter le va et vient de Lille à Halluin, et pour éviter les rafles, j’envoyais des télégrammes de connivence.

 

Par exemple « je désire mon linge » ou le contraire : « je désire du papier. Ou « ma tante malade, téléphonez lui au 22.86 (contraire : envoie-moi 2.286 F pour les frais d’imprimerie… ».

 

En 43 et 44, les certificats de travail et carte d’identité délivrés aux réfractaires et patriotes furent munis du cachet au Bureau du commissariat par Louis Vaes, qui me les remettait. Le commissaire n’était pas au courant de ce manège.

 

En 43, jusqu’à la Libération, j’ai pu obtenir par centaines les mêmes cartes d’identité du commissariat, grâce à Cyrille Vaes, agent de police qui pouvait se les procurer directement à l’imprimerie Dumortier où le commissaire les faisait imprimer.

 

« Pendant l’illégalité, j’ai aussi fabriqué une griffe de l’établissement Glorieux à Roubaix. Elle me servait à valider les certificats de travail. En plus, Oscar Joos et moi entrâmes dans le bureau des établissements Cibier à Petit Ronchin.

 

Nous attendions le moment choisi pour y pénétrer lorsque s’y trouvait un seul employé. Nous demandions à voir le directeur qui se trouvait sur le chantier. Durant l’absence de l’employé, je cachetais une cinquantaine de certificats de travail pendant que Joss guettait. Nous l’avons fait deux fois avec succès. Par ce moyen, patriotes et réfractaires circulaient plus librement ».

 

Le 13 décembre 1946, à Tourcoing, Yolande Vanackere est décorée par un officier Américain. Sa seule médaille, pendant 40 ans.

 

   

Une vie pas rose, rose…

 

Yolande au eu le caractère forgé par une vie qui ne lui a épargné aucune difficulté. Et pourtant, ou peut-être en est-ce la conséquence, Yolande garde le sourire, et le souvenir très présent des années les plus dures.

 

Ainsi va la vie. Certains naissent dans des berceaux dorés, d’autres pas. Yolande appartient à la seconde catégorie. A l’âge de dix ans, la fillette perd ses parents, et est placée en orphelinat près d’Yseghem. Un de ses jeunes frères (elle en a quatre) y mourra.

 

Elle se souvient aussi de sa fierté quand elle est allée chercher son certificat d’étude, première de toutes les candidates du canton. Elle ne l’aura d’ailleurs jamais en sa possession, puisqu’il demeurera dan le bureau de la directrice, dans un sous-verre. Seule la fierté demeure.

 

Elle raconte aussi comment à 17 ans, elle s’est enfuie du couvent, puis a été employée dans une famille d’industriels tourquennois. Les enfants suivent les cours d’une préceptrice, « et je leur faisais répéter leur leçon. Comme cela, j’apprenais aussi ! Se réjouit-elle comme une enfant heureuse d’un bon tour…

 

Un peu plus tard, elle rencontre son premier mari, Julien Vandekerckhove, et dans leur maison de la rue de l’Abbé Coulon, à côté de l’hospice du Mont, accueille des résistants et aviateurs alliés en fuite. « Dans un réduit caché sous l’escalier. Quand je voyais des Allemands arriver, je me grattais la tête. Cela voulait dire qu’il fallait vite courir s’y nicher »se souvient-elle.

 

Futée Yolande. Elle conseille à son mari de partir trois mois travailler en Allemagne, « pour être tranquille, faire semblant d’être bien avec les occupants et faire tout ce qu’on voulait derrière leur dos ensuite ».

 

Il n’y a pas que des résistants qui ont coupé la fameuse cachette : Yolande y a aussi caché des stocks de l’ « Enchaîné », le journal clandestin du Parti communiste et des faux tampons qu’elle allait chercher à Tourcoing.

 

Il y a aussi cette histoire que Yolande n’oubliera jamais : cette lettre de dénonciation qu’elle a longtemps cachée chez elle, derrière un compteur, pour échapper aux perquisitions avant de la confier à la Libération au comité d’épuration :

 

« C’est un postier de Tourcoing M. Lucien Lamouche, qui l’a interceptée. Elle était adressé à la Kommandatur et cela lui apparu suspect. Il l’a ouverte. On m’y accusait de cacher des résistants. Je sais bien qui est à l’origine de cette lettre. A la Libération, le comité n’a rien pu faire, la personne avait pris soin de ne pas l’écrire à la main »… confiait-elle le 8 mai 1986, alors qu’elle recevait, en mairie d’Halluin :

 

 La Médaille de la Résistance et la Croix du Combattant volontaire…  Un grand moment d’émotion !

 

 

Mme Yolande Vanackere  veuve Graye résistante halluinoise au courage exemplaire, membre de l’ARACT, en 1994, cinquante ans après, presque non-voyante, évoque encore cette affaire, et si elle ne peut plus mettre des fleurs sur la tombe du postier, y pense toujours avec reconnaissance… 


Elle décède six ans plus tard, en 2000, et repose au cimetière d'Halluin.

 

 

(Archives  et Synthèse D.D., Presse).

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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 20:11


Ils avaient tous à peu près vingt ans lorsqu’ils sont devenus les témoins et les acteurs, les artisans même parfois de la Libération d’Halluin.

 

Pendant quatre ans, ils ont connu leur ville prise dans les chaînes de l’occupation  ennemie. Il s’agissait donc pour eux de relever un défi juste et suprême : rétablir la situation d’avant la guerre, et redonner la liberté à leurs concitoyens ;

 

Pour ce faire évidemment, la population ne pouvait compter que sur sa jeunesse encore présente en ville. Celle-ci était en effet souvent clandestine et engagée dans les Forces Française d’Intervention.

 

En 1994, cinquante ans plus tard, les jeunes de ce temps ont maintenant l’âge de se remémorer cet épisode particulièrement marquant  de leur vie. Chacun enrichit la mémoire collective d’un détail qu’on croit insignifiant. C’est pourtant grâce à eux que l’on peut reconstituer les faits et l’ambiance qui régnaient alors.

 

Alfred Simono avait tout juste 21 ans à l’heure où de terribles responsabilités pesaient comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de jeunes garçons et filles sortis de l’adolescence pour entrer dans la Résistance ou simplement « entrer en patriotisme » par conviction mais aussi presque par instinct de survie.

 

  Pas de « collabos »


« On peut dire qu’à Halluin, il n’y avait pas de collaborateurs pendant la guerre »,

 

souligne cet ancien engagé F.F.I., ce qui évidemment à faciliter la tâche de tous ceux qui sont venus se joindre au petit groupe de Résistants de la première heure, pour libérer définitivement leur ville et leur pays en précipitant la fuite des Allemands.


" Le samedi 2 septembre, un mouvement spontané s’est produit parmi les jeunes d’Halluin, et pendant deux jours nous n’avons pas dormi ".

 

Le but étant de maintenir la pression sur les convois allemands en direction de la Belgique, pour les faire fuir plus vite en tirant depuis les maisons.

 

En tout, ils sont plus d’une centaine à avoir eu le courage d’agir pour faire triompher le patriotisme, que ce soit en tirant sur les colonnes blindées avec des pistolets impuissants face à l’artillerie allemande, ou en cachant chez soi des Résistants clandestins.

 

                                                                Acte de Résistance 

Alfred Simono est entré dans son réseau de Résistance en 1941. Le plus souvent,les actions émanaient d’un chef qu’il ne connaissait pas, tant il fallait prendre de précautions, et étaient menées à l’extérieur d’Halluin. Il se souvient que :

 

« Le cloisonnement des réseaux était total. Rien ne filtrait : la plupart du temps nous ne savions pas de qui émanait l’ordre et encore moins d’où il venait. On ne savait donc pas comment tout cela était organisé.

 

De notre côté, il fallait parler le moins possible pour éviter les représailles. Par exemple, même mes parents chez qui j’habitais pourtant, ignoraient que j’étais Résistant : c’était bien plus sûr et pour eux et pour moi ».

 

  Clandestin

 

Pourtant un soir de 1944, quelques jours avant les évènements qui aboutirent à la Libération, la Gestapo a débarqué au domicile de ses parents alors que toute la maisonnée était encore endormie, avec la ferme intention de l’arrêter. Heureusement, il avait été prévenu par le bouche-à-oreille de l’imminence de cette rafle.

 

« En apprenant cela, je suis allé me réfugier chez le père d’un de mes amis d’enfance qui était médecin à Halluin à l’époque.  


On peut dire que ces gens qui m’ont caché ont réalisé un acte de Résistance parce que leur famille risquait gros. Bien entendu comme j’étais clandestin, je n’avais pas de tickets de rationnement, et pour décharger les gens chez qui j’étais caché, le réseau me faisait parvenir des tickets.
  


Mais à cette époque, je ne savais pas qui venait les mettre dans la boîte aux lettres. D’ailleurs je ne l’ai appris qu’il y a trois ans : c’était Mme Vanackère qui était la seule à savoir où j’étais ».

 

Par la suite, Alfred Simono a quitté Halluin pour rejoindre Lille où la Libération se préparait activement. Il n’est d’ailleurs revenu que le 2 septembre au matin à l’heure H déterminée par les F.F.I.

   

Une armée sans armes


« Il fallait l’inconscience de la jeunesse pour marcher presque sans armes contre des blindés et des soldats munis de mitraillette ! C’est d’ailleurs parce que nous étions inconscients et pleins d’espoir que la Libération s’est faite si vite ».

 

La troupe des F.F.I. était donc sous-armée. Pourtant, pour l’occasion finale que fut la Libération, une réunion avait été organisée afin de faire fusionner les différents groupes (parmi lesquels le W.O. et les Francs-Tireurs).

 

A partir de ce moment-là, l’histoire était en marche.

 

« Les premiers tirs éclatèrent au carrefour de la banque Scalbert rue de Lille. Je me souviens avoir marché contre un char avec un camarade, armé seulement d’un petit pistolet. Je n’ai dû mon salut qu’à la présence de nombreux Allemands qui auraient pu être tués si le char avait tiré.

 

Les troupes de l’armée allemande se repliaient, c’était une vraie débandade. Il y avait même un tireur isolé allemand posté en haut d’une cheminée d’usine qui tirait sur tout ce qui bougeait.

 

Pendant deux nuits, je n’ai pas pu dormir. Après la prise facile de la gendarmerie et du commissariat, nous avions été repérés, et il fallait que nous nous cachions. Nous avons été cachés par « les sœurs de la sagesses » dont le couvent se trouvait rue de Lille : quand les Allemands ont tapé à leur porte et ont demandé si des Résistants étaient là, elles ont répondu non. Un pieux mensonge en somme ».

 

  Liberté


A l’arrivée des Anglais, les F.F.I. ont bien sûr participé à l’explosion de joie dans la ville.

 

La population s’est rattrapée des quatre ans de privation de bals et de dancings. Les F.F.I. eux ont été incorporés dans le 43e R.I. dès le 16 septembre. Mais ils n’ont rien regretté :

 

«La liberté était tellement bonne à vivre ».

 

 

 En septembre 2004, lors du soixantième anniversaire de la Libération d’Halluin, Alfred Simono estime qu’il est un survivant depuis soixante ans :

 

« J’ai été résistant dans les FTP. Je n’ai pas été pris, je n’ai pas été blessé. Alors je me considère en sursis depuis 1944. Tout ce que la vie m’apporte, je le prends ».

 

Il est l’un des derniers acteurs de la libération d’Halluin. Un des survivants, quand d’autres ont laissé leur vie pour la liberté. Ils se nomment :

 

Arthur Dennetière, Maurice Simono, Marthe Nollet, Charles Windels, Henri Deceuninck, Michel Danset qui allait avoir 16 ans…

  

Alfred Simono se souvient des combats rue de la Lys : « Je suis resté trois jours sans dormir ; Après je me suis écroulé dans une réserve de l’usine Desmettre où il y a le Val de Lys actuellement et j’ai dormi...  


Les Allemands, eux, continuent leur fuite vers la Belgique.  Ce n’était plus une armée, c’était un troupeau ».

 

La Libération d’Halluin allia joie et tristesse

 

«  Le 6 septembre, certains faisaient la fête d’autres pleuraient leurs morts… C’était une drôle d’ambiance ».

 

Au matin de ce 6 septembre, le pont de Menin est dynamité et les troupes anglaises, qui arrivent de Bousbecque et Roncq entrent dans la ville.

 

  La joie et le deuil

John Webster, un agent de transmission écossais est le premier à pénétrer dans la ville.

 

Lors du cinquantième anniversaire de la Libération d’Halluin, il était présent à Halluin pour évoquer ses souvenirs :

 

« Nous devions rejoindre Courtrai et avons passé Lille par l’ouest. A u moment, j’ai vu une barrière, j’ai pensé que c’était le chemin de fer. En fait nous étions à la frontière d’Halluin.

 

C’était le 6 septembre à 3 heures du matin, et en trois minutes la rue était remplie de monde.


Je me suis retrouvé comme un joueur de rugby dans la mêlée. La brigade devait arriver et le pont de la Lys était détruit. Nous avons rejoint Courtrai par une petite route à droite de la rivière ».

 

Les libérateurs qui apportent aussi du savon, du chocolat, des cigarettes, sont accueillis par une foule en liesse.

 

« La population n’avait pas fait la fête pendant quatre ans. Aussitôt, elle organisa des bals mais il y avait aussi pal mal de familles en deuil. Il y a eu aussi quelques débordements… ».

 

Alfred Simono est passé à Menin et continue les combats. « Il fallait leur donner un coup de main ».

 

 Il défile ensuite aux côtés des résistants belges pour honorer les martyrs. Celui qui eut comme nom de résistant « Tartuffe », l’étudiant en droit que la résistance a contraint à arrêter ses études, s’est ensuite engagé dans l’armée pour participer à la reconstruction de la France.

 

A Halluin, d’autres ont pris son relais. L’industrie devait être relancée ; certains édifices reconstruits.

 

 

(Archives  et Synthèse D.D., Presse).  

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