Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
M. René Everaert qui s’intéresse particulièrement à tout ce qui touche sa ville natale, a fait le récit des quatre années qui ont plongé les Halluinois comme tous les Français dans la consternation, les deuils et les souffrances, avant les évènements de la Libération d’Halluin en septembre 1944.
Au matin du 10 mai 1940, les avions commençaient leurs bourdonnements nuisibles et la D.C.A. inscrivait ses petits nuages noirs dans le ciel. La radio annonçait la nouvelle lugubre pour les habitants des régions du Nord. Dans la nuit, les forces allemandes ont commencé l’invasion de la Hollande., de la Belgique et du Luxembourg.
Les appels à l’héroïsme demandé aux défenseurs du canal Albert ajoutaient le désespoir à l’angoisse. Chaque minute, chaque seconde, le grondement du canon devenait plus perceptible. Les nouvelles parvenant par les ondes ne laissaient aucun espoir.
Les Allemands avançaient avec rapidité, alors le spectacle de la rue commença.
L’exode de 1940
Les barbelés qui coupaient la frontière avaient été enlevés dans la joie. Et les troupes françaises et anglaises passaient la frontière montant au secours des amis belges.
Bientôt ce fut le pitoyable spectacle des réfugiés belges. Ils arrivaient de toute la Belgique, en auto, à cheval, à vélo, à pied, poussant des voitures d’enfants encombrées de leur pauvre richesse. Ils remontaient les rues de la Lys et Henri Ghesquière, fuyant allant plus loin en France en groupes de plus en plus serrés.
Le soir, ils trouvaient à manger, à se rafraîchir, à se loger dans les maisons halluinoises. Ils étaient les premiers de cette longue cohorte qui allait défigurer l’Europe, ces hommes, ces femmes, ces enfants apeurés par les avions qui les mitraillaient, sales, assoiffés.
Parmi eux, deux d’entre eux, portant des couvertures rouges sur leur porte-bagages. Certains Halluinois prétendaient même qu’il s’agissait des hommes de la « Cinquième colonne ». La maladie de l’espionnage commençait. La peur devint contagieuse.
Des soldats français, fatigués, revenaient de Belgique et prenaient la même route que les réfugiés. Ceux qui avaient connu l’invasion de 1914 ne voulaient plus revoir cela. Les nouvelles de la radio étaient mauvaises. On vit partir vers le sud de la France, les hommes valides de 18 à 60 ans. Certains, après avoir parcouru le Nord et le Pas-de-Calais, tentèrent vainement leur chance en essayant de s’embarquer à Dunkerque, à destination de Douvres, en Angleterre.
Le Nord était encerclé et un grand nombre de réfugiés reprenaient le chemin du retour. Hélas, l’évacuation annoncée par voie d’affiche, avait mis un grand nombre d’Halluinois sur le chemin de l’exil.
Ils se dirigeaient principalement vers Tourcoing et Roubaix où disait-on, les obus pleuvaient semant la mort et la désolation. Ceux qui restaient, se hâtaient vers les abris, portant matelas, vêtements, ustensiles, . D’autres s’affairaient à faire surgir un petit lieu de sûreté.
La ville devint morte. Les maisons, les usines, les magasins étaient fermés, persiennes et volets clos. Dans les rues, quelques soldats anglais patrouillaient et les canons de la D.C.A. étaient mis en batterie.
Dans le ciel, c’était le ronronnement des oiseaux de mort, le sifflement des obus et leur éclatement proche, le fracas de ceux percutant le clocher de l’église Saint-Hilaire, l’explosion du château d’eau situé dans le quartier du Pont-Neuf à Menin-Baraques, et celle de la route de Mouscron où la croix située au lieu-dit « Le Christ Dall » demeure intacte.
Halluin n’avait plus qu’à attendre que le feu de la guerre soit passé.
Dans son avance éclair, l’ennemi ne tardait pas à atteindre la frontière. A Menin (B), le pont de la Lys venait de sauter, et les Allemands se préparaient à traverser la rivière à l’aide de petites embarcations, face aux soldats anglais, dont quelques-uns tombèrent victimes du devoir, et qui étaient embusqués dans les étages supérieurs des maisons riveraines.
Quant aux Britanniques stationnés à Halluin, ils se barricadaient derrière des sacs de sable et de terre, cependant qu’au bois Gratry, des canons disposés en batterie attiraient l’attention de l’ennemi.
Un jour, ils arrivèrent, ces soldats allemands. Déjà aussi, hélas, les premières victimes étaient à déplorer ;
Un triste cortège
La ligne de bataille avait dépassé Halluin. Le pont de Menin étant détruit, les Allemands l’avaient remplacé par deux petits ponts de bois, un de chaque côté, et les troupes allemandes continuaient de passer.
Mais voici que dans l’autre sens, arrivaient de Roncq et de plus loin, des milliers de prisonniers français. Quelques jeunes cyclistes partis à leur rencontre les avaient annoncés. La nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre. Les provisions qu’on avait pu faire pour les jours difficiles : saucisson, pain, fromage, conserves, fruits, tout arrivait sur les trottoirs. Des cuves de boissons étaient posées au bord de la route pour qu’ils puissent se désaltérer.
Et quand on les vit, descendant la rue de Lille sur toute sa largeur, si fatigués, si tristes, on se précipita pour leur offrir tout ce qu’on avait dans les mains. Mais eux disaient : « Donnez plutôt à ceux qui viennent derrière, il y en a tant ». En effet, des colonnes interminables de prisonniers passaient, rappelés à l’ordre par les sentinelles, s’ils s’aventuraient dans une rue adjacente. Chaque uniforme était considéré avec espoir de voir surgir le visage d’un fils ou d’un mari. La longue marche vers les stalags commençait. Un mot sur la vitre du bureau de douane déserté, était formé avec des timbres anti-tuberculeux : Espoir… Petite flamme au creux de la longue nui qui commençait.
L’occupation et ses conséquences
Halluin, théâtre de scènes tragiques allait faire connaissance avec les cartes d’approvisionnements et les interminables queues devant les boulangeries, épiceries, boucheries…
Queues également, à certaines heures de la journée, devant les barrières douanières du grand bureau, où parents halluinois et meninois échangeaient quelques mots. Plus tard, lorsque le passage de la frontière fut à nouveau autorisé, la facilité de se procurer des denrées en quantité plus abondante chez nos voisins belges, amena la pratique du « marché noir ».
Puis ce fut l’astreinte au travail obligatoire, refusé par un grand nombre d’hommes appelés « réfractaires », la Résistance avec son esprit libérateur, la fameuse émission radiophonique « Ici Londres ! Les Français parlent aux Français ! ». La guerre poursuivait son œuvre. Les Allemands livraient bataille au-delà de notre pays. Mais le conflit ne pouvait s’éterniser en Russie et en Afrique.
La libération
Le 6 juin 1944, alors que la guerre paraissait interminable, l’armée de la libération débarquait sur les côtes normandes, et après de rapides progrès, se trouvait aux abords d’Halluin, qui allait prendre sa place dans l’histoire de la libération de la France.
(Archives D.D., Presse).