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Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.

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La Guerre 1939 - 1945 - Halluin (21) Pierre Desmedt dernier résistant halluinois déporté 1914 - 2005.



Dernier résistant halluinois à avoir connu l’horreur et la barbarie de la Déportation, Pierre Desmedt s’est éteint le vendredi 15 Juillet 2005 à Tourcoing (Nord), il avait 91 ans.

 

Pour beaucoup, il laissera l’empreinte indélébile des poignants témoignages qu’il tenait tant à partager. Comme cette conversation, enregistrée le 15 février 1995, dans laquelle il se confie à l’halluinois Daniel Delafosse, amateur d’histoire locale, ou en 2004 à l’occasion de l’exposition halluinoise « Passage de mémoire ».  Ceci afin que le souvenir d’une des plus effroyables tragédies de l’histoire contemporaine se perpétue au travers des générations. Car comme le disait un écrivain allemand : « Ceux qui veulent oublier leur passé sont condamnés à le revivre ».

 

Voici donc, relatés par Daniel Delafosse, quelques faits de la Déportation parmi les plus marquants, du parcours incroyable vécu par Pierre Desmedt, matricule de déporté 73.359, qui fut aussi celui de millions d’autres individus.

 

Pierre (nous l’appellerons par son prénom car il y tenait) est né à Bousbecque (Nord) le 11 février 1914 ; au moment de passer le cap des 90 ans… il répétait souvent : « Je ne suis pas à plaindre. Il paraît qu’un an de camp correspond à quinze ans de vie normale. Faites le calcul… ».

 

Au moment de l’invasion allemande, il est dans les Ardennes, dans les troupes du génie. Il tentera de ralentir l’avance allemande en faisant sauter des ponts où s’entassaient blindés allemands… et réfugiés. « En juin 1940, je n’avais jamais entendu parler de De Gaulle, mais je ne pouvais accepter la défaite. C’est pourquoi je me suis évadé dès que j’ai pu, à pied, aidé par des paysans qui m’ont caché ».

 

Alors Pierre parcourt plusieurs centaines de kilomètres sur des semelles usées jusqu’à la corde, récupérant les habits d’un épouvantail à moineaux pour troquer son équipement militaire, marchant de 4 h du matin à 9 h du soir, franchissant la frontière de la zone libre sans le savoir… Il arrive à Toulouse et ne peut aller plus loin «car je n’avais pas d’argent pour aller au Portugal et m’embarquer pour l’Angleterre ». Il trouve alors un emploi (comme civil) dans l’armée et, très vite, Pierre s’engage dans les Forces Française Libres. Il devient éclaireur lors des atterrissages d’avions alliés

 

En 1942, près d’Agen, au cours d’une mission de parachutage d’armes et de munitions, il est de nouveau arrêté, après dénonciation, par la police nationale. Jugé par un tribunal militaire français, il est condamné sur sentence de Vichy à cinq ans de travaux forcés. Débute alors la valse des prisons, soit sept au total, de Nice à Toulouse où il se souvient encore des myriades de poux qui l’ont assailli. A chaque fois, il bâtit des plans pour s’évader et effectuera dix tentatives d’évasion !

 

En juin 1944, lors de son séjour au pénitencier d’Eysse, mille détenus organisent un projet d’évasion qui échouera après quelques combats meurtriers. Cette action déclenche la colère du gouvernement de Vichy, qui demande au Grand Reich de prendre en charge les prisonniers ; ceux-ci sont conduits à Compiègne, à raison de cent personnes par wagon à bestiaux, restant sans boire ni manger pendant plusieurs jours. « Mais de toutes façons, quand on a soif, on ne peut plus manger ».

 

Après une semaine passée à Compiègne, tous les prisonniers remontent dans les wagons, avec pour toute nourriture un pain et un saucisson, « qu’aujourd’hui on jetterait à la poubelle »  direction l’Allemagne. Ce voyage de trois jours et trois nuits, debout, se termine « au camp de la mort » à Dachau. Jorge Semprun de l’Académie française évoque dans son livre « le grand voyage » cette première étape abominable à laquelle nombreux sont ceux qui n’ont pas survécu.

 

Sous le régime nazi on répertoria quelques neuf cents camps de concentration. Le camp central de Dachau, ouvert en mars 1933, a vu passer en douze ans 206.200 détenus. Dès 1940, il y avait un four crématoire. Après quinze jours passés dans le plus ancien camp de concentration hitlérien, Pierre est transféré au milieu des marécages, au camp de Allach, spécialement réservé aux terroristes, où il restera un an.

 

Allach… n’est pas une commune et semble ne l’avoir jamais été. C’est un quartier, un lieu-dit de la banlieue nord-ouest de Munich, troisième ville en importance du IIIe Reich. Le camp d’Allach était un camp extérieur (le plus important) du camp central de Dachau ; c’est pour cela que tous les détenus d’Allach ont été à Dachau plus ou moins longtemps. Dans ce camp il y avait cinq enceintes différentes : un camp de travailleurs étrangers libres (S.T.O. français), un camp disciplinaire pour les S.S. punis, un camp de prisonniers de guerre français, et un autre de prisonniers soviétiques, plus un « camp de concentration » créé au début de 1943. Sur la grille d’entrée, il était inscrit « le travail c’est la liberté ».

 

Aujourd’hui, il est impossible de trouver le moindre indice ou plus petit signe permettant de supposer qu’un kommando de forçats avait existé de 1943 à 1945 ; le plan du camp d’Allach est exposé au Musée de la Libération aux Invalides.

 

Allach n’est pas un camp d’extermination comme Auschwitz, c’est un camp de travail forcé. Mais quelle différence ? Comme le dit l’officier SS qui accueille Pierre : « Tu entres ici et tu sortiras par là » en montrant la sinistre cheminée du crématorium.

 

A  cette époque, les Allemands coincés à l’est par les Russes et à l’ouest par les alliés, sont très amers et cela explique en partie les atrocités qu’évoque notre déporté halluinois dans la suite de ce récit.

 

En avril 2004, soit depuis cinquante neuf ans,  et chaque jour, Pierre Desmedt est partagé entre le bonheur de s’en être sorti et l’émotion forte et contenue de replonger dans l’abomination du passé. Mais comme il le dit : « J’en parle encore aujourd’hui et plus que jamais, car il faut que les générations qui n’ont pas vécu ces évènements sachent ! ». Il cite alors des moments terribles qui le hantent encore la nuit.

 

Confronté en permanence à la mort, la peur et la souffrance, Pierre se rappelle des coups de manche de pioche qu’il recevait tous les jours, et les conditions inhumaines dans lesquelles il vivait : du lever à 4 h, au travail jusqu’à 19 h, par tous les temps, avec un simple pull, son pyjama (costume rayé des prisonniers, des chiffons et des planches aux pieds. Quant à la nourriture, un peu de soupe d’orties, de pain à base de paille et de sciure de bois, jusqu’à la fouille des poubelles. Les prisonniers étaient battus en permanence et lorsque d’autres débarquaient, les soldats leur enlevaient les dents en or par un coup de poing.

 

En hiver, il se retrouve tout nu dans une baraque en bois, par moins trente degrés ; avec une vingtaine de camarades, ils ont chanté et dansé jusqu’au petit matin, pour éviter de s’endormir et mourir sur la terre gelée. Du côté des femmes, la cruauté était aussi omniprésente, les soldats claquaient les nouveau-nés sur le mur et en présence de la mère !

 

 Et Pierre de préciser : « On voyait aussi des charniers et des wagons remplis de cadavres, que l’on destinait à la fosse commune ou aux fours crématoires, et une fois, dans l’un d’entre eux, un bras s’est levé ! ».

 

Le 30 avril 1945, le camp de Allach est libéré par les Américains, le même jour, Hitler s’est suicidé. Lors de cette libération, les Américains ont fait défiler, tous nus, les prisonniers pour vérifier si des SS n’étaient pas cachés parmi eux, sachant que chaque Waffen SS portait un tatouage. Les détenus sont dans un état de maigreur invraisemblable, à l’image de Pierre qui père quarante-huit kilos contre soixante-douze avant sa détention.

 

Dans les documents trouvés dans les bureaux des nazis, il était stipulé sur ordre d’Himmler, « aucun déporté ne devait tomber vivant dans les mains des Alliés ». D’ailleurs un tunnel était prévu pour que tous les détenus soient exterminés aux gaz de combat. Mais les bourreaux n’ont pas le temps de terminer leur horrible besogne ; quarante-huit heures avant l’arrivée des soldats US, les Allemands se sont enfuis, pendant la nuit, de peur des représailles.

 

Malgré tant d’inhumanité, Pierre garde le souvenir inoubliable de la formidable solidarité instaurée par ce groupe d’amis composé d’un Hollandais, d’un Belge… et d’un Allemand résistant.

 

Après la libération du camp d’Allach le 30 avril 1945, La Croix Rouge l’accueille en Suisse pour qu’il puisse reprendre des forces avant de retourner à Bousbecque où il habite. La population l’accueille avec joie et victuailles, mais les oreilles se ferment vite lorsque Pierre Desmedt commence à raconter… « Les gens n’ont pas toujours compris… ».

 

 Pourtant il ne cessera de raconter pour que personne n’oublie les millions de victimes et les onze Halluinois dont les noms seront gravés sur le monument du square à la mémoire des déportés.

 

Le 11 novembre 1961, lors d’une cérémonie émouvante, salle du manège à Halluin, M. Pierre Desmedt recevait des mains de M. Henri-France Delafosse président d’honneur de l’UNC d’Halluin, la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur.

 

A peine le récit achevé, notre résistant halluinois revient sur des faits marquants, et des propos entrecoupés de silences et de sanglots. Parce qu’on oublie pas des moments comme ceux-là. Ecoutons-le, égrener d’autres souvenirs, pour la mémoire, tout simplement :

 

« A Dachau, il y avait 34 nationalités parlant 60 langues. La grammaire en a pris quelques coups au cul, mais on s’est compris ».


« Si j’avais 40 Allemands avec moi, je ferai le travail que vous faites à 4000 »
.
Ainsi s’exprimait un général allemand à Munich quand les déportés dégageaient les décombres dus aux bombardements. « Oui mais nous, nous n’avons pas été invités » lui a répondu Pierre.


« On n’a que le bonheur que l’on donne… Quand on est dans la merde, une telle idée mijote et prend toute sa valeur ».


« J’ai bouffé dans les poubelles de l’herbe, des fruits de sureau… »


« J’ai vu une locomotive, sous l’effet des bombes alliées, s’envoler et atterrir au troisième étage d’un immeuble ».


«J’ai vu 1400 forteresses volantes (bombardiers lourds américains) arriver sur Munich. J’étais en dessous… et sans abri ».


« Sous l’effet des bombes incendiaires, les rails des voies de chemin de fer coulaient en liquide… ».


« Nous ne pouvions plus fumer depuis des années et ce train de cigares a été bombardé. Quand je pense à la douce odeur de tabac qui se dégageait des carcasses de wagons… ».


« Je venais de m’évader du camp de prisonniers de guerre en France. J’arrive dans un village et on me conduit au maire… il avait un chapeau de paille sur la tête. « On a vu les Allemands hier » me dit-il. « Il n’y a pas de problèmes ce sont des gens charmants. Je vous emmène à la Kommandature et vous serez accueillis à bras ouverts ».

  

Après ce retour en arrière éprouvant de la vie du déporté halluinois Pierre Desmedt, celui-ci s’est prêté très volontiers à des questions plus personnelles de Daniel Delafosse. Cette entrevue, à la demande de l’ancien déporté, fut enregistrée le 15 février 1995 : 

  

Que mangiez-vous, lors de votre déportation au camp d’Allach ?

 

P.D. : « Au lever de 4 h, nous avions 1 l de café pour dix personnes. A 10 h pain avec probablement  de la farine mais aussi de la paille et du bois, plus une rondelle de saucisson. Puis à 12 h, 1 l de soupe composée de feuilles d’ortie ou de betterave et parfois rutabaga. Le soir, à 19 h 30, nous partagions 1 l de thé et une boule de pain de 800 g pour dix personnes. Ce menu était complété en faisant le reste des poubelles, soit écorce d’arbres et herbe ! ».

 

A quel genre de punition assistiez-vous ?

 

P.D. : « Quand on déplaisait simplement à un officier SS, la punition consistait à recevoir 50 coups de nerf de bœuf sur les fesses squelettiques, puis on jetait le prisonnier par la fenêtre ».

 

Dans un livre consacré uniquement au camp d’Allach, voici quelques punitions infligées aux détenus : Gros poids tenus à bout de bras et accroupi, marcher pieds nus dans les gravats, à plat ventre, le détenu devait se soulever à la force des bras. Pour un motif plus grave, la prison une cellule réduite au minimum, debout dans l’impossibilité de faire un mouvement, il fallait faire ses excréments sous soi.


Il y avait la punition collective dite « la pelote » debout, couché, accroupi en avant, en arrière au pas de course, tout le kommando était concerné ; La discipline était féroce et celui qui avait le malheur de ne pas s’y conformer était sévèrement puni : il prenait coups de poing, de pied 15 ou 25 assenés avec un manche de pioche sur le dos et les fesses, cette dernière punition entraînant parfois la mort ; les victimes s’évanouissant toujours avant le 20e coup.


Lors des pendaisons on obligeait les prisonniers à défiler devant les potences où se balançaient les corps suppliciés. Lors de la dysenterie (Malades) quelques astucieux écrasaient du charbon extrait de bois calciné et avalaient cela en guise de pansement de l’appareil digestif.

 

Comment teniez-vous physiquement  et moralement ?

 

P.D. : « En ce qui me concerne, ce qui m’a tenu, ce sont mes convictions religieuses. Je me suis accroché à cela, comme un noyé se raccroche à une branche, et c’est cela qui m’a sauvé. Si on ne se raccrochait pas à quelque chose, on ne survivait pas ; j’étais catholique pratiquant, d’autres étaient communistes… il fallait une foi pour ne pas disparaître. Mais le corps ne suffit pas, et le moral de l’individu représente 99 % de la survie ». (sans oublier son sens de l’humour qu’il fera partager à ses codétenus, à une solidarité entre prisonniers et … à la chance !).

 

S’il avait fallu, auriez-vous tué ?

 

P.D. : « Je ne sais pas, mais ce qui est certain, c’est que l’on aurait été tué pour rien ».

 

Combien de fois avez-vous frôlé la mort ?

 

P.D. : « En vérité, je ne sais pas non plus, mais certainement des centaines de fois. J’étais dans une cave à Munich et j’ai été pris d’un malaise, terrassé par la fatigue. Incapable de rester debout, un officier SS s’approche de moi et sort son pistolet en le pointant. J’ai été sauvé in-extrémis par l’alarme qui signale un bombardement, le militaire ayant rengainé son arme pour courir se mettre à l’abri ».

 

A votre avis, d’où vient la haine d’Hitler pour les juifs ?

 

P.D. : « Hitler qui se prétendait artiste-peintre a hanté souvent les quartiers riches de Vienne parce qu’il était Autrichien ; ces quartiers étaient surtout occupés par les Juifs, qui l’ont souvent rejeté, d’où sa haine pour les Juifs ; celle-ci s’est poursuivie de plus en plus, jusqu’à la naissance du régime nazi, où elle s’est amplifiée dans toute son horreur ».

 

Vous-même, avez-vous su dominer votre haine ?

 

P.D. : « Je n’ai jamais haï personne, même dans les moments les plus durs. Je me souviens d’une réflexion d’un soldat allemand qui me toucha fortement, lors d’une opération du pied sans anesthésie ; le chirurgien français me demanda surtout de ne pas bouger, ni crier. Il aiguisa son bistouri sur la pierre et, l’intervention terminée, il effectua le pansement avec des feuilles intermédiaires de sac de ciment ! Le soldat SS de surveillance eut alors ces mots : « Il y a quand même des Français courageux ». Finalement, je fus transporté à l’infirmerie, étant curable, le contraire aurait été la chambre à gaz ».

 

Lors de votre déportation, y a-t-il eu un moment plus « fort » que d’autres ?

 

P.D.  : « Oui, le jour du 14 juillet 1944 dans un wagon à bestiaux qui nous ramenait de Munich vers les camps, on a « gueulé la Marseillaise » et le chant a été repris dans tout le train ; ce fût alors un énorme déchaînement ». (A ce moment de l’entretien, les sanglots de Pierre Desmedt furent entrecoupés d’un silence).

 

Quel souvenir reste-t-il de l’évacuation du camp d’Allach le 30 avril 1945 ?

 

P.D. : « Lors de la libération par les Américains, il y avait 15000 prisonniers, alors que le camp ne comptait que 5000 places, si bien que, faute d’électricité, les fosses débordaient de partout. On assista à la messe, les pieds dans la m.... !  Cette libération par les soldats américains fut un moment fantastique et, ceux-ci étaient d’une gentillesse au-dessus de tout. Ce qui restera de cette année passée à Allach, c’est avant tout l’immense solidarité, car personne ne pouvait s’en sortir seul. Tout homme a une part de charité en lui, c’est ce qui nous a permis de nous entraider, c’était phénoménal ! ».

 

Ceux qui ont vécu des choses horribles conseillent de lire la Bible ? Le Coran ? Le Talmud, Pourquoi ?

 

P.D. : « Que ce soit dans la Bible ou le Coran, il y a beaucoup de paroles de tolérance. Pour ma part, je suis d’accord avec le philosophe Platon qui disait bien avant l’ère chrétienne, à peu près ceci : « Quand on pense que sur terre, l’argent, le pouvoir et la gloire sont exclusivement entre les mains d’une bande de crapules, il est indéniable qu’après la mort, il y a un règlement de comptes ». Ce type pour moi était formidable, car il avait déjà trouvé cela tout seul ».

 

Le mot « pardon » a-t-il un sens pour vous ?

 

P.D. « Je pardonne à tout le monde, mais je n’oublie rien et n’oublierai jamais. Tous les jours je prie pour tous ceux qui, dans la vie, m’ont fait ne serait-ce qu’un sourire, mais aussi  pour tous ceux qui m’ont fait des « vacheries », en espérant que de l’autre côté Dieu aura pitié d’eux. Les seules personnes pour qui je n’ai pas de compassion sont celles qui portèrent des décorations dites commémoratives pour leur "résistance" effectuée après la guerre ».

 

Par quelle pensée résumeriez-vous le grand livre de votre vie ?

 

P.D. : « Il vaut mieux avoir une vie bien remplie qu’une vie vide ». N’ayant aucun regret d’avoir tout risqué et sacrifié, la vie, la liberté, la santé. Tous les matins, je continue à me regarder dans la glace et je me rase, car je ne voudrais pas avoir devant moi une figure dont j’aurais à rougir, le reste, je m’en fous ! »

 

Sur la carte de Déporté Résistant de Pierre Desmedt il est indiqué : Interné du 9 décembre 1941 au 16 juin 1944. Déporté du 17 juin 1944 au 31 mai 1945.

 

Rappelons que les hauts faits de Pierre Desmedt lui valurent la médaille d’Officier de la Légion d’honneur à titre militaire, la médaille Militaire, celle des Internés et Déportés, la médaille de la Résistance ainsi que les Croix de Guerre avec palmes et du Combattant volontaire.

 

Daniel Delafosse conclut ce grand livre halluinois de la mémoire au « Non à l’oubli ! » par cette réflexion :

« Nous ne citerons jamais assez ces chiffres qui rappellent toute l’horreur du nazisme 11 millions de morts dans les camps, sur 210.000 Français déportés, 40.000 à peine en sortiront vivants, mais dans quel état ! car hélas, au début de ce troisième millénaire, tous les peuples ne sont pas libres et certains sont actuellement, victimes des dictatures, du terrorisme et des camps de concentration ».

 


Quant aux plus jeunes qui remarqueront au monument aux Morts, rue de Lille, le drapeau des déportés du train de Loos et qui ne connaissent pas sa signification (ce train de triste mémoire emporta le 1er septembre 1944, 1350 personnes vers un voyage sans retour et seules 130 ont survécu), la symbolique du drapeau se décompose ainsi : les rayures bleues et blanches rappellent le « costume » porté dans les camps, tandis que le triangle rouge dessiné en son centre marque l’appartenance à une certaine catégorie de déportés ; le rouge correspondant aux déportés résistants qui portaient tous cette marque sur le revers…

 

 

C’est le dimanche 25 avril 2004, à l’angle des rues du Cardinal Liénart et Jean Jaurès à Halluin, que fut inauguré un square en hommage aux déportés et aux victimes de la barbarie nazie, par le maire Jean-Luc Deroo, le docteur Sulman, vice-président de la communauté juive de France, en présence du dernier déporté halluinois Pierre Desmedt et des jeunes du conseil municipal.

 

Pierre Desmedt, en pénétrant le premier dans ce nouveau square, eut ces quelques mots : « Je n’aurais jamais cru en 1945, que je serais là aujourd’hui ! ».

 

« Ce square des déportés est là maintenant dans notre ville ornementée d’une statue posée là afin que nul n’ignore qu’à ce drame, il y a des causes contre lesquelles il faut se battre ». a justifié le maire.

 

Le Docteur Sulman a lui aussi rappelé « Qu’il restait du travail à faire en France pour combattre le racisme, les discriminations et surtout l’antisémitisme ».

 

Devant les jeunes élus du conseil municipal des enfants et des jeunes, le représentant de la communauté juive a rappelé l’importance de l’éducation pour mener à bien ce combat contre l’exclusion. Ce square des déportés est un appel à la vigilance.

 

La statue a été réalisée par l’artiste Jean-Benoît Hannecart et place des victimes, notamment un personnage avec une étoile de David, sous la protection d’une colombe symbole de paix.

 

 « Ils sont nombreux ces lieux où l’homme barbare a fanatisé sa barbarie, où l’homme raciste a assouvi sa domination, où la folie a planté ses racines ». a insisté le Maire d’Halluin.

 

Trois ans après cette inauguration, Pierre Desmedt ne sera plus là, mais son  nom et son souvenir seront à jamais gravés dans la pierre, ainsi que onze autres Halluinois.

 

 C’est la Coupole, centre d’histoire et de mémoire du Nord Pas-de-Calais, qui a fourni cette liste des Déportés au départ d’Halluin. La municipalité donnera le nom du dernier résistant halluinois déporté à ce square situé à l’angle de la rue Jean Jaurès et de la rue Cardinal Liénart, afin de transmettre le souvenir de l’inacceptable.

 

 Cette seconde inauguration se déroula lors d’une cérémonie officielle le dimanche 29 avril 2007, à l’occasion de la Journée nationale des déportés.

 

 Marie-Thérèse Desmedt, sa veuve très émue, Blaise Sonneville, son petit-fils, et Jean-Luc Deroo maire ont dévoilé la stèle en marbre portant ces mentions :

 

 «Square Pierre Desmedt (1914-2005) Aux Déportés Halluinois », suivis des noms de onze Halluinois déportés en camp de concentration : André Desrevaux, Gilbert Dubois, Ernest Feys, André Ottebaert, Emile Persyn, Robert Tonnoir, Julien Van Eetvelde, Edouard Van Hoof, Hilaire Vanwymelbeeke, Léon Verstraete, Alexandre Veyrie.

 

Le maire d’Halluin a rappelé qu’il faut toujours avoir en mémoire le sacrifice des déportés :

 

« Leur sang versé, leurs forces anéanties, ils sont tous dans notre refus des totalitarismes, des fondamentalismes, dans notre refus de l’intolérance… »

 

De son grand-père, Blaise Bonneville ajoutait :

 

« Il a connu le meilleur comme le pire de l’homme. Mais toujours il se remmémorait de grands moments d’amitié ».

 

 Une leçon d’humanisme qui, selon Thérèse Desmedt resterait hélas lettre morte :

 

 « Nous sommes là pour le devoir de mémoire, mais je ne crois pas tellement à son efficacité. Un nouvel évènement en chasse un autre. On voudrait que ça n’arrive plus, mais hélas l’histoire se répète ».

 


Dans un e-mail envoyé à la presse, après la cérémonie, Daniel Delafosse rappelle qu’il souhaitait déjà, dans un courrier adressé au Maire d’Halluin en date du 19 avril 2006, que le nom de Pierre Desmedt soit attribué au square des déportés.

 

 Il faut dire que cet halluinois, depuis 1995, avait participé à plusieurs reprises au travail de mémoire relatif au parcours de déporté de Pierre Desmedt. De ce fait, il regrettait simplement de n’avoir pas été invité à cette cérémonie, ce qui ne l’empêcha pas d’être présent à cet hommage.

 

Et Daniel Delafosse de conclure :

 

 « Néanmoins, je remercie, Monsieur le Maire, d’avoir concrétisé ce vœu, et d’avoir associé les onze autres déportés halluinois à cette émouvante commémoration. Mes remerciements vont également à notre regretté Pierre Desmedt qui n’a jamais cessé de témoigner, afin que nul n’oublie !

 

   

                                                                                  Daniel DELAFOSSE

 
(Archives Daniel Delafosse).



L I E N S :  http://pagesperso-orange.fr/d-d.natanson/liberation_camps.htm

La Déportation en France - Historique et Bilan.

Le "Square Pierre Desmedt (1914 - 2005), Aux Déportés Halluinois".

Le 8 Mai 1945 : Fin de la Guerre en Europe.

Les Lieux Halluinois de Recueillement.

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