Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Le président de l’association des seniors halluinois Roland Verkindère, avec la collaboration des vidéastes de Cinélys, organisait, en ce mois de mai 2008, un rendez-vous consacré aux évènements de mai 1968.
Une thématique intéressante, bien présente dans l’esprit des uns et des autres, sur la plus grande grève générale du siècle dernier en France. Des évènements comparables au Front populaire de 1936, à la Libération de 1945.
La réunion s’est déroulée, à l’estaminet de la mémoire, par des échanges et témoignages très intéressants. Quarante ans après, le printemps 1968 continue de marquer l’histoire sociale du XXIe siècle.
Les travailleurs comme les étudiants sans en avoir toujours clairement conscience se trouvaient engagés dans un phénomène de rejet de cette société.
Christiane Verkindère se souvient de cette période très exaltante en tant qu’enseignante et déléguée syndicale CFDT.
Mme Brazier, étudiante à Chauny commentait : « Pour le mouvement féministe, il fallait avancer dans la domination masculine, il y a eu beaucoup d’utopies. A ce jour, il faudrait encore que cela change et s’il fallait je recommencerais ».
Il y a des milliers de cas où les femmes ont conduit et organisé leur grève tant il était essentiel pour elles d’exister, de décider de mettre en cause une autorité aux multiples facettes.
Jean-Marie Gevaert, employé chez Décofrance, société qui tournait à plein régime, c’était une période faste. Les syndicats ont déposé un cahier de revendications demandant 14 % d’augmentation de salaire avec maintenance de salaire durant la grève.
L’usine s’est arrêtée faute d’approvisionnement des bobines. Le transporteur Broquevièle était aussi en grève. Décofrance a rejoint les sines d’Halluin en grève, paralysées, comme la région, plus de train, plus de bus : le K.O.
Les neuf millions de grévistes de mai-juin 68 ont conquis pour tous les travailleurs de France de nombreux avantages. Le gouvernement Pompidou convoqua, rue de Grenelle, une réunion tripartie. Après 29 heures de discussions, cette réunion aboutit à obtenir une soixantaine d’avantages nouveaux et divers :
Augmentation des salaires, reclassification, titularisations, mensualisations, primes dans le salaire. A cela s’ajoutait l’obtention des congés supplémentaires, de nouveaux jours fériés pays, des mesures de préretraite…
En 68, les travailleurs ont fait faire en quelques jours un bond en avant considérable au droit social français.
Quand la Vallée de la Lys se mettait en grève.
Ce vendredi 16 mai 2008, un calicot flottait à un fronton rue de Lille. L'Epi était... occupé par une exposition sur Mai 68. Il y a quarante ans, la révolte n'a pas épargné la Vallée de la Lys comme l'a raconté l'historien T. Tellier.
« Lorsque l'on parle de Mai 68, on pense à l'histoire nationale. Mais pourtant il y a eu des événements locaux. » C'est ainsi que Thibault Tellier, maître de conférence à Lille III, a débuté son passionnant exposé. Et si la Vallée de Lys comme le Nord n'entre pas en contestation aussi tôt que Paris, un malaise flotte. Le chômage commence à dire son nom. Les ouvriers ne sont pas insensibles à la contestation ouvrière et estudiantine. Mais les syndicats sont divisés : la CFDT et la CGT pensent que c'est le moment de plaider ses droits, la CFTC et la CGC condamnent le mouvement.
Le 21 mai, le tissage Lorthiois et les meubles Renaissance se mettent en grève. Finalement dans les 17 usines d'Halluin, on comptera quelques jours plus tard 2 156 grévistes.
Dans les services publics (SNCF, mairie, EDF, perception...), c'est la grève totale. À Roncq, dans l'entreprise textile Motte-Dewavrin, 280 salariés sur 289 arrêtent le travail. « Dans toute la Vallée de la Lys, le mouvement est pacifique », précise Thibault Tellier.
La salle du Manège devient le QG des syndicats. À Roncq, gérée par les communistes, le relais est pris par les politiques.
« Le conseil municipal vote une subvention de 30 000 F pour les grévistes et la cantine gratuite pour les enfants de grévistes. »
Dans toute la Vallée de la Lys, les grévistes réclament des hausses de salaires, de nouveaux horaires de travail, mais surtout le droit à la liberté syndicale. « Il est frappant de voir que cela arrive en première revendication. »
Les élus (gaullistes) d'Halluin appellent les entreprises à ouvrir des négociations. Finalement après les accords de Grenelle, 600 personnes participent à un vote à la salle du Manège. 305 votent la reprise du travail contre 125 (les fonctionnaires ne votent pas). Et en juin 68, le député gaulliste de la dixième circonscription Maurice Schuman est réélu au premier tour.
(Archives Daniel Delafosse, NE, VdN Mai 2008 ).
Mai 1968, le drapeau rouge flottait sur la région.
On ne peut comprendre la spécificité de Mai 68 dans la région sans se rendre compte à quel point notre territoire, à l'époque, était ouvrier », insiste l'historien Pierre Outerryck. « Il y avait des usines partout, mais vraiment partout ! Jusque dans le coeur de Lille ! » Une population habituée à se mobiliser : les grandes grèves dans les mines, en 1963, le textile frappé par les premières fermetures. Le chômage apparaissait, avec 50 000 Nordistes touchés. La vie ouvrière restait dure : « On s'est battu pour obtenir une pause casse-croûte et ne plus manger dans la poussière au milieu de la laine », rappelle Bernadette Leroy, alors secrétaire CGT dans une usine textile, à Tourcoing.
Il n'empêche, les premiers signaux de la révolte de mai émanent des étudiants. Alors que Daniel Cohn-Bendit et ses Enragés s'agitent à Nanterre, à la Sorbonne, et bientôt dans les rues du Quartier latin à Paris, les étudiants des facultés de lettres et sciences humaines de Lille - alors seule ville de la région où il y a des universités - se mettent en grève le 3 mai. Le 7, quelque 3 000 jeunes défilent dans la capitale des Flandres. Puis, deux jours plus tard, toutes les facultés suivent le mot d'ordre parisien de grève illimitée.
Cela étant, c'est bien le 11 qui marque le début de la grande pagaille. Les ouvriers rejoignent la jeunesse. Et ils sont 30 000 à battre le pavé. « Cette manifestation ouvrière était prévue avant le début des événements de mai », souligne notre historien. « Sans lien avec les faits parisiens ! »
Les piquets de grève se dressent dans toute la région. On manifeste jusque dans les communes de moindre importance. Le Nord - Pas-de-Calais est bloqué. On va chercher de l'essence et du tabac en Belgique. Les bus et les trains ne circulent plus car les cheminots et les gardes-barrières sont à l'arrêt. À Calais, on distribue du poisson gratuitement, à Halluin, le trafic est bloqué aux douanes. Le drapeau noir flotte au fronton de l'actuel théâtre du Nord, sur la grand-place de Lille, « lieu de la contestation permanente ».
Le Premier ministre Georges Pompidou tente de calmer le jeu en dépêchant, le 16 mai, François-Xavier Ortoli, ministre de l'Équipement et du Logement et futur député du Nord. Sa musette est pleine de promesses : l'installation d'une usine Simca à Douvrin - La Bassée et de l'Imprimerie nationale à Douai, l'accélération de la construction de l'autoroute Lille - Dunkerque et de la rocade minière. Mais rien n'y fait.
La « chienlit » se répand et s'intensifie. Jusqu'à la manifestation du 30 mai qui y porte un coup d'arrêt. En soutien au général de Gaulle, quelque 100 000 personnes défilent dans les rues de Lille. Le vent de mai s'est essoufflé. Le travail reprend progressivement. Le blocus d'Usinor Dunkerque est le dernier à être levé.
Nous sommes le 26 juin, un mois après les accords de Grenelle qui ont entériné une hausse du SMIG (actuel SMIC) de 35 %, une augmentation moyenne de 10 % des salaires, et la création des sections syndicales en entreprise.