Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Un récit de Roland Verkindère. Passionné par l'histoire halluinoise et fascinant conteur, Roland Verkindère a retracé pour la presse locale l'itinéraire de sa famille à travers Halluin de 1860 à nos jours.
Un récit foisonnant dont voici le premier extrait.Mes arrière grands-parents paternels, venus de Flandre Occidentale arrivent dans les années 1860. Certains jours je me sens Halluinois depuis près de 150 ans. Mon père, Adrien Verkindère, né en 1912, revenu de Rochefort avec ses parents fin 1919, après l'exode de 1917, habite ruelle Saint-Jean dans une maison de tisserand à domicile sans outil.
Le travail se fait à l'usine. Bientôt la situation est intenable. Une famille nombreuse, 4 garçons, 5 filles qui s'entasse dans une maison à étage et grenier cité Cornil, une impasse désenclavée au début de ce siècle. Dans cette habitation humide et incommode les réunions de famille pouvaient regrouper plus de 30 personnes.
En juin 1940 j'y ai connu l'arrivée des Allemands, réfugié comme une partie de la cité dans l'une des caves de l'usine Loridan, l'actuelle halle de NKong-Zem. 1935. Mes parents se marient et s'installent chez Emile Samper, un bourrelier-courroyeur au croisement de des rues Jacquard et Neuve, à proximité du tissage Sion et à quelques encablures de ce qui allait devenir le Manège.
Dans cette maison à l'odeur de cuir, Emile étant mon parrain, j'y reviens souvent pendant la guerre, plongeant des heures dans des magazines illustrés évoquant de manière réaliste celle de 14-18. Goût prématuré de l'histoire !
(Archives, N.E., 27/7/2010).
Rue du Forage en 1939
La famille quitte les Ets E. Samper pour s'installer rue du Moulin, dans un appartement, avant de prendre possession d'une maison rue du Forage.
Pour de jeunes mariés la cohabitation est difficile. Nous voilà dans un appartement situé au-dessus de la chaiserie « coopérative » la Sève, rue du Moulin (actuelle rue de la Libération). Petit garçon seul à la fenêtre. Ennui ? Solange la voisine d'en face se propose de me promener régulièrement et me le rappelle 60 ans après. Merci Solange.
Bientôt, juste avant la déclaration de la guerre en 1939, mes parents louent une petite maison au 6, rue du Forage. Deux pièces de devant (la salle à manger jamais utilisée et la chambre parentale), à l'arrière une salle d'eau (un robinet) une cuisine-salle de séjour avec son feu cuisinière, coeur de la maison, un escalier de meunier, une trappe, deux chambres pour enfant et dans la courette une remise (le « cotch »), les toilettes à l'ancienne.
Dans le prolongement de la maison, un jardin entretenu avec soin où j'apprends les rudiments de la rotation des cultures. Au fond un prunier et des plaques de séparation avec les propriétés plus vastes de la rue de Lille.
La guerre dans cette rue passante, l'absence du père, les convois de soldats stationnés dans l'usine Huet, rue du Molinel et à proximité un fortin enterré construit par les Anglais face au jardin public. On s'y aventure peu. La poste n'était pas encore construite.
Il faut vivre, cultiver, élever. Des jardins ouvriers au terrain de sports rue de Lille et chemin des Meurins à proximité des blockhaus. Mieux, au bout de la rue du Forage et après le pont du chemin de fer du Molinel des fossés et des champs. Herbes folles et glanage. De quoi nourrir les lapins et la chèvre attachée à son piquet.
Chaque famille, en ces temps de disette, recourt aux cultures vivrières et à l'élevage familial... même si à la bonne saison quelques feuilles de tabac sèchent à l'abri des regards. La fraude n'est pas une faute. C'est se faire prendre qui n'est pas pardonnable. Mentalité de frontalier !
Le 6, rue du Forage devient trop petit. 4 en 40 nous voilà 8 en 44. Comment tenir ? Et pourtant notre père, un conteur remarquable nous fascine. C'était un peu la maison du bonheur avant le départ d'une de nos soeurs.
(Archives, N.E., 28/7/2010).
La cité du Vieux Moulin
Témoin de l'histoire et des grandes mutations d'Halluin. Après la rue du Forage, la famille s'installe Cité du Vieux Moulin. Tout un symbole à l'époque. Dans une famille de syndicalistes, le combat pour des logements plus salubres, plus confortables, plus vastes, prend une nouvelle ampleur avec la Libération.
Certes des logements « loi Loucheur » ont laissé entrevoir des possibilités de progrès possibles avenue de l'Hôpital, rue Michelet, rue du Midi... Mais, avec le CIL et le 1 % logement, au sortir de la guerre, des réalisations nouvelles sont en gestation.
D'où la cité du Vieux Moulin s'ouvrant sur l'actuelle avenue de l'Abbé Lemire. Fierté et agrément d'une maison avec cuisine équipée, salle de bains, cave, poulailler, jardinet. Des maisons bien conçues pour des familles d'ouvriers ou d'employés, pas trop éloignées du centre ville. Elles bénéficient en plus du passage quotidien de commerçants ambulants. La voiture est encore peu utilisée, les hypermarchés inexistants.
Peut-être mieux que mes soeurs et mes frères, j'ai vécu et apprécié ces améliorations successives d'autant que, par ailleurs, j'ai fréquenté plusieurs internats dans la région parisienne, à Clairmarais ou au Bizet en Belgique. Revenir à la maison était bien reposant.
Propriétaire au Colbras
Cité du Vieux Moulin, c'est de la location. Pourquoi pas de l'accession à la propriété ? Même pour des ouvriers ? Etre propriétaire de sa maison, même si elle est identique à celle du voisin. Pourquoi pas ? Cette égalité n'est pas méprisable et favorise la solidarité.
D'où un nouveau déménagement pour la famille. Cette fois un plain-pied, rue Marc-Sangnier, au Colbras. Un beau jardin, un garage. Mes parents y finiront leurs jours même si, dans les derniers temps, un appartement à proximité du noyau primitif d'Halluin, le bas de la rue de Lille et les « Baraques », ne leur aurait pas déplu.
(Archives, N.E., 30/7/2010).
Du Mont à la rue des Ecoles.
« Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es », voici le dernier volet du récit de Roland Verkindère, enfant d'Halluin et passionnant conteur.
En 1958. Mariage. Nous sommes deux enseignants. Notre envie : une maison à nous à la campagne, au Mont. Une opportunité à l'ouest de l'Église St Alphonse. Une cabane, un champ, des plans... et un financement refusé pour une assurance vie non-accordée pendant toute la durée du service militaire (guerre d'Algérie).
Retour en février 1961. Notre fille est là quelques jours après. Du provisoire avant l'occupation de la maison. Et un champ à transformer en parc. Nous sommes dans le Houtland : le pays du bois. Tu plantes une branche de peuplier, 30 ans après tu dois faire appel à la tronçonneuse du bûcheron pour le maîtriser.
Pourquoi le Mont ? Ne pas s'éloigner des siens. On n'est pas au temps du téléphone, du mail, d'internet et webcam... Et des facilités pour travailler, l'autoroute aidant, dans toute la région.
Retour rue des Écoles, l'actuelle rue G. Desmettre.
La retraite venue, les enfants partis, nouveau déménagement pour le centre ville après 50 ans à l'Est de St Alphonse. Le centre c'est l'animation, les rencontres, la possibilité de se déplacer le plus souvent sans véhicule, le recours plus facile aux transports collectifs, l'accès direct aux commerces.
Et là, agréable surprise, ce qui compte c'est l'agencement des meubles, des livres, la nouvelle organisation d'une vie plus centrée sur la maison mais où chacun doit disposer d'une zone de repos, de détente, de création et d'occupations personnelles.
Que reste t-il de ce cheminement ? Qu'y a-t-il au bout du chemin ? Le bonheur ! Et si le bonheur c'était le chemin lui-même, la faculté de s'adapter, de rester ouvert, curieux, attentif, aux autres, accueillant ?
« Tu vois, me dit Enrique venu d'Espagne, j'ai habité cour Porchet en arrivant. Nos enfants allaient chez la voisine qu'ils appelaient Mémé. Elle leur apprenait des chansons en flamand. Ils ont, comme nous, la double culture. Ils savent s'ouvrir à l'autre et le respecter quel qu'il soit ». Je l'ai un peu appris aussi par cette pérégrination dans Halluin.
(Archives, N.E., 31/7/2010).