Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Avec la venue du chef de l'État, Nicolas Sarkozy, aux obsèques d'Antoine de Léocour et Vincent Delory, tués au Niger, les mesures de sécurité mises en place ont paralysé la vie, d'ordinaire si paisible, de la commune. Tout ce protocole n'a pas nui au recueillement. Après la marche silencieuse de dimanche qui a réuni plus de 4 000 personnes, la ville a poursuivi son hommage à Antoine et Vincent.
Dès 10h, les pourtours de l'église étaient fermés à la circulation. Pendant que des personnes viennent déposer des gerbes, des dizaines de journalistes s'installent sur la place pour suivre l'événement. Une présence policière hors norme - 15 fourgons de CRS, rue de l'Abbé-Guichard -, de nombreuses routes interdites... Linselles était une ville paralysée. Mais c'était sans compter sur la mentalité de la population.
Ainsi, vers 14h, une dame, en voiture, s'arrête au niveau du rond-point face à la salle des fêtes et propose du café aux policiers en faction.Un peu plus tôt, avant qu'il ne se rende à l'église « en tant que citoyen », le président du LOSC, Michel Seydoux, est venu saluer la section des supporters linsellois.
Un millier de personnes se sont retrouvées, ce lundi, aux abords de l'Eglise Notre-Dame de la Nativité à Linselles. Dans les rues, de nombreux enfants accompagnaient parents ou grands-parents. Il faut dire que toutes les écoles sont fermées. « C'est normal que les écoles soient fermées. D'ailleurs beaucoup de commerces le sont aussi exceptionnellement, raconte Émilie, 27 ans, avec ses deux petites filles. C'est tout une ville qui leur rend hommage ».
14h45 : La cérémonie, célébrée par l'archêveque de Lille Monseigneur Ulrich doit débuter vers 15 h, en présence des familles des deux victimes, de leurs amis, ainsi que de Rakia, la fiancée d'Antoine de Léocour.
Juste avant 15h, l'impressionnant cortège de voitures et motos du chef de l'État arrive à Linselles. Le président est accueilli sur les marches de l'église par le maire Jacques Rémory et s’est entretenu avec Mgr Ulrich devant l’Eglise.
Martine Aubry, Pierre Mauroy, Jean-Louis Borloo, Marc-Philippe Daubresse, Jean René Lecerf et de nombreuses autres personnalités politiques de la région ont fait le déplacement.
15h00 : la messe vient de débuter à l'église de Linselles.
15h15: Alors que la messe est en cours à Linselles, un office religieux se tient simultanément à Niamey.
Plus de 600 personnes sont rassemblées autour des familles des défunts en présence du chef de l'État et de nombreuses personnalités officielles.
15h20 : Mgr Ulrich indique aux parents et amis des deux victimes que "l'ensemble de la Nation prend part à votre deuil". "Dieu à inscrit vos noms sur la paume de ses mains", dit-il, en référence à Antoine et Vincent. Le père Bogaert, le prêtre de Linselles dit quant à lui que c'est "la nation toute entière qui est blessée par cet attentat odieux" et insiste sur l'union autour des deux familles face à une douleur qui "est la votre, celle de la France, celle de l'humanité toute entière, en proie a des violences injustes".
« Antoine, cette église t'a vu grandir. Le Niger était ta vie. Tu aimais tant cette famille qui t'avait si bien accueilli, à la manière africaine... Antoine, ce n'est pas un adieu », exprime la tante du jeune homme.
Antoine, le littéraire, auteur d'un mémoire consacré au père Augouard, un missionnaire parti à la rencontre des populations du Congo et du Gabon, à la fin du XIXe. Au coeur d'un continent auquel le jeune homme de 25 ans avait choisi de consacrer sa vie comme humanitaire.
L'enfant de Linselles parti épouser l'Afrique et avec elle son amoureuse. Rakia. Bouleversante de dignité face au deuil. « Vincent, tu as croqué la vie à pleines dents... Ton ciel était bleu. Ton humour et ta dérision t'ont toujours permis de faire face. Invite-nous à lever les yeux au firmament pour regarder cette étoile que tu es devenue », livre la maman de Vincent en hommage à ce fils intrépide et joyeux, passionné par l'informatique et le sport automobile.
Un coeur grand comme cette bande de copains. Partagé entre Linselles et Toulouse, où il menait sa brillante carrière d'ingénieur chez Cap Gemini. Le copain d'enfance d'Antoine. Témoin du mariage que tous les amis ont promis de célébrer. Plus tard.La musique face aux larmes Des cris d'amour prolongés par l'homélie de Monseigneur Ulrich :
« Ce sont deux hommes de paix qui ont été violentés, c'est le refus de la violence qui a été pris en otage ; la jeunesse, l'espérance ont été terrassées en eux... Oui les mots nous manquent... », observe l'archevêque quelques minutes après s'être adressé au président de la République en ces termes : « Par votre présence, vous indiquez que la Nation tout entière, la France que nous aimons, est blessée de cet attentat odieux, contre lequel, avec vous, elle s'élève et se révolte. »
Deux étoiles sont nées au coeur de cette cérémonie. Quelque part au- dessus du désert. Dans ce guitare-voix d'Hugues Fantino célébrant Les allumeurs d'étoiles, les annonceurs de joie... Entre l'Alleluia des choristes de Musicalys, repris en choeur, et le Kyrie de la Missa Luba, un chant africain, la musique vient transcender la parole.
15 h 30 : l'homélie de Mgr Ulrich : "Nous ne trouvons pas facilement les mots pour qualifier ce que nous ressentons" Ceux que nous aimons, - et nous pouvons vraiment dire cela, nous sommes venus si nombreux ! - ceux que nous aimons ont été lâchement abattus : ce sont des hommes de paix qui ont été violentés, c'est le refus de la violence qui a été pris en otage la jeunesse et l'espérance ont été terrassées en eux, Vincent et Antoine. Vous vous apprêtiez à vivre un événement de bonheur à Niamey. Quoi de plus beau? Quoi de plus juste ? Quoi de plus porteur d'avenir ? La violence a broyé l'amour et l'amitié. Que dire quand l'horreur semble plus forte ? Oui, vraiment les mots nous manquent.
Mais d'abord, la dignité dont vous témoignez, familles, amis et proches d'Antoine et de Vincent, est la plus belle réponse. Merci pour la profondeur de votre témoignage. Il nous rend solidaires et déterminés. Notre présence nombreuse ici à Linselles, hier et aujourd'hui, en dit plus que tous les discours.
Cette dignité, et une certaine paix intérieure – elle demeure certes fragile en ce moment, et elle a besoin d'être confortée – peuvent trouver dans la Parole de Dieu qui vient d'être proclamée une source pour s'alimenter. Bien sûr, la foi des premiers apôtres, celle de Saint Pierre en particulier, peut sembler inexplicable ou intempestive en ce moment. Cependant, voici un chemin pour la comprendre. N'ont-ils pas vécu, ces apôtres, une terrible séparation avec quelqu'un qu'ils aimaient par dessus tout ? Ils l'avaient suivi, ils étaient remplis d'espoir à sa parole et à ses promesses et tout fut détruit par la condamnation à mort de Jésus, condamnation injuste et incompréhensible à leurs yeux.
L'expérience étonnante et inattendue de la rencontre du Seigneur par-delà sa mort indigne les transforme de l'intérieur. Il vit, et ce qu'ils ont vécu avec Lui avant sa mort est confirmé : c'était un chemin de bien et de droiture, c'était une façon de vivre où l'on s'abstient de faire une différence entre les hommes. Ce qui compte davantage c'est de vivre dans la droiture et dans la confiance mutuelle. Jésus est le modèle, Jésus est le chemin : c'est de cela qu'ils vont témoigner désormais, y compris en étant eux-mêmes rejetés.
C'est ce que dit la parole de Jésus, rapportée dans l'évangile que nous venons d'entendre, l'histoire du grain de blé tombé en terre : quand on a décidé de se donner à une cause, et encore plus de se donner aux autres, par amour, par amitié, les mots ne suffisent pas. La générosité s'exprime en gestes de don et quand la vie est scellée dans la mort, elle exprime tout ce que contenait le cœur de l'homme, et son empreinte ne disparaîtra pas. Au contraire, elle fleurira, elle portera du fruit.
La mort des jeunes est toujours injuste. Combien plus quand la violence détruit lâchement des vies généreuses et engagées. La bête immonde du terrorisme veut paralyser les hommes de bien. Résistons à cette tentation. Antoine et Vincent nous demandent de leur être fidèles en portant très haut les valeurs qui les animaient.
Vous savez qu'à Taizé, se réunissent chaque année des milliers de jeunes remplis du désir de vivre et d'espérer, comme Antoine et Vincent ont pu l'être. Ils se sont encore retrouvés, trente mille peut-être, il y a quelques jours à Rotterdam, pas loin d'ici. Ces jeunes chantent cette phrase : "Le ténèbre n'est pas ténèbre devant toi, la nuit comme le jour illumine."
Pour ceux qui croient au Christ, Antoine et Vincent sont dans cette lumière. Puisse cette lumière nous éclairer, tous !
Nos larmes sont lourdes. Notre indignation est immense.
Mais l'amitié d'Antoine et Vincent, et la promesse de l'amitié entre les peuples auront le dernier mot !
Un message universel dans lequel apparaît Le Petit Prince de Saint-Exupéry, dont un passage est lu par Annabelle Delory, la soeur de Vincent, à la fin de la célébration. L'étoile du Petit Prince n'est plus seule. Elles sont trois au-dessus de ce désert peuplé d'espérance.
Celle d'une ville dont le coeur continuera de battre pour l'Afrique, pour Zogoré au Burkina, la ville jumelle. Celle des copains qui ont choisi Bob Marley pour hisser sur leurs épaules les cercueils de leurs amis, Forget your sorrows and dance.
Et si au milieu de cet immense chagrin, de cette révolte sourde, ce souffle d'espérance parvenait à tous les otages. À nos confrères, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier. Et si le monde pouvait renaître sous les yeux d'Antoine et de Vincent.
Une intention de prière est donnée pour les otages retenus dans le monde. "Que la mort de Vincent et Antoine puisse réveiller chez les auteurs de ces actes barbares une étincelle d'humanité qui permette d'aboutir à leur libération".
16h00 : la cérémonie, sobre et digne, vient de se terminer. Les amis d'Antoine et Vincent portent les cercueils, devant une foule, émue aux larmes. Quelques minutes plus tard, Nicolas Sarkozy quittait Linselles après avoir salué la foule. Après dix jours d'un tourbillon médiatique, Linselles pouvait reprendre son cours normal. Même si, plus rien ne sera comme avant.
(Archives, N.E., 18/1/2011).
Liens : Une Marche Silencieuse à Linselles ... Dimanche 16 Janvier à 13 h 30.
Antoine et Vincent : c'était les copains d'abord... et le témoignage de Louis.
Les Hommages de la Vallée de la Lys à Antoine de Léocour et Vincent Delory...
L'Halluinois Hugues Fantino et... l'Evangile en Musique !
nordeclair.fr/Locales/Halluin/2011/07/02/otages-la-douleur-ravivee-de-la-famille.shtml