Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Récemment, le conseil communautaire a accepté de modifier le PLU (plan local d'urbanisme) du site Gratry. Jusque-là, rien d'extraordinaire. Sauf que le passage en zone constructible permet à Philippe Ruffin, propriétaire d'une partie des lieux de réaliser son ambitieux projet.
Il y a la cheminée industrielle haute de 35 mètres qui offrira une vue imprenable sur la Lys. La salle des métiers à tisser de 3000 m² dédiés aux toboggans, aux parcours d'obstacles, aux jeux gonflables... « La pièce principale, détaille Philippe Ruffin. À droite ce sera pour les petits, à gauche pour les grands. Il y aura au fond un endroit plus calme avec téléviseur et baby-foot ». Juste à côté, l'autre atelier accueillera des terrains de sport. Dehors, les 4000 m² d'espaces verts seront eux aussi dédiés aux jeux.
Le passé industriel en valeur
Quelques jours après la modification du PLU, Philippe Ruffin peut enfin parler de son projet avec plus de sérénité. Un soulagement. « J'ai parfois pensé à arrêter. Mais quand je voyais mon fils le matin, je me disais "je ne lâcherai rien" ». Si le Roncquois va au bout de ses idées, c'est bien pour Augustin, son garçon âgé de 11 ans touché par le handicap. Mais aussi suite à une tumeur qui a changé son regard sur la vie.
C'était en 1999. Philippe Ruffin exerçait alors le métier de coiffeur depuis 30 ans. « J'ai dû arrêter. Mon fils est né, on a découvert son handicap quand il avait deux ans. Je me suis dit "je vais m'occuper de lui" ». Très vite, ce basketteur passionné constate que les activités sportives font un bien fou à son fils. D'où cette idée de parc qui aurait double fonction : lieu d'amusement et d'approche thérapeutique pour les kinésithérapeutes ou les psychomotriciens.
En 2005, après deux années de recherche, le Roncquois se lance. Il achète pour 500 000 E les anciens bâtiments de Gratry, au 12 rue de la Lys. L'endroit lui rappelle des souvenirs. « Mes copains travaillaient ici. C'est là que j'allais les chercher pour aller en boite de nuit ! ».
Surtout, il répond à ses attentes, à son projet mûrement réfléchi, mille fois étudié. Autour des deux espaces de jeux, une dizaine de cellules qu'il souhaiterait louer à des professionnels de la santé. L'idée ? Utiliser les structures à des fins thérapeutiques quand le parc sera fermé au public les jours de classe.
Philippe Ruffin imagine aussi un restaurateur ou pourquoi pas un brocanteur. Une crèche est également dans ses plans. Aussi, un animateur organisera des tournois et créera du lien entre parents et enfants afin « de donner de la valeur à la famille ». Si vous n'êtes pas convaincu par cette pléiade d'activités, ajoutons que des ateliers menuiserie ou poterie seront mis en place. Le tout en prenant soin du patrimoine. « Une chaufferie sur trois a été gardée, elle sera mise en valeur. »
Mais Philippe Ruffin, n'est pas au bout des démarches. Après l'enquête publique, il pourra seulement entamer les travaux. Dans le meilleur des cas, la structure ouvrira ses portes dans deux ans. Sans brûler les étapes : la pièce principale d'abord, les autres ensuite, à condition que le succès soit au rendez-vous.
Si le projet se réalise, le futur maître des lieux réputé pour jouer collectif le garantit : ce ne sera pas « une boîte à chaussures où on met les enfants et ils se débrouillent ». Plutôt un petit paradis où la nature, le passé et les hommes vivront en harmonie.
(Archives, N.E., 12/11/2010).
Parc de loisirs, rue de la Lys…
Depuis l'annonce d'un parc de loisirs dans l'ancien site Gratry, il s'est écoulé deux ans. Soit l'attente d'un vote de la communauté urbaine qui est finalement intervenu vendredi, pour le plus grand bonheur de Philippe Ruffin.
Si Philippe Ruffin n'était pas réveillé chaque matin par son petit Augustin, 11 ans et atteint d'une maladie mentale, il aurait lâché depuis longtemps son projet de parc de loisirs à Halluin.
La maladie de son fils lui donne des forces pour aller au bout de son idée qui a connu, vendredi, une avancée considérable.
La communauté urbaine a voté la modification du plan d'occupation des sols du terrain acheté en mars 2008 par P. Ruffin au sein de l'ancienne usine Gratry. Sans cette modification, rien n'était possible. À présent, une étude publique va être diligentée. Elle durera au moins six mois pour permettre aux riverains de donner leur avis sur ce futur parc qui ne devrait pas ouvrir avant un an.
« Je veux que ce parc soit un outil de travail avec des jeux et de très nombreuses activités comme l'on peut trouver chez Kidzy ou Taho & Lina, mais avec également un lieu d'accueil pour les crèches ou garderies privées ou publiques, un pôle médical et paramédical pour que des professionnels puissent venir avec des enfants handicapés, des artisans qui sont en recherche d'un lieu pour montrer leurs produits... » Philippe Ruffin porte seul cette aventure.
Il a vendu sa maison, son salon de coiffure, pour pouvoir acheter les bâtiments 500 000 euros, réussissant à obtenir sans augmentation du prix d'autres locaux vers la Lys et un espace vert de 4 000 m² : « Je voulais un endroit où l'on puisse développer des activités extérieures et ne pas rester enfermé les beaux jours. »
Pour l'ancien coiffeur, il ne s'agit pas tellement de monter une affaire juteuse, mais plutôt de créer l'outil dont il rêve pour son fils depuis qu'il a pris connaissance de sa maladie : « Je me suis rendu compte du peu de structures pour qu'un enfant comme lui se développe. Alors, pour répondre à une demande très forte de parents, j'ai pensé à ce parc », explique P. Ruffin, qui préside l'association tourquennoise Tremplin sport adapté, pour permettre la pratique d'un sport malgré un handicap.
Il y a deux ans, lors de l'annonce du projet, de très nombreux partenaires s'étaient rapprochés de Philippe mais l'attente a freiné les ardeurs. Aujourd'hui que le parc a la possibilité concrète de fonctionner, le réseau devrait se former à nouveau. Ce n'est pas la place qui manque, reste à Philippe Ruffin de bien délimiter le périmètre de son concept pour qu'il parvienne à répondre à son ambition de loisirs et d'aide au développement de chaque enfant.
Parc Pinocchio…
Le futur parc de loisirs devrait prendre le nom de Pinocchio. ... Explication de Philippe Ruffin, 53 ans, qui porte le projet : « Pinocchio est le fruit d'une réflexion avec des 8-12 ans et je l'ai choisi, car cela parle d'un artisan qui a créé un enfant un peu handicapé, manipulé par tous et qui trouve la raison et devient un enfant comme tout le monde ».
Depuis 1999, lors de la naissance d'Augustin, la vie de Philippe et son épouse a basculé : « J'avais un salon de coiffure mais je rentrais chaque soir en pleurant, car à la suite de problèmes de santé, j'ai perdu une oreille et la relation avec la clientèle a radicalement changé. » L'homme s'arrête et réfléchit. Arrive, alors, la découverte du handicap mental de son fils et Philippe choisit de rester avec lui. À force de chercher des structures pour Augustin, il conçoit l'idée d'un parc de loisirs adapté.
Philippe vend son salon, après trente années de coiffure, et sa maison, monte une société civile immobilière et cherche dans toute la métropole un bâtiment, ayant refusé de faire construire à cause du coût.
« Je ne savais pas que cela mettrait autant de temps », lâche, toujours souriant, Philippe. Alors qu'il achète les locaux à Gratry, il doit encore attendre, se trouvant dans une situation financière compliquée. Mais l'homme a une ressource incroyable.
Il fait des petits boulots, puis décroche un poste dans une école pour aider un enfant handicapé. Il vient également de louer à la ville une partie de bureaux, et il a vendu à la communauté urbaine l'un des bâtiments de son site de deux hectares dont il n'avait pas besoin. Une vente qui lui permettra de lancer des travaux pour son parc.
(Archives, VdN, 11/11/2010).
Lien : Le Tissage Jules Gratry à Halluin... Historique 1854 - 2010.