Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Par brandodean
En 1997, l’ancienne salle paroissiale Notre Dame des Fièvres était entièrement rénovée par la ville, pour servir de restaurant scolaire (où l’on pratique désormais la formule du self-service), et doter le Colbras d’une salle supplémentaire accessible à la population halluinoise.
Il y a dix ans, ce nouvel équipement municipal était baptisé salle « Pierre Declercq » en hommage à cet halluinois assassiné pour être allé jusqu’au bout de son idéal.
Lors de l’inauguration, Mme Declercq a rappelé les moments forts de la vie de son époux : son engagement pour l’indépendance de la Nouvelle Calédonie, la création d’un syndicat qui a obtenu la reconnaissance égale de tous les enseignants quelle que soit la couleur de leur peau, évoqué son combat pour une justice équitable envers tous les hommes :
« Il a été assassiné en 1981 mais sa disparition n’a pas détruit l’idéal qui était enraciné au cœur de la population » a indiqué Mme Declercq, tout en remerciant la ville pour l’hommage rendu à son mari.
Moi-même (Daniel D.), je me souviens, tout jeune, l’avoir eu comme moniteur lors des colonies de vacances organisées par la paroisse. Mais vraiment, qui était Pierre Declercq ?
Né le 30 mai 1938 à Halluin, Pierrot était ce petit garçon qui traversait quatre fois par jour la ville depuis le quartier de la Rouge-Porte jusqu’à l’école du Sacré-Cœur, cet adolescent qui prenait le bus pour se rendre à l’EIC de Tourcoing.
Parallèlement, il fréquentait le patronage et les Cœurs Vaillants, les colonies de vacances, comme colon puis comme moniteur, les Scouts et les camps de jeunes travailleurs. Il a entrepris ensuite des études secondaires et a obtenu une licence en sciences.
L’halluinois Pierre Declercq découvre pour la première fois en 1965 par le biais de la coopération la Nouvelle Calédonie.
Il épouse à Nouméa le 11 décembre 1968 Marguerite Marie Delemotte. De retour en France, il achève ses études en sciences économiques puis devient enseignant au collège du Sacré-Cœur de Tourcoing en 66/67.
Au terme de cette dernière année scolaire, il retourne à Nouméa vers cette terre et ce peuple qui le fascinent. Avec son épouse, également enseignante, il fonde le syndicat laïc des professeurs de l’enseignement catholique au collège de Nouméa. Il prend par la suite la direction de l’établissement Blaise Pascal où il désigne comme collaborateur un autochtone.
Un acte de vaillance qui ne plait guère aux parents d’élèves ! Il démissionne, écoeuré par tant de discrimination.
Ses contacts permanents avec les jeunes le conduiront au syndicalisme et à la politique. Là-bas, le luxe creuse le lit de la misère et le fossé qui sépare les pauvres des nantis ne cesse d’accroître les inégalités.
Son engagement politique découle de ces constats. En 1977, il est élu à l’Assemblée territoriale. Il devient alors secrétaire général de l’Union calédonienne, et leader du Front indépendantiste. Les membres du Front étaient regroupés depuis 1979 au sein du Front indépendantiste Kanak.
Pierre Declercq luttait contre le colonialisme. C’est lui qui intervenait auprès du gouvernement français pour mettre en forme l’indépendance. Il avait déjà rédigé un premier projet en 1979, et avait rencontré le Président de la République François Mitterrand en Juillet 1981
Depuis longtemps il se sait menacé. D’ailleurs, l’hebdomadaire « Corail » du 23 juillet 1981 écrit : « En ce qui concerne les colons armés, une seule remarque : alors qu’ils sont si nombreux et si prompts sur la gâchette, comment se fait-il que Declercq soit encore en vie ? ».
Cinquante-huit jours plus tard, le 19 septembre 1981, il est assassiné dans sa maison de Mont-Doré, atteint par plusieurs balles.
Toute la famille se rend en Nouvelle-Calédonie afin d’assister aux funérailles, le jeudi 24 septembre. Pierre Declercq tenait en effet absolument à être enterré là-bas et les Canaques ne comprendraient pas que sa dépouille mortelle quitte sa terre d’adoption.
Si à l’époque de nombreux témoignages ont condamné cet acte de violence inacceptable, aujourd’hui encore Pierre Declercq reste gravé dans la mémoire de tous ceux qui l’ont côtoyé.
Le Président de la République François Mitterrand, lors de sa première conférence de presse, rendait hommage à Pierre Declercq.
Il laisse le souvenir d’un homme profondément humaniste, un chrétien passionné qui est allé jusqu’au bout de ses convictions, jusqu’au sacrifice de sa vie.
(Archives et Synthèse, D.D., Presse).
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