Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Des discussions anodines peuvent, parfois, donner naissance à de grands projets. La preuve : lorsque Charles Gachelin, géographe, et Francis Ampe (natif d’Halluin), directeur de l’Agence d’urbanisme, conviennent en 1993, qu’il faudrait organiser les Jeux olympiques à Lille pour faire entrer la ville dans le concert des métropoles internationales à l’attaque du troisième millénaire, personne n’osait supposer que ce projet fou puisse transpirer des quatre murs du bureau où sont enfermés les deux hommes.
Deux ans plus tard, le projet, né de l’imagination fertile de spécialistes de l’aménagement de l’espace urbain, a un « clip », un livre et un prix : huit milliards de francs, rien que pour l’organisation proprement dite de l’évènement.
En novembre, l’arc olympique, symbole d’une candidature resserrée dans sa superficie géographique, enregistre sa première victoire. Contre toute attente, Lille bat Lyon par quinze voix contre douze lors de la primaire franco-française arbitrée par le CNOSF.
Voilà Lille seule en course face à dix adversaires redoutables : Le Cap, Rome, Athènes, Stockholm, Istanbul, Saint-Pétersbourg, Buenos Aires, Rio de Janeiro, Séville et San Juan de Porto Rico.
Le rêve prend soudain l’allure d’une féroce compétition. « Notre aventure s’apparente à une longue course de haies où chaque obstacle est éliminatoire. A nous de créer les conditions pour poursuivre avec la même réussite ».
A cette date, rien ne rebute ni ne fait reculer Francis Ampe, 51 ans, ingénieur de formation et ancien maire de Chambéry, de 1977 à 1983 : ni le nombre de haies, ni la taille de ceux qui sont dans la course.
« Il n’est jamais battu. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il trouve une solution à chaque problème, même les plus épineux » Partenaire plutôt sceptique de Lille au début, Henri Sérandour, le président du Comité National Olympique Sportif Français s’est, devant cette conviction inébranlable mise au service d’un projet cohérent, mué en ardent défenseur de la cause nordiste. « Je suis dorénavant persuadé que Lille sera dans le dernier carré », confiait-il le jour de la visite des présidents des fédérations à Lille, à la mi-janvier 1996.
Sur les onze villes en lice, celle de Lille a fait le forcing jusqu’au bout malgré les critiques de la commission d’évaluation qui sont : L’éparpillement des sites sportifs, l’environnement du village olympique, le plan d’hébergement et même, ça en a fait sourire plus d’un, le climat de la région pendant l’été.
Lille a tenu à réagir vite, et dans un rapport de cinq pages le délégué général de Lille 2004, Francis Ampe, a répondu point par point sans toutefois remettre en cause l’équilibre général d’un projet qu’il dit « cohérent » et dont l’architecture n’aurait pu être modifiée en si peu de temps.
Les responsables de la candidature de Lille étaient revenus d’un voyage à Atlanta, avec la certitude que leur métropole régionale avait une chance, celle, disent-ils d’un revirement du mouvement olympique vers « une organisation plus humaine ».
Lille entend incarner cette idée et 80 millions de francs de budget ont déjà été utilisés pour la promouvoir. Pour entretenir le suspense.
Le 6 mars 1997, en fin d’après-midi, c’est Pierre Mauroy, président de Lille 2004, qui a pris la parole devant le collège de sélection du CIO comme l’ont fait les uns après les autres tous les représentants des onze villes sur la sellette.
Quarante minutes de doute et d’espoir pour convaincre que la candidature de Lille, appuyée entre autres par la marraine Marie-Josée Pérec qui avait fait le déplacement la veille à Lausanne, a des atouts qui peuvent lui permettre d’aller plus loin dans cette aventure olympique, qui a pris du volume ces dernières semaines : Témoins cette urne contenant le million de bulletins de soutien à Lille et le la divulgation du dernier sondage qui montre que 86 % des Français soutiennent la candidature de Lille, c’est tout un pays, le nôtre, qui semble s’être mobilisé pour faire poids derrière la communauté nordiste.
Hélas, le 7 mars 1997 à 13 h 30, le verdict est tombé ; Le Comité International Olympique annonce que Lille n’est pas désignée dans les quatre villes retenues pour postuler à l’organisation des Jeux de 2004.
« Je garderai toujours deux images de cette formidable aventure : l’avant, quand la Grand Place de Lille était submergée par une foule en liesse venue nous soutenir et l’après, quand, de retour à la fac, un silence de mort a accueilli mon entrée dans l’amphi » Charles Gachelin, professeur à l’Université des sciences et technologies de Lille évoque avec émotion la grandeur et la décadence de « son » projet Lille 2004, qui a fait miroiter à la ville les fastes de la grand-messe olympique.
Mais, organiser les JO n’a jamais été l’objectif ultime des caciques de Lille 2004 « C’était avant tout une question d’image de marque, rappelle Charles Gachelin. « Quand nous avons commencé à réfléchir avec Francis Ampe (directeur de l’Agence lilloise de développement et d’urbanisme) sur les moyens de faire de Lille une véritable métropole, nous sommes tombés d’accord sur la candidature à l’organisation des JO ».
Selon l’ancien vice-président de Lille 2004, l’effet d’annonce a largement porté ses fruits :
Avant sur n’importe quelle carte du monde, Lille n’existait pas. Depuis 1997, on nous connaît ».
Quant à Francis Ampe, président de Lille-Europe Olympique, il précisait : « Cette candidature a déployé des axes de développement pour les trente années à venir ».
En attendant chacun est reparti batailler pour d’autres causes, en espérant peut-être recommencer un jour une nouvelle aventure olympique !
Halluinois de naissance, Françis Ampe est le 9ème enfant de M. et Mme Joseph Ampe Févez dont la famille était domiciliée à Halluin, rue Jean Jaurès, et comptait douze frères et sœurs.
Cet ancien halluinois qui fut Ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris, a été, notamment, Maire de Chambéry (de 1977 à 1983), Directeur général de l’Agence de développement et d’urbanisme de Lille-Métropole (de 1990 à 1999), et conseiller pour le développement urbain durable à la Datar de 1999 à 2002.
La Ville d’Halluin et Lille Olympique 2004
Halluin apporta sa modeste contribution aux encouragements formulés pour la candidature de Lille aux Jeux Olympiques de 2004 :
Depuis les Foulées Halluinoises en octobre 1996, sur une idée de l’halluinois Daniel Delafosse et à l’initiative du Maire d’Halluin Alexandre Faidherbe, le drapeau officiel « Lille Olympique 2004 » ornait la façade de l’Hôtel de Ville, rue Marthe Nollet.
Et puis, ce vendredi 7 mars 1997, le rêve s’est envolé, et avec lui le drapeau…
Dans la presse locale, en date du 9 mars 1997, on pouvait lire la réaction d’un Halluinois, sous le titre, « Quand Lille est privée de J.O » :
Ils étaient nombreux, vendredi, à 13 h 30, à avoir branché leur radio ou leur télévision pour savoir si Lille serait retenue parmi les cinq villes susceptibles d’organiser le JO de 2004.
Nombreux à être déçus à l’énoncé des lauréats.
Daniel Delafosse, le Monsieur Cinéma halluinois, a toujours soutenu le projet lillois des jeux olympiques, il a envoyé sa réaction par fax à Francis Ampe, délégué général. En voici la teneur :
« Demain sera le temps de la réflexion, mais ce jour 7 mars à 13 h 30, est bien le temps de l’émotion et de l’énorme déception pour toute une région qui croyait à cette formidable aventure.
Quoi qu’il en soit, toute l’équipe de Lille 2004 mérite nos très sincères félicitations et nos plus vifs applaudissements pour l’extraordinaire travail fourni depuis deux ans.
Si cette aventure pouvait générer davantage de consensus entre tous les partenaires politiques, économiques, culturels et sociaux, alors, la région du Nord – Pas-de-Calais aurait remporté la plus belle des victoires ».
(Archives et synthèse D.D.)