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Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.

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La Guerre 1914 - 1918 - Halluin (64) Le dernier Poilu Roncquois Julien Deleplace témoigne à 91 ans...



A Roncq (ville voisine d’Halluin), le dernier combattant de 14-18 s’appelait Julien Deleplace. En novembre 1988, à l’âge de 91 ans, il raconte sa guerre…

 

Il est le dernier à pouvoir raconter dans la commune de Roncq (Nord) ; Après lui, ce sera le silence mais pas l’oubli. En tout cas, cet ancien facteur bien connu des Roncquois, vit encore dans sa tête les épisodes tragiques de sa guerre.

 

Pourtant, derrière ses yeux vifs et rieurs, son visage ridé mais étonnamment alerte, se dissimule une longue vie menée avec volonté et optimisme. Sa « Grande Guerre » à lui, c’est une confusion d’images qui ressurgissent en se bousculant pour finalement évoquer des instantanés d’une vie presque ordinaire.

 

A 19 ans, il se demandait alors pourquoi, il avait été parachuté quelque part sur le chemin des Dames. Pourquoi, il voyait ses camarades disparaître, sa vie remise en jeu à chaque instant aun sein d’un décor surréaliste où la longueur des barbes des combattants devient vite le symbole d’une guerre figée, plantée comme une sale plaisanterie dans un dialogue de sourds.

 

Le dernier combattant roncquois de la « Grande Guerre » encore en vie est né à Lestrem, près de Merville, dans le Pas-de-Calais, le 30 juin 1897.

 

En 1914, il a 17 ans, c’est-à-dire un an de moins que l’âge requis pour être mobilisé. C’est donc tout naturellement qu’il est appelé sous les drapeaux en janvier 1916. Trois mois de préparation suffiront à en faire un fusil-mitrailleur prêt à se battre sur le front, du côté du chemin des Dames, dans l’Aisne. Un voyage au bout de l’enfer en quelque sorte.

 

Incorporé comme 2ème Classe dans le 29ème Bataillon de chasseurs à pied, Julien Deleplace est expédié à l’arrière du front, le temps de « s’adapter ». « On amène les jeunes à aller au front », dit-il simplement aujourd’hui. « C’est ce qui a été le plus difficile pour moi » .

 

Il a failli tuer son sergent !

 

Julien n’était alors pas au bout de son calvaire :

 

« C’était toujours des bombardements incessants, on était obligé de se terrer dans des abris donnant sur les tranchées, on devait reculer en cas d’attaque de l’ennemi » poursuit-il, « J’ai perdu beaucoup de camarades et je m’habituais en fonction également des nombreux déplacements dans la région de Montdidier, à changer de copains toutes les trois semaines.

 

« Au début ça fait drôle d’entendre le canon », indique ce combattant alors aussi anonyme que les autres, « et c’est atroce de voir les camarades tués devant vos yeux et aussitôt enterrés par les jets de terre provoqués par l’éclatement des obus ».

 

Julien fait alors remarquer que tous ces souvenirs reviennent spontanément en lui, satisfait d’être là aujourd’hui. « J’ai eu beaucoup de chance d’être encadré par des vieux de la vieille qui connaissaient bien le point d’impact des obus ». Une chance qui a peut-être suffi.

 

Si Julien voyait très rarement l’ennemi, il était toujours sur le pied de guerre, lorsqu’il montait la garde toutes les nuits, une heure sur deux. « Une fois, mon sergent a voulu vérifier que je montais bien la garde. Il s’est montré si discret que, dès que je l’ai aperçu, je lui ai foutu un coup de revolver. J’ai tiré tout de suite, sans sommations. Il a alors laissé éclater sa colère. J’ai rétorqué en lui disant qu’il aurait fait mieux de s’annoncer ». Ca, c’est l’anecdote, le rire libérateur d’aujourd’hui, l’instant tragique d’hier.

 

Blessé sur le front de la Somme

 

Puis, il a été affecté en Alsace, toujours sur ce front immobile et terriblement ravageur avant de se retrouver à Roye, dans la Somme, afin de porter l’estocade. En effet, l’offensive qui fut déclenché dans les régions de Doullens et de Beauvais le 18 juillet 1918 sera la bonne. Ce sera le 20 août de la même année la blessure de Julien : une balle de mitraillette venue rageusement se loger dans son épaule (Il la garde dans ses tiroirs).

 

Dès lors, la guerre de Julien prit fin. Evacué à Dieppe où il restera hospitalisé trois semaines, puis à Rouen et à Carentan, dans la Manche, c’est finalement dans un lit d’hôpital qu’il accueillera dans une immense joie l’armistice signée à Rethondes le 11 novembre.

 

« Je suis resté à l’hôpital jusqu’à la démobilisation, en décembre 1918. Puis j’ai été affecté dans les services auxiliaires du dépôt du régiment à Epernay ». Et puis ce sera le retour chez ses parents qui ont vu leur maison être détruite.

 

Après avoir pratiqué de nombreux métiers (travaillant dans différents usines et notamment dans la cordonnerie), Julien Deleplace se mariera en 1924 avec une Tourquennoise avant de s’installer à Tourcoing en 1929 et à Roncq en 1933 où il exercera pendant 25 ans le métier de facteur.

 

Aujourd’hui, il peut se féliciter d’avoir donné naissance à une famille nombreuse, composée de cinq enfants, treize petits-enfants et treize arrière-petits-enfants. Grâce à sa blessure et à ses charges familiales, il ne repartira pas une seconde fois sur le front en 39-45.

 

Et malgré la perte cruelle de son épouse en 1987, notre dernier combattant de la « Grande Guerre » que compte la commune paraît toujours animé de la même oie de vivre, dans la salle  à manger de cette maison située en bordure de la rue de Lille où tous les objets comme le poële brûlant témoignent d’un passé jamais oublié.

 

« Ca me ferait plaisir de retourner là-bas », conclut Julien Deleplace. Un voyage de plus qu’il pourra toujours réaliser après avoir reçu ce 11 novembre 1988 des mains du maire de Roncq, une distinction de plus.


Mais il ne parle que de la Croix de guerre, une sorte de récompense fétiche. Il est vrai qu’il ne peut parler de sa barbe de l’époque puisqu’à 19 ans, elle ne voulait pas encore se montrer !

 

M. Julien Deleplace est décédé à Roncq (Nord) le 24 Avril 1991, dans sa 94ème année.

 


(Archives D.D., N.E, Novembre 1988).

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