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Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.

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La Guerre 1914 - 1918 - Halluin (68) Constat final par Jean-Jacques Becker de l'Historial de Péronne.



« Nous sommes les petits enfants de la Grande Guerre ».

 

Le bilan de 14/18 ? Neuf à dix millions de morts de toutes nationalités et des conséquences économiques, sociales ou idéologiques considérables.

 

Les écrits sur la Grande Guerre rempliraient des bibliothèques entières. Avec le quatre-vingtième anniversaire de l’armistice en prime, c’est même la saturation complète ! Mais rares sont les auteurs qui ont su, comme Jean-Jacques Becker, prendre toute la mesure de l’évènement.

 

 Car la guerre de 14/18, ce n’est pas seulement une affaire de manœuvres militaires. C’est un conflit qui bouleverse fondamentalement l’ordre du monde. Sans trop le savoir, par bien des côtés, nous sommes les enfants de ce conflit inhumain aux multiples effets.

 

En novembre 1998, aux questions d’un journaliste de la presse régionale, voici les réponses de M. Jean-Jacques Becker, Professeur à l’université de Paris-Nanterre et président de l’Historial de Péronne.

 

Quelles sont les origines de la Grande Guerre :

 

« Elles sont complexes dans le détail et simples en théorie. C’est l’attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914, contre l’archiduc François Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, dû à des nationalistes serbes, qui a mis le feu aux poudres et a précipité la plupart des pays européens dans la guerre par l’enchaînement presque mécanique des alliances.

 

Mais l’origine fondamentale est la puissance des sentiments nationaux dans les Etats européens. Les hommes d’Etat ont eu conscience d’être débordés par des « forces obscures », c’est-à-dire par la conviction des populations des grands Etats-nations de l’Europe d’être menacées par leurs voisin, l’Allemagne par la Russie, la France par l’Allemagne, pour ne prendre que ces exemples ».

 

A qui la faute si elle s’est éternisée ?

 

« Une raison d’ordre militaire. Après la brève période de la guerre, dite de mouvement, la guerre de position, symbolisée par les tranchées, a posé un problème insoluble aux différents commandements qui ont été dans l’incapacité de parvenir à percer le front adverse.

 

Une raison d’ordre psychologique. Au fur et à mesure que la guerre se poursuivait et que les sacrifices consentis étaient devenus immenses, il apparaissait impossible d’accepter un compromis. La France qui, contrairement à ce que l’on a souvent dit, n’était pas entrée en guerre pour l’Alsace-Lorraine, ne pouvait plus admettre de ne pas récupérer les « provinces perdues ». L’Allemagne qui occupait la Belgique et une partie de la France et dont la « carte de guerre était favorable, ne pouvait admettre de les rendre ».

 

Dans quel état d’esprit les peuples se sont-ils mobilisés ?

 

« Contrairement à la légende, l’enthousiasme fut rare. Après un moment de surprise, souvent consternée, très sensible dans les campagnes frnaçaises, le sentiment dominant fut la résolution de défendre sa patrie ».

 

Est-ce le moment le plus terrible de l’histoire de l’humanité ?

 

« Il n’est pas possible de répondre globalement à cette question, car ce qui a été vrai pour un peuple (ou même une partie d’un peuple) ne l’a pas été pour un autre. Une grande partie du monde n’a pas été affectée par la guerre mais, pour la France, dont le territoire a été le théâtre principal des opérations à l’ouest, c’est effectivement un des moments les plus effroyables de son histoire ».

 

Jusqu’à quel point ce conflit a-t-il marqué le XXe siècle ?

 

« Les conséquences immédiates sont évidentes, économiques (l’appauvrissement des Etats européens) monétaires (l’inflation), démographiques (une énorme ponction humaine due aux morts de la guerre mais aussi à la chute du nombre de naissances), politiques (les quatre grands Empires européens, allemand, austro-hongrois, russe, ottoman, disparaissent et une forme nouvelle d’Etat, la Russie soviétique apparaît), géographiques (la carte de l’Europe est bouleversée par l’éclatement de l’Autriche-Hongrie en une série d’Etats nouveaux (Autriche, Hongrie, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Pologne…) et par le recul vers l’Etat de l’espace russe), mais la conséquence la plus importante a été de faire entrer l’Europe dans l’ère des masses et de donner naissance aux totalitarismes (soviétique, fasciste, nazi) ».

 

Qui a gagné la Première Guerre mondiale ?

 

« D’un point de vue purement factuel, sans aucun doute les alliés franco-anglais grâce au concours américain mais à terme, il n’y a pas eu plus de vainqueurs que de vaincus… Les sacrifices insupportables de sa victoire expliquent l’écroulement de la France en 1940 ».

 

Les pires souffrances ont-elles été endurées à Verdun, dans la Somme,sur le Chemin des Dames ?

 

« A Verdun, parce que ce fut la plus longue bataille, mais pendant les six mois de celle de la Somme, les souffrances ont été équivalentes. D’autres batailles comme celles de Lorraine en 1914 (27 000 morts français pour le seul samedi 22 août) ou du Chemin des Dames en 1917 (40.000 morts en deux semaines) ont connu des pertes effroyables ».

 

Le bilan est terrifiant. Quels chiffres faut-il retenir ?

 

« Pour l’ensemble des belligérants, entre 9 et 10 millions de morts. Pour la France, 1.300.000 morts métropolitains et 70.000 morts pour les troupes coloniales, 1 million d’invalides (au taux de plus 10 %) dont 300.000 mutilés, 680.000 veuves de guerre, 760.000 orphelins… ».


S’il y avait une leçon majeure à tirer… ?

 

« Elles sont au moins deux. La première est l’incroyable capacité de courage, d’héroïsme, de sacrifices, mise par les peuples au service de la cause nationale. Pour ne prendre que les trois grands belligérants occidentaux, ce fut aussi vrai pour les Français que pour les Allemands ou les Britanniques.

 

La deuxième est que cette guerre sans causes réelles n’a apporté que malheurs et souffrances et qu’une seconde guerre mondiale a été nécessaire (et une troisième a bien failli l’être) pour en effacer les pires conséquences… ».


 

Quel sens faut-il donner aux commémorations du 11 novembre ?

 

« Quatre-vingt ans après l’armistice de 1918, dans chaque commune de France, le 11 novembre, le maire et ses conseillers municipaux qui sont souvent les petits-enfants, voire les arrière-petits-enfants, des morts de la guerre de 1914, célèbrent leur souvenir.

 

La persistance de ce rite (malgré tout ce qui s’est passé depuis) montre à quel point la mémoire de la Grande Guerre est profondément intégrée dans la conscience nationale.

 

Les cérémonies du 11 novembre n’ont pas pour but de célébrer une victoire, mais bien de se souvenir des sacrifices inouïs qui ont été acceptés pour la défense du pays. C’est la commémoration des morts et du sentiment national ».

 

 

                                                                                              Bruno VOUTERS

 

 

Jean-Jacques Becker a notamment publié « L’Europe dans la Grande Guerre » (ed. Belin Sup), « Les Français dans la Grande Guerre » (Laffont), « La Première Guerre mondiale » (MA Editions).


 

(Archives D.D., VdN, 11/1998).

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