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Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.

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La Guerre 1914 - 1918 - Halluin (74 Bis) Discours de M. Le Président de la République - Hommage National aux Combattants de 1914 - 1918 (Suite et Fin 2/2/).



(...) Après l’armistice, il ne veut pas être démobilisé comme soldat italien. Il veut être libéré de ses

obligations militaires par la France où il veut retourner. Il se rend au consulat de France à Milan,

montre son livret militaire et se fait reconnaître comme soldat français. Libéré, il rentre à Paris et

reprend son travail de ramoneur.

 

Il fonde avec ses deux frères une entreprise qui compte aujourd’hui près de 4000 employés. Sa devise

est : « Union. Travail. Sagesse ». Cette devise, il en fera la ligne de conduite de toute sa vie.

En 1938, sentant venir la guerre, il demande à être naturalisé Français. Il devient officiellement

Français en 1939. Pendant la guerre il travaille avec la Résistance, fournit des renseignements, cache

des armes, fabrique des explosifs. Il n’a pas le sentiment, une fois encore, d’être un héros, juste de

faire son devoir envers le pays qui l’a accueilli, qui lui a donné sa chance et qui est devenu le sien.

 

Lazare Ponticelli a vécu longtemps. Il est mort à 110 ans, le 12 mars 2008. Comme si dans ce dernier

vivant toute la vie s’était concentrée pour montrer à quel point elle pouvait être plus forte que le

malheur.

 

Lui qui avait connu la plus extrême violence, il s’est éteint en ayant l’air de s’endormir, dit sa fille. Il

avait tout réussi, accompli tous les rêves du petit garçon de 10 ans qui avait quitté son village de

misère pieds nus dans la nuit un siècle auparavant.

 

Ce héros anonyme, qui ne cessa jamais d’être fidèle aux valeurs d’honnêteté, de travail, de loyauté que

son père lui avait enseignées, avait pour destinée de ne devenir célèbre qu’au jour de sa mort, parce

que ce jour-là la Grande guerre allait cesser d’appartenir au souvenir pour ne plus appartenir qu’à

l’Histoire.

 

Comme le visage du caporal Peugeot au moment de sa mort préfigure les visages des millions de

morts qui allaient venir, celui de Lazare Ponticelli à son dernier instant les résume tous.

Avant que ne meure l’avant-dernier survivant, il ne savait pas que le destin lui réservait ce rôle de

dernier témoin. Mais toute sa vie jusqu’à la fin, il n’a cessé de vouloir témoigner.

 

Il disait : « L’horreur de cette guerre je ne l’ai pas oublié, ni pour moi, ni pour ceux qui sont morts.

C’est pourquoi je vais le 11 novembre au monument aux morts ». Il ne manqua pas une

commémoration de toute sa vie.


Aux enfants des écoles, il répétait : « Ne faites pas la guerre ». La guerre, il ne la racontait que pour en

faire sentir l’horreur et pour en faire comprendre l’absurdité qu’il ressentit si fortement au Tyrol quand

soldats autrichiens et italiens fraternisaient entre deux assauts en s’échangeant du pain contre du tabac.

Comme tous les combattants de 14-18, il aurait voulu que cette guerre fût la dernière. Mais il a fallu

que l’Europe se jetât une fois encore dans l’horreur et qu’elle fût menacée d’anéantissement pour

qu’elle se décide enfin à faire la paix avec elle-même pour toujours.

 

L’hommage solennel que la nation tout entière rend aujourd’hui à Lazare Ponticelli, c'est un hommage

à tous ses camarades de combat dont la plupart lui sont inconnus mais qui sont devenus des frères dans

la douleur et la souffrance, cet hommage solennel n’est pas un hommage rendu à la guerre, c’est un

hommage à ceux qui l’ont faite, marin, aviateurs, cavaliers, artilleurs, fantassins, civils, en souffrant et

en risquant leur vie pour l’amour de leur patrie et pour l’idée qu’ils se faisaient de ce qu’ils lui

devaient, pour l’idée qu’ils se faisaient de la liberté, de l’honneur et du courage.

 

Au milieu des circonstances tragiques qui les dépassaient, pris dans un engrenage fatal dont aucun

n’était individuellement responsable, ils n’ont pris les armes au fond que pour une seule raison : parce

qu’ils préféraient mourir en hommes libres plutôt que de vivre en esclaves. Ce qu’ils ont fait c’est plus

qu’on ne pouvait demander à des hommes et ils l’ont fait. Trente ans plus tard, aux Glières où j’irai me

recueillir demain, une poignée d’hommes allaient eux aussi faire le sacrifice de leurs vies en

proclamant : « vivre libre ou mourir ! »

 

Jeunesse de France, souvenez-vous toujours de ce que vous devez aux femmes et aux hommes qui

furent si grands dans l’épreuve et dans le malheur !

 

Nul désormais ne racontera plus à ses petits-enfants ou à ses arrière-petits-enfants la vie terrible des

tranchées, ni les combats de l’Argonne, ni ceux du chemin des Dames. Nul n’entendra plus le vieux

Poilu dire à ses petits-enfants ou à ses arrière-petits-enfants : ne faites plus jamais la guerre.

 

Il est de notre devoir que, par-delà l’Histoire, la mémoire demeure malgré tout vivante. C’est un

devoir national, c’est un devoir humain. On ne construit pas son avenir en oubliant son passé, mais en

l’assumant et en le surmontant.

 

Mais le souvenir est fragile quand la mort est passée.

 

Un autre immigré, engagé volontaire en 1914, avait écrit en partant à la guerre à celle qu’il aimait :

« Si je mourais là-bas sur le front de l’armée

Tu pleurerais un jour et puis mon souvenir s’éteindrait

Si je meurs là bas souvenir qu’on oublie

Souviens t’en quelquefois (…) »

 

Il s’appelait Guillaume Apollinaire, il avait vingt quatre ans, il aimait la vie comme on l’aime à vingt

ans, il n’avait pas de haine. Il était le fils d’un père italien et d’une mère d’origine balte. Il fut blessé à

la tempe. Affaibli par sa blessure, il mourut de la grippe espagnole en 1918.

 

Il est, comme des millions d’autres, le frère de Lazare par delà la mort et pour l’éternité. Il est le frère

de cet homme dont la mort paisible referme les dernières blessures avec lesquelles tant de femmes et

d’hommes ont dû apprendre à vivre. Il est, comme des millions d’autres, le frère de cet homme dont le

sort a voulu qu’il fût l’ultime survivant mystérieusement choisi, peut être parce qu’il en était digne

tout simplement, pour témoigner du grand rêve de fraternité qui unissait tous ceux qui avaient connu

cet enfer où chacun, au milieu du massacre, s’était demandé un jour s’il était encore un homme.

 

En cet instant, dans toute la France la pensée de chacun se tourne vers ces femmes et ces hommes qui

nous ont appris la grandeur du patriotisme qui est l’amour de son pays et la détestation du

nationalisme qui est la haine des autres. Et par delà le silence de la mort, ils nous parlent encore au

nom de ce qu’ils ont enduré. Ils nous disent que la compréhension, le respect et la solidarité humaine

sont les seuls remparts contre la barbarie qui, à chaque instant, si nous n’y prenons pas garde, peut

menacer à nouveau de submerger le monde.

 

Nous ne les oublierons jamais.

                                                                                                   

                                                                                                                    Nicolas SARKOZY
                                                       
                                                                                                                          
 


(Cet article est publié dans ce blog depuis le 18/3/2008).
 

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