Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Le 28 juin 2000, à 60 ans, l’halluinois Jacques Vanhalst a enfin réalisé son rêve : voler à bord d’un avion qu’il a construit lui-même. Quatre années de travail ont été nécessaires, et surtout beaucoup de passion. « Chaque jour, il y avait un problème à résoudre… ».
Voici le récit de cette aventure extraordinaire :
Il y a des épreuves qui vous donnent des ailes…C’est le décès de sa femme, en 1993, qui a poussé Jacques Vanhalst à construire son avion :
« Il fallait que je m’occupe. J’ai toujours été attiré par les avions, mais je n’avais volé qu’à bord d’un gros porteur, durant l’armée. Ce sont des collègues qui ont construit un avion à trois, à Bondues, qui m’ont donné le goût. Le directeur de l’entreprise où je travaillais comme mécanicien, Cappelle, construisait aussi son avion. J’étais bricoleur alors je me suis lancé là-dedans ».
Pas si fou
Il a d’ailleurs reçu comme cadeau de départ en pré-retraite, en 1998, un système GPS… Cela faisait deux ans qu’il avait commencé la construction de son ULM – car c’en est un – et nul n’ignorait son projet…
« Avant, j’ai passé mes brevets de pilote d’ULM à Valenciennes. Et puis j’ai acheté avec deux personnes un avion là-bas, pour voler en attendant que mon avion soit prêt ».
Tout sauf un doux dingue qui plane, Jacques Vanhalst, même si certains ont trouvé son idée un peu folle. « Les gens pensent que toutes ces lattes de bois, ce n’est pas solide. Mais mon monoplace résiste à quatre fois sa charge, soit 4 G. ».
Le « mini Max » du jeune retraité a volé pour la première fois, lui, le 28 juin 2000, au départ de l’aérodrome de Bondues. Un vol court, bien sûr, mais qui s’est bien déroulé, malgré la panne de l’altimètre.
« C’était un grand plaisir, même s’il fallait faire attention à tout. Je ne connaissais pas Bondues ; En plus, l’avion sur lequel j’avais l’habitude de voler à Valenciennes avait un train tricycle, avec une roulette à l’avant, alors que celui-ci a un train classique, avec une roulette à l’arrière, ce qui change tout, notamment pour le décollage et l’atterrissage.
Quand j’ai eu fini, mon fils a appelé ma fille qui habite à Istres pour lui dire que j’étais toujours en vie ! » Jacques Vanhalst, lui, n’en doutait pas.
« Me faire enfin plaisir »
Durant l’été, l’ULM a volé environ 8 heures au total. A chaque fois avec des réglages supplémentaires. Et ce n’est pas fini. « Maintenant que je sais qu’il vole, je fais les finitions. Il y avait des problèmes d’instrument, j’ai dû démonter plusieurs fois le tableau de bois. Des problèmes de support moteur aussi car le bois avait joué ». Bref, encore un hiver bien occupé.
Mais tout a une fin, et que va faire Jacques Vanhalst maintenant que son rêve s’est concrétisé ? « Je vais voler avec, d’ailleurs, je vends ma part dans l’avion de Valenciennes. Je vais commencer à me faire vraiment plaisir, à ne plus penser aux réglages. Avec les réservoirs que j’ai ajoutés, je vais pouvoir voler 4 ou 5 heures ».
Mais ces longues journées d’automne, d’hiver, passées jusque là les outils à la main, que va-t-il en faire ? « C’est sûr, je ne sais pas rester sans rien faire. J’ai déjà pensé à fabriquer autre chose, mes enfants aimeraient bien faire du char à voile » lance-t-il en plaisantant à moitié.
Et lui qui a réalisé, en bon fils de menuisier, une bonne partie des meubles de sa maison, ajoute : « Et puis je vais fabriquer des meubles miniatures, avec le chêne du fond du jardin, pour mes petits-enfants.
Un travail de bénédictin
C’est dans son garage, au fond de son jardin qui donne sur la campagne, que Jacques Vanhalst a confectionné la plupart des parties – en bois – de son avion. Même avant ce projet, ce bricoleur invétéré y passait déjà tout son temps libre, notamment à réaliser des meubles pour sa maison, avec des machines qu’il a fabriquées aussi lui-même.
Pour le coup, il n’a pas tout fait de A à Z : il a acheté aux Etats-Unis un kit pour réaliser un avion. Il s’en vend aussi en France, mais le kit américain était moins cher et « l’avion plus joli », de l’avis du passionné. Attention, il ne suffit pas d’assembler des pièces pour obtenir l’avion à la fin. « Dans le kit, il y avait du bois, des pneus, de l’aluminium ».
Il faut ensuite découper le bois (du spruce, un bois léger mais très solide), les baguettes, les petites pièces qui servent à assembler (il y a 1140 pièces de bois dans les ailes), il faut recouvrir de toile l’engin, il faut trouver soi-même de la peinture, et on ne vous parle pas des instruments de navigation et du tableau de bord. Bref, un travail de bénédictin.
« Cà m’a aussi pris beaucoup de temps parce que je n’avais pas de hangar, et quand je travaillais dehors pour avoir de la place, il fallait chaque jour démonter et remonter l’avion, surtout sur la fin ».
« Chaque jour ou presque, il fallait résoudre un nouveau problème, et c’est ça qui était passionnant », souligne Jacques Vanhalst.
Manque de place
Il a investi la salle à manger en hiver pour poser la toile sur les ailes, car la colle allait être périmée et qu’il fallait une certaine température pour l’utiliser. Il a travaillé sur les nervures des ailes dans sa cave. Le manque de place l’a poussé à réaliser un préau provisoire dans le prolongement de son garage, pour pouvoir travailler quel que soit le temps… Et comment transporter l’avion ? En réalisant la remorque (extensible s’il vous plaît) soi-même. Pour le sortir, il a même du couper les branches d’un arbre de son jardin.
Le passionné, pas à un jour près, a même perfectionné l’engin : les ailes se replient, ce qui permet un montage et un démontage rapide, et surtout demande moins de place pour le rangement ; deux réservoirs ont été ajoutés sous les ailes ; et puis côté technique, l’avion est doté du système GPS et de la radio, ce qui n’est pas obligatoire sur un ULM.
« A la fin, il faut absolument peser l’avion, pour calculer ensuite le centre de gravité. Le mien pèse 250 kg, et le centre de gravité était là où c’était prévu ». Heureusement, car il a des amis qui se sont trompés et qui ont dû redémonter l’avion…
Aujourd’hui, il ne reste comme souvenir de ce travail acharné qu’une vidéo, des centaines de photos montrant les différents stades de réalisation… et un avion qui vole très bien.
(Archives, D.D., N.E. Janvier 2001).
LIEN : L'Halluinois Régis Vanhalst, ou la Passion de la Vie Municipale...