Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.

Publicité

Antoine et Vincent : c'était les copains d'abord... et le témoignage de Louis.

 

 

Ils sont trois garçons du même âge qu'Antoine de Léocour et Vincent Delory : 25 ans. Quand Antoine, l'humanitaire en Afrique, et Vincent, l'ingénieur exilé à Toulouse, rentraient à Linselles, ils les appelaient en premier. Ensemble, depuis l'école maternelle de Linselles, ils ont tout partagé. Jusqu'au dernier réveillon du Nouvel An. Ivan, Pascal et Xavier témoignent, pour rendre hommage à leurs copains. Deux jeunes hommes particulièrement doués pour la vie et l'amitié.

L'amitié, définition linselloise. Autour de la table, Ivan, Pascal et Xavier sont là, soutenus par leurs petites amies. Ils expliquent : « Ce qu'on veut, c'est vous parler d'Antoine et de Vincent pour leur rendre hommage. »Pas question de parler d'eux. Et « si vous prenez en photo les amis d'Antoine et Vincent, c'est toute la bande, sachant que déjà rien que les amis très proches, ça fait déjà au moins une cinquantaine ! », prévient Pascal.

 

Si Vincent et Antoine étaient quasiment voisins, la petite bande s'est constituée au fil des ans, autour d'un noyau dur conçu depuis la maternelle, à l'école Sainte-Marie. « Antoine et Vincent, pour nous, ça veut dire toute l'enfance. On a tous grandi à Linselles. On côtoyait les mêmes personnes. Puis on est passé de l'enfance à l'adolescence. On a passé des soirées, des week-ends ensemble. Après, la distance s'est creusée, mais on a toujours gardé contact. La première chose qu'ils faisaient quand ils rentraient, c'était nous appeler », raconte Ivan d'un seul souffle. « Ils ont été les premiers à partir : Antoine à Poitiers, puis en Afrique, Vincent à Toulouse. Chacun a pris sa voie, mais dès qu'on se retrouvait, c'était naturel », renchérit Xavier.

 

Vincent ou le virus de l'informatique. Vincent travaillait chez Cap Gémini à Toulouse, « comme ingénieur en informatique appliquée dans le domaine spatial. Rassurez-vous, j'ai l'habitude, il n'y a que moi qui comprends ce qu'il faisait exactement comme travail ! », sourit Pascal, ingénieur lui aussi et ancien binôme de Vincent à Polytech Lille. Ils s'étaient séparés au lycée et Vincent avait intégré l'IUT de Villeneuve-d'Ascq, puis retrouvés dans cette école d'ingénieurs.

 

Vincent aimait la musique et était supporteur du LOSC : « Pour le foot mais aussi pour les déplacements ! » Il était aussi féru de nouvelles technologies - « mais pas du téléphone ! » Ses amis confirment en riant la définition donnée avant-hier dans nos colonnes par sa soeur : « Épris d'aventure et de liberté ». « Il vivait tout simplement », estime Pascal. « Il a vécu à 200 à l'heure ! Il ne s'interdisait rien », renchérit Ivan.

 

« Ce qui l'attachait à Toulouse, c'est son travail qu'il adorait », note Xavier. « Mais au réveillon, il nous a dit qu'il aurait eu le sentiment de profiter vraiment de la vie s'il avait pu rester dans le Nord. Même s'il s'était (évidemment !) refait une bande d'amis à Toulouse, ce n'était pas pareil », confie Ivan.

 

Antoine ou la passion africaine. Antoine aimait lui aussi la musique, mais sa vraie passion, c'était l'Afrique. Une passion en germe très tôt : « Après le collège, je suis allé à la Croix-Blanche avec Antoine, raconte Ivan. Il a fait un bac économique et social, parce qu'il était déjà attiré par l'histoire, la sociologie, les sciences humaines en général. » Ivan, lui, a fait un bac scientifique et, tandis qu'il accompagnait brièvement Xavier en médecine, avant de devenir infirmier au CHRU de Lille. Antoine enchaînait un DEUG de sociologie à Lille 1 et d'histoire à Lille 3, puis une licence d'histoire option anthropologie et un master d'histoire contemporaine à Poitiers. « Un jour, quand il est rentré ici, il nous a annoncé qu'il allait partir, parce qu'il avait envie de bouger, de partir à l'aventure », se souvient Ivan.

 

Antoine devient humanitaire « Il s'est tout de suite épanoui là-dedans », affirme Xavier. « Ça ne nous a pas spécialement étonnés, dit Ivan. C'était en lui. Il savait pourquoi il partait. Ses missions, même quand elles n'étaient pas évidentes, se passaient super bien. Il était chez lui là-bas. Sa vie, elle était au Niger. » Pascal confirme : « Sa passion, c'était ce qu'il faisait. Ça ne l'avait pas changé. La seule différence, quand il rentrait, c'est qu'il disait : "Qu'est-ce qu'il fait froid ici !" » Il écrivait de longs mails communs à sa famille et ses amis : « Il racontait ses missions, nous décrivait le pays. Et il déconnait surtout ! » Il venait de terminer une mission et devait repartir pour l'ONG Amifrance en République Centrafricaine, réputée dangereuse. « Il était revenu au Niger pour le mariage, dans une zone réputée calme... »

 

Du sage estaminet de Wervik à ce sacré Nouvel An 2011. « En fait, on n'avait pas vraiment de points communs. Ce qui nous réunissait, c'était la fête », reconnaît Ivan. Ils étaient ce qu'on appelle des témoins de vie : on grandit ensemble, on mesure ce qu'on est en train de devenir. Les fêtes étaient donc des retours aux sources linselloises. L'un de ces abreuvoirs, c'était l'estaminet du musée du Tabac à Wervik, mais aussi la maison des parents qui s'absentaient. Parmi les fêtes mémorables, il y a eu le dernier réveillon de la Saint-Sylvestre, dans une ferme de Linselles. « Vincent et Antoine sont rentrés pour les vacances de Noël : en fait, ce réveillon a duré dix jours ! », plaisante Pascal.

 

Rakia, ou comment faire d'un célibataire indécrottable un amoureux transi. « Une fois, quand Antoine est revenu- il revenait deux à trois fois par an -, il y avait quelque chose qui avait changé », avoue Ivan. Rakia Hassan Kouka était entrée en scène. « Antoine n'était pas du genre à s'attacher, alors cette fille-là, c'est que c'était vraiment la bonne », assurent à l'unisson les copains. « Il avait accepté de faire un mariage traditionnel, avec la dot nigérienne à la famille . Mais il ne voulait pas trop nous en dire sur le mariage. Il disait : "Vous allez voir, ça va être une surprise !" Il voulait vraiment nous faire découvrir l'Afrique », raconte Pascal. Antoine et Rakia devaient venir à Linselles en juin.

 

Le voyage prévu au Niger. Xavier, Ivan et leurs copines, ainsi que Louis (rapatrié hier et trop choqué pour témoigner avec le reste de la bande), devaient prendre l'avion cette semaine pour rejoindre Antoine et Vincent à Niamey. « Depuis le début, on disait qu'on allait aller le voir là-bas. Le mariage était l'occasion. » Xavier confie : « Vincent m'avait beaucoup parlé de ce voyage : ça faisait longtemps qu'Antoine et lui ne s'étaient pas revus. » Pascal ajoute : « Il disait aussi : "Ici j'ai tout ce dont j'ai envie. mais j'ai envie de voir une vie plus simple." »

 

Un hommage dimanche ? « On fera certainement un hommage dimanche, à Linselles. On va essayer de faire ce qu'ils auraient voulu », annonce Pascal. « C'est sûr qu'il y a eu des moments plus forts que d'autres, mais c'est la globalité qui fait qu'on a vraiment eu de la chance de connaître ces deux copains. Ça a été un sans-faute entre nous », résume Ivan.

 

(Archives, VdN, 11/1/2011).

 

 

Le témoignage de Louis parti au Niger…

Louis a quitté la famille de Rakia comme un déchirement. S'il tient aujourd'hui, c'est grâce à eux, à leur mobilisation. À cette famille qui l'a accueilli durant ces sombres 48 h. Il a accepté de témoigner. Pour Vincent, Antoine. Pour Rakia.

Il est 16­h hier après-midi. Louis ne tient pas en place. Il marche dans son salon. Fait les cent pas. Comme si le temps avait suspendu son vol. Entre Niamey et Bousbecque. Ou l'inverse. Il a du mal à comprendre ce qu'il lui arrive. À savoir où il se trouve.

 « ­Dans la tête, je n'ai jamais atterri là-bas.­ » Cueilli à froid. À la descente de l'avion. Par la famille de Rakia. Pour apprendre l'enlèvement de ses deux amis, Vincent et Antoine. Soixante-douze­heures après, Louis « ­n'a toujours pas reposé ses pieds sur terre­ ». Quelque part. Entre Bousbecque et Niamey. Vincent et Antoine sont morts depuis deux jours. Il a pris un avion hier soir. Arrivée en France à 6­h, hier matin. Retour à Bousbecque vers 10­h. Et tenté d'esquiver la masse des médias devant sa porte. « ­Je suis toujours à attendre mes potes à l'aéroport.­ » Le temps a suspendu son vol.

 

Celui du déchirement. Le déchirement de perdre ses proches. Celui aussi de quitter après 48­heures, la famille de Rakia, « ­dont on ne parle pas assez­ ». Rakia qui devait se marier avec Antoine samedi prochain. « ­Il faut penser à elle, aussi. On était là-bas pour son mariage.­ » Et à une famille « ­qui se faisait une joie d'accueillir la belle-famille, les amis­ ». « ­Je n'y suis resté que deux jours mais j'ai mal vécu de devoir partir aussi vite, témoigne Louis, un court instant assis. Ce sont des gens qui transpirent la sincérité, cela a été difficile de repartir. Il y a eu des choses fortes.­ »

 

Le soutien sans faille de la famille de Rakia

 

Ses amis enlevés, puis morts, Louis était seul à Niamey. Sans connaître personne. Mais c'était sans compter sur la famille de Rakia. Qui l'a épaulé. Soutenu. Qui l'aide à tenir. Encore maintenant qu'il est rentré. Entouré de ses proches. Un autre soutien. « ­Un soulagement d'être auprès d'eux. »

 

Encore la tête à ces deux jours au Niger. Entre Niamey et Bousbecque. À la mobilisation qui est venue de tout Niamey. « ­Dès le samedi, il y a eu une très forte mobilisation. Toute la population s'est mobilisée.­ » « ­Tant qu'Antoine et Vincent étaient au Niger, on pouvait y croire, il devait pouvoir y avoir une issue. On espérait une demande de rançon. Être là-bas sans les avoir vus, c'est très difficile.­ » « ­Jusqu'au couperet­ », rajoute-t-il après quelques secondes de blanc. Une éternité. Celle de ses deux amis.

 

Difficile de contrer la fatalité. « ­Les risques sécuritaires, Antoine les connaît, reprend Louis. S'il y avait eu le moindre risque, il ne nous aurait pas invités. Ici (là-bas), toute la population de Niamey est atterrée. C'était inimaginable qu'un enlèvement puisse avoir lieu à cet endroit.­ »

 

 

Le mariage devait être une grande fête. Pour Antoine et Rakia. Rakia qui devait venir passer les fêtes avec le groupe d'amis. Mais cela n'a pas pu se faire. Louis espère qu'elle pourra être présente pour les obsèques de son chéri. « ­Qu'ils vont tout faire pour qu'elle puisse venir. »

 

Et en tout cas, ici, en France, que l'on pense autant à la douleur des familles d'Antoine et de Vincent qu'à celle de Rakia. Il n'est resté que 48­heures à Niamey. Mais quelque chose en lui y est resté pour toujours. Avec Antoine et Vincent.

 

(Archives, N.E., 11/1/2011). 

 

 

 

Vous pouvez envoyer un message de sympathie aux deux familles, à l'adresse suivante : contact@ville-linselles.com

 

 

LienLes Hommages de la Vallée de la Lys à Antoine de Léocour et Vincent Delory...

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article