Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Par Brandodean
Sur les 22 bouchers d'Halluin dans les années 80, il est le seul à avoir cédé sa boutique. Depuis, le retraité donne l'essentiel de son temps aux autres. Bribes de vie d'un homme exemplaire.
Berland, Ghislain. Sexe masculin. Soixante ans en juin. Cheveux courts, châtain, lunettes sur un sourire. Boucher, d'une famille de bouchers. Marié à Annick et père de quatre enfants.
Il est plutôt difficile de caser dans une définition de trois lignes ce qui occupe le retraité Ghislain, entre les Restos du coeur dans la métropole lilloise, la MJC d'Halluin, l'association Élans et le Cameroun, le don du sang, le train pour Lourdes et quelques petits coups de main en fonction de la demande.
Connu comme l'agneau blanc dans sa commune après quarante ans de boucherie et cinq générations de bouchers, Berland est l'unique rescapé de la déferlante des grandes surfaces qui engloutit 20 boucheries sur 22 en moins de deux décennies.
« Dans la rue où j'ai commencé, il y en avait quatre, aujourd'hui plus rien », confie l'ancien commerçant. À force de déménagements opportuns, d'un travail considérable et de bonnes idées, Ghislain ne sombre pas : « Nous avons mangé notre pain noir et maintenant, c'est de la brioche aux raisins avec du sucre dessus ! ».
Son passage à l'école missionnaire de Reims, de 12 à 15 ans, lui a appris à partager cette brioche, ses souvenirs sont encore vifs et sa foi toujours présente. Cela semble stimuler cette générosité qu'il met en action, comme si la boucherie avait été une longue parenthèse professionnelle intense et qu'il rattrapait aujourd'hui cette profonde envie de donner.
« Il est toujours prêt à aider, Ghislain, glisse Blaise Metangmo, en charge de l'association Élans qui organise, entre autre, du tourisme équitable vers le Cameroun. La première fois que je l'ai vu, il était le plus vieux d'un groupe de la MJC venu au Cameroun. Il fallait tout le temps qu'il aide, qu'il participe. Ghislain ne peut pas s'asseoir en attendant que ça se passe ».
Il apprendra, par exemple, à cuisiner une carbonade flamande en plein village africain. L'Halluinois ne tient pas en place mais il agit dans le calme. Avec sérénité, il écoute les salariés de la Maison de la jeunesse et de la culture dont il est président depuis un an. « Très motivé et impliqué », confie Stéphanie Lewillye, la directrice, qui relève sa présence constante dans les murs et une véritable relation de confiance avec des collaborateurs.
Aux Restos du coeur de Wattrelos, il doit avec Antoinette et Patrick se débrouiller pour, chaque jour, accommoder les dons de nourriture pour faire cent repas pour les plus démunis qui seront distribués à la gare Saint-Sauveur de Lille. Et là encore, il aide en profondeur. Aux Restos, il a fait acheter une armoire de réchauffage pour que la distribution de repas soit plus rapide que le système micro-onde d'avant.
Ghislain Berland n'est pas épinglé de la Légion d'honneur. Il n'est engagé dans aucun parti et il a toujours refusé de figurer sur une liste électorale à Halluin. « En politique, il faut déshabiller Paul pour habiller Jacques et moi, je ne sais pas dire "non", mais je ne comprends pas ceux qui se tapent dessus au lieu de se mettre autour d'une table ».
Cet été, l'ancien boucher ira sur le chemin de Compostelle pour marcher une semaine. Puis, il reviendra à Halluin poursuivre ses bonnes oeuvres, ses lunettes sur son sourire et l'esprit résolument optimiste.
(Archives, VdN, 2/5/2010).
Liens : L'Halluinois Ghislain Berland... et le Quartier "Les Baraques" Menin (B).
La Maison des Jeunes et de la Culture d'Halluin fête ses 40 ans.
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