Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Linselles vient de vivre une actualité tragique, avec l'enlèvement et la mort d'Antoine et Vincent. Dans un document qu'il intitule sobrement « Otages au Niger - Janvier 2011 », Jacques Rémory, le maire, nous livre un récit poignant des heures qu'il a vécues en ces terribles circonstances qui ont endeuillé deux familles.
L'annonce. « Nous apprenons samedi matin, 8 janvier, que deux otages ont été pris au Niger. Vers 11 h 30, le préfet nous informe que ces deux otages sont Linsellois. Vers 19 heures, le préfet veut absolument m'avoir au téléphone. J'étais en train de présenter les voeux à l'ensemble du personnel communal. Très peu de temps après je le rappelle. »
Jacques Rémory recevra l'horrible nouvelle en ces termes : « Croyez bien que nous sommes attristés et vraiment désolés. Les deux otages ont été tués. Les familles sont prévenues par le Quai d'Orsay. Les membres du cabinet du préfet prendront contact avec vous. »
Le maire prévient aussitôt le député, Christian Vanneste. « Nous nous rendons ensemble, de suite, à la première heure dimanche, voir deux familles effondrées, qui nous reçoivent dans un profond chagrin. Nous les informons de la visite, cet après-midi, du préfet en ma compagnie et nous les laissons avec leurs proches.
À notre sortie, c'est Monsieur le curé qui leur rend visite. Il m'a accompagné chaque jour personnellement à partager cette profonde douleur. Homme de foi, il me disait : "Jacques, Monsieur le Maire, je suis en communion avec toi, tu le sais !" »
Le respect des familles. Les familles expriment de suite leur volonté de ne recevoir personne : ni presse, ni télévision, ni interviews. Dès l'annonce du décès d'Antoine et Vincent, toutes les presses et télévisions sont sur place. Il est décidé de leur interdire l'entrée du quartier. La police sera présente sur place pendant ces huit jours.
C'est par centaines d'appels téléphoniques que l'on veut m'arracher des informations que je ne possède pas moi-même (Lire ci-dessous). Toute l'action que j'ai menée avec toute mon équipe du conseil municipal avait pour mot d'ordre celui de respecter les souhaits des familles que j'ai rencontrées chaque jour et de tout mettre en oeuvre avec le cabinet du préfet afin que tout se déroule le mieux possible. »
Après la marche silencieuse. « C'est terminé. Je suis physiquement très fatigué, très attristé. Je partage avec tous ces gens la douleur qu'ils ont exprimée dans cette longue semaine que nous venons de passer ensemble. J'ai soudain envie d'être seul, seul avec mon épouse qui m'a soutenu pendant toute cette épreuve, pour méditer et remercier dans le fond de mon coeur toutes celles et ceux qui m'ont apporté réconfort et amitié.
Je m'enferme alors dans la chapelle des Soeurs de la Clairière. Après quelques instants de silence avec mon coeur et moi-même et accompagné des religieuses, je prends un café. Elles m'apportent un formidable soutien. »
Les obsèques. « Entre 13 h 30 et 14 h 30, l'église se remplit dans un profond silence et un profond respect à Antoine et Vincent. Mgr Ulrich vient saluer les familles, me salue à mon tour. Les cuivres de la Philharmonie apportent un climat profond de recueillement. (...) Nous allons à la porte de l'église pour attendre le président de la République. (...) Son chef de cabinet me demande de l'accueillir à sa sortie de voiture, de l'emmener jusqu'à Mgr Ulrich, qui le conduira à sa place dans l'église.
Le président arrive à 14 h 55 très précises. Je le reçois à sa sortie de voiture. Quelques mots s'échangent : "Mes respects, Monsieur le Président ", "Bonjour, Monsieur le maire" "C'est un épreuve terrible que nous vivons... ". (...) Je lui transmets les remerciements des élus et de notre population pour sa venue à Linselles afin de participer et partager avec nous la douleur de la perte d'Antoine et de Vincent. Je le conduis ensuite vers Mgr Ulrich. Une courte conversation s'engage.
Il rentre ensuite dans l'église. (...) Il salue longuement l'ensemble des familles et principalement Rakia, la fiancée d'Antoine. Il s'incline respectueusement devant les cercueils et rejoint sa place. Derrière lui, les personnalités importantes. Son regard se tourne sans cesse vers les deux familles. (...) À la sortie de la cérémonie, après avoir discuté longuement avec Mgr Ulrich, je reconduis le président à sa voiture. Une courte discussion s'engage. Je lui demande de faire toute la lumière sur cette affaire. »
« Plus de trois cents appels téléphoniques par jour ». La médiatisation, le soutien réconfortant des élus, la minute de silence et... la minute de bruit. Autant de sujets que le maire évoque encore...
Conférence de presse journalière. « Je ne peux passer sous silence la presse, la radio, les télévisions. Elles ont, certes, un travail difficile qui est de donner des informations les plus justes possibles en des temps records pour satisfaire leurs audiences. Je peux les comprendre. Dès le début de l'annonce des otages linsellois tués au Niger, dès l'annonce de leurs disparitions brutales, ils ne m'ont plus quitté d'une semelle jour et nuit. Ils me demandaient des informations par téléphone. C'est à plus de 300 appels téléphoniques que j'ai dû répondre, ainsi que mes adjoints. C'est à un mur de journalistes que nous avons dû faire face. (...)
Nous avons décidé que je tiendrais journellement une conférence de presse les avisant des dernières informations que je possédais et qui étaient justifiées. Je dois avouer que c'est très pesant, épuisant et à la limite du raisonnable. Chacun fait son métier, je peux le comprendre et ils ont joué le jeu. C'est ce qu'ils font avec détermination. Je veux simplement dire que quelques-uns l'ont fait avec leur coeur, avec beaucoup de dignité et de respect dans cette terrible douleur. »
Un travail d'équipe. « Je voudrais parler des élus (Ndlr. Il cite de nombreux élus, dont les maire de la Vallée de la Lys et ceux de la communauté urbaine), qui, par une présence, une courtoisie, un partage du deuil m'ont apporté un soutien incroyable à l'occasion de cette douloureuse et pénible affaire. Ils ont respecté scrupuleusement les souhaits des familles. Les contacts ont été nombreux et les témoignages qu'ils m'ont envoyés ont vraiment apporté à moi-même et à l'ensemble du conseil municipal un très grand réconfort.
(...) Je veux surtout remercier l'ensemble de mon conseil municipal qui m'a aidé énormément et avec lequel nous avons fait, avec tous les services, qu'ils soient préfectoraux, communautaires, de sécurité, de renseignements, un travail d'équipe qui a permis de mener à bien cette pénible tâche. (...) Je veux remercier l'ensemble des élus qui ont partagé la douleur de ces familles et la nôtre. »
Construire la paix. « De ce fameux "silence" que nous avons tous observé, nous pouvons déduire qu'il a apporté un consensus exceptionnel dans l'ensemble de la population et des élus et qu'il a permis de construire, un court instant, la PAIX. »
Le moment le plus fort. « Enfin, la minute de bruit mise en place par les jeunes était certainement le moment le plus fort que j'ai vécu. Chacun a pu exprimer sa douleur et transmettre à Antoine et Vincent son plus profond respect et son plus grand amour et partager la profonde douleur des familles. »
(Archives, VdN., 27/1/2011).
Après le drame, Jacques Rémory témoigne…
De l'annonce du décès d'Antoine de Léocour et Vincent Delory aux obsèques, Jacques Remory n'a jamais montré signe de faiblesse. Le maire de Linselles a souhaité revenir sur les événements. Par écrit. Pour laisser une trace. Faire le point. Après des journées exténuantes.
Arrivée de la cellule psychologique, mise en place des cahiers de doléance, préparation de la marche silencieuse, soutien aux familles, obsèques, le premier magistrat n'a jamais eu de répit. Sauf à de rares et précieux moments. Comme après la marche silencieuse du dimanche 16 janvier 2011.
L'édile linsellois vient alors de vivre intensément la minute du bruit, « le moment le plus fort ». De prononcer son discours, les jambes tremblantes. « Dans des conditions surhumaines ». Devant plus de 4000 personnes réunies place de la République. Il est « physiquement très fatigué très attristé ».
« J'ai soudain envie d'être seul, seul avec mon épouse qui m'a soutenue pendant toute cette épreuve, pour méditer et remercier dans le fond de mon coeur toutes celles et ceux qui m'ont apporté réconfort et amitié, écrit-il. Je m'enferme alors dans la chapelle des soeurs de la Clairière. Après ces quelques instants de silence avec mon coeur et moi-même et accompagné des religieuses je prends un café. Elles m'apportent un formidable soutien ».
Dehors la tempête médiatique ne faiblit pas. Les journalistes sont en nombre. « Faisant le forcing dès que j'apparaissais pour avoir les dernières nouvelles leur permettant un scoop ». Il a fallu s'organiser. « Nous avons décidé que je tiendrai journellement une conférence de presse les avisant des dernières informations que je possédais et qui étaient justifiées, explique-t-il. Je dois avouer que c'était très pesant, épuisant et à la limite du raisonnable ». Mais il faut préserver les familles.
« Le préfet, par deux fois les (les médias, ndlr) a rencontrés et interpellés pour que tout se passe dans le respect et le souhait profond des familles : pas de rencontre, pas d'interview, pas de visite aux familles. Ce sont les policiers, qui pendant huit jours, ont eu une présence constante à faire respecter ce qui avait été décidé ».
« Faire toute la lumière sur cette affaire »
Les obsèques d'Antoine et Vincent sont le point d'orgue de cette médiatisation. Jacques Rémory revient sur l'événement. « Le Président arrive à 14h55 très précise, raconte-t-il. Je le reçois à sa sortie de voiture ». Quelques mots s'échangent.
« C'est une épreuve terrible que nous vivons », lui dit le président de la République. La cérémonie religieuse se déroule ensuite « dans un climat de profond recueillement ». « Seuls l'abbé Bogaert et Monseigneur Ulrich rompent ce silence impressionnant, décrit Jacques Remory. La chorale Musicalys apporte son concours à la participation des fidèles. Monseigneur Ulrich nous gratifie d'une homélie de haute qualité ».
À la sortie, le maire discute « longuement avec Monseigneur Ulrich » et reconduit le Président à sa voiture. « Une courte discussion s'engage avec lui, témoigne-t-il. Où je lui demande de faire toute la lumière sur cette affaire ».
(Archives, N.E., 30/1/2011).
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