Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
On commence à comprendre que Marc Ronet fait partie des artistes majeurs. Le peintre, installé depuis 1966 à Halluin, a eu droit à une grande exposition en 2005, au Musée des beaux-arts de Tourcoing et à Roubaix. Pour le grand public ça a été une espèce de révélation. À 75 ans, l'homme est d'une jeunesse incroyable, d'une capacité de réflexion éblouissante.
Marc Ronet ne montre pas souvent son travail. « Je ne vais pas aller dans une galerie avec mes doutes... » Une fois l'oeuvre achevée, il l'oublie. Heureusement que le musée de Tourcoing, avec Évelyne Dorothée Allemand et Yannick Courbes, et la Piscine à Roubaix lui ont consacré une grande exposition. Pendant vingt ans, il n'a pas exposé. Des artistes méconnus ? Il les compare à des fleuves. Une source, une disparition une résurgence plus forte.
À regarder son travail, on comprend très vite qu'il est intemporel. "Montrer" est pour lui difficile, cela l'oblige à avoir un regard sur le passé, à trouver une logique aux choses. « J'ai besoin de jalons, pas de revenir sur le passé. Ce qui est important, c'est de marcher. » La peinture ? Une rencontre avec lui même. « Le beau arrive par surprise. Je ne sais pas ce que je fais. » Dans l'atelier, on est complètement déconnecté. Seule la lumière du ciel entre, un atelier où il peint actuellement sur des grands contreplaqués posé au sol avec des pinceaux attachés au bout d'un bâton.
Les toiles ne résistaient pas toujours aux assauts des pinceaux. Là c'est une lutte, un combat. Il a renoncé aux toiles car elles ne résistaient pas à ses assauts. Le geste doit être aussi naturel qu'une affiche arrachée. On est dans l'instantanéité du mouvement « la difficulté c'est de l'oublier ». Ce n'est pas par hasard, non plus, s'il n'utilise quasiment que la pointe sèche pour ses gravures sur plaques de zinc. Le geste ne peut y être que rapide, précis, sec. Sa gravure est impressionnante d'émotion et de force.
Il a peint beaucoup de lieux vides. Toujours une opposition entre doute et certitude. L'équilibre de son travail est, par définition, instable et fragile !
À sept ans, il visite avec une tante une expo aux Beaux-Arts de Lille. Là c'est une révélation, un ébranlement devant un Rubens. Il décide qu'il deviendra peintre. L'homme qui est passé par Saint-Luc, élève de Dodeigne, a été sous le choc d'Eugène Leroy. L'homme le lui a bien rendu.
En 1957, déjà, son art était empreint d'un modernisme éblouissant. « Quand on crée c'est pour faire quelque chose qui n'existe pas. » Marc Ronet ne fait pas de design, ne cherche pas à plaire. Alors qu'il montre à Eugène Leroy un tableau avec lequel il a « beaucoup de misère », il s'entend répondre : « Je te souhaite beaucoup de misère comme ça ».
Marc Ronet a eu une carrière d'enseignant en collège à Arras, Béthune et, pour finir, à Tourcoing.
Depuis 2005 et la grande exposition, il est beaucoup plus demandé par des galeries. « Mon jugement personnel n'a pas de poids face au fait d'exposer dans deux musées en même temps. » Le temps. Une donnée importante dans son oeuvre. « Dans l'instant, il y a deux notions. Il y a l'instant où tout commence, l'instant de l'urgence, et puis il y a le dernier instant (...) Si c'est le dernier, j'en profite (...) Je n'ai encore rien fait, c'est toujours urgent. » Il peint tous les jours, sauf quand il est en vacances. « Je suis bien obligé, mais pas trop longtemps... », dit-il avec un regard amusé vers sa femme.
Son travail ? Une quête épuisante de vérité. Il ne sait toujours pas ce qu'est la peinture, alors il cherche à percer le secret. « La création est un acte douloureux. » Et de citer Duras dans « Hiroshima mon amour » : « Tu me tues, tu me fais du bien. (...) Pourquoi est-ce que je respire ? D'abord, parce que je ne peux pas faire autrement... » Il ne peint jamais en dehors de l'atelier. Pas de carnet de croquis.
Un lien avec le sacré ? Silence. « Je ne suis pas athée. » Re-silence. « Je peux aller chercher un livre ? » Et le voilà qui part dans son atelier et revient avec Vélasquez. Là, c'est le prof, totalement en admiration devant le maître, qui parle. Il décortique, comme ses livres sur lesquels il pose ses annotations. À l'écouter, on se sent moins ignorant, du moins on le pense.
Comme Vélasquez, Marc Ronet peint des torchons, des chiffons du quotidien, une quête de la simplicité absolue, du sens extrême. Marc Ronet est un peintre moderne dans tous les sens du terme. « Ce n'est pas une insulte. » Pas de mécène, juste des amis, Fidélité, un mot vital pour lui.
Équilibre, aussi, entre ses joies et ses peines. Au mur, un tableau de Nenette, sa fille handicapée alors qu'elle est encore un bébé, condamnée à une vie allongée. Marc Ronet la peint debout tantôt avec tendresse, tantôt avec douleur.
Il peint ou grave des bâtons, des arbres, des verticalités, des colonnes vertébrales, des sujets qui s'évadent vers le ciel. Il peint des tables vides ou avec des soliflores, où on peut mettre ce qu'on veut. « Le vide envahit tout, la peinture devait gagner (...) La table est un socle. » « Je n'ai pas fini, je n'ai rien fait. » Il a un énorme appétit de vie, une urgence à créer. Pourquoi ? « Parce que ! », comme on répond souvent aux enfants avec le ton amusé de parents désarmés.
(Archives, VdN, 6/8/2009).
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