Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Par Brandodean
Ce soir de Noël 2009, à l'heure où nous tomberons de joie dans les bras des êtres qui nous sont chers, une trentaine de sans-abris trouveront un repas chaud et le réconfort d'un lit à la Maison d'accueil Agnès Fénart, rue de la Lys. Ouverte depuis 2004, la structure a amplifié son accueil.
La grosse tartine de neige qui recouvre le parc n'encourage pas Geoffrey, David, Bernard et les autres à mettre le nez dehors aujourd'hui. Ils préfèrent rester « au château ». C'est le nom qu'ils donnent à l'ancienne demeure de Polydore Stock devenue le siège social des Ets Verkindère-Décofrance jusqu'en 1994.
Louée depuis 2004 à l'association lilloise Martine Bernard, la bâtisse abrite une structure d'hébergement d'urgence. Cette maison d'accueil répond toute l'année aux besoins des sans-abris qui font appel au 115. Elle dispose de 32 places dédiées exclusivement aux hommes.
Le réglement est strict : l'alcool et la drogue sont interdits tout comme les comportements agressifs, sous peine d'exclusion. Un cadre nécessaire pour assurer la sécurité des uns et des autres, loin de l'hostilité de la rue. « C'est primordial d'offrir à ces personnes un lieu où elles se sentent en sécurité, un lieu où elles se posent sans craindre les agressions, les vols... Avoir un placard avec une clé, c'est déjà beaucoup pour elles », explique Jean-Luc Rysman, chef de service au sein de l'association.
Des nouveaux profils
Cette année, pas moins de 700 personnes ont été hébergées à Halluin. C'est beaucoup selon Jean-Luc Rysman. Une population âgée de 18 à 60 ans et plus. Des hommes marginalisés par la société, des pères de famille en instance de divorce, des jeunes gens en rupture familiale, mais aussi des demandeurs d'asile qui ont épuisé tous les recours... Depuis deux ans, l'association accueille de nouveaux profils : les travailleurs pauvres.
« Ce sont des gens qui partent travailler le matin et qui rentrent le soir. Avant d'arriver ici, certains dormaient dans une voiture. »
Autre constat alarmant : le cas de plusieurs retraités dont les ressources n'assurent plus le minimum vital. La durée des séjours peut varier de 1 à 15 jours renouvelables selon les situations. Geoffrey, 20 ans, est en galère depuis « toujours » sourit-il. Une enfance orpheline, une adolescence plutôt vagabonde, Geoffrey trouve refuge dans les centres d'hébergement d'urgence depuis quelques mois suite à une rupture sentimentale. Titulaire d'un CAP de restauration, il aimerait dégoter un job en début d'année.
« Je dois d'abord refaire tous mes papiers, je n'ai plus rien. Ici, les éducateurs nous aident à trouver du travail et un logement. C'est bien parce qu'on a perdu l'habitude de tout ça. Les démarches administratives nous semblent insurmontables. »
Comme plusieurs hébergés, il confie se sentir bien à Halluin, loin de Lille et de ses tentations.« Ils sont sensibles au cadre. L'été ils apprécient particulièrement le parc. C'est un endroit apaisant », indique Jean-Luc Rysman.
Le quotidien du foyer ne se résume pas au gîte et au couvert. Une équipe de cinq travailleurs sociaux accompagne les sans-abris sur le chemin de la réinsertion. « On respecte leurs univers et leurs trajectoires, il ne s'agit pas d'imposer une recherche d'emploi ou de logement, mais dans un premier temps de remettre des perspectives. »
Ouverte toute la journée
Depuis novembre, la structure a changé de fonctionnement. Grâce à une subvention de la DDASS, qui a permis un recrutement, elle reste ouverte toute la journée. Avant cela, les sans-abris devaient quitter le foyer à 8h pour revenir à 16h.
« Cela les obligeait à passer leurs journées dehors avec toutes les difficultés que cela implique surtout l'hiver effectivement » explique Jean-Luc Rysman. Désormais, ils peuvent profiter de la structure toute la journée. Même si la galère n'a pas de saison, c'est un confort appréciable pour ces sans-abris qui prennent part aux tâches ménagères ou improvisent du petit bricolage. L'occasion de s'ouvrir aux autres quand la rue a enfermé les coeurs.
(Archives, N.E., 24/12/2009).
Le Château Stock…Petit retour en arrière
Cet ancien château appartenait à l’entreprise Stock qui fabriquait essentiellement de la toile de jute destinée à l’emballage de marchandises diverses ou à la fabrication de sacs. Elle employa jusqu’à 300 personnes.
Le château construit par l’entreprise Maret d’Halluin, était l’œuvre de l’architecte M. Chenal.
Ce tissage de jute fut d’abord dirigé par M. Polydore Stock (propriétaire du château) jusqu’à son décès en 1939. Puis M. Léon Hottelart, son gendre, lui succéda jusqu’à la fermeture.
Au début des années 50, plus de 200 personnes travaillent dans l’entreprise, mais d’année en année l’effectif diminue avec la baisse d’activité. L’arrêt de la fabrication des sacs est effectif après les évènements de mai 68.
Les Ets Stock ferment définitivement en 1970. Les locaux sont repris par les Ets Verkindère-Décofrance. Ceux-ci installeront leurs bureaux au château, jusqu’à la fermeture de l’usine de papiers peints.
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