Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Par Brandodean
L’association des seniors halluinois organisait, en Février 2007, un rendez-vous sur le thème : « Se nourrir à Halluin, des temps de pénurie aux moments d’abondance », sujet présenté et animé par l’historien local Roland Verkindère.
Trois chapitres ont été abordés et développés avec plusieurs interventions spontanées très riches en anecdotes, et particulièrement avec MM Dochy, Vuylstecke, Berland et Dewulf, anciens commerçants.
La nourriture traditionnelle et son évolution
Les interventions de Roger Vuylstecke ont été très intéressantes sur l’histoire et l’évolution de la boucherie à Halluin. Ayant débuté à 14 ans dans le commerce de son père, il a appris le métier sur le tas, il faisait alors le portage du Mont au Colbras.
Il se souvient qu’avant guerre, il y avait vingt-six bouchers, à ce jour il n’y en a plus que quatre… (2 en 2010 !). L’implantation des supérettes et grandes surfaces n’a rien arrangé à la disparition rapide des petits commerces de proximité dans nos divers quartiers avec, en prime, les contraintes sanitaires européennes draconiennes en vigueur.
Il se rappelle que le jeudi il fabriquait des kilos de saucisses et de hachis. Le samedi c’était la grosse vente avec le pot au feu qui était une des premières ventes du magasin. On commença à vendre de la volaille dans les années 60. Les cafés dineurs commencent à s’implanter un peu partout. L’essor des banques a vu le jour.
Laura et René Dewulf, anciens tenanciers du « Repos » anciennement « Chez Germaine », rue de Mouscron à Menin (B) ont tenu plus de trente-cinq ans le café dîneur, créé par la maman de Laura, veuve de guerre.
Elle débuta en faisant de la soupe pour des ateliers nouvellement implantés aux baraques (Menin). Le commerce se développa très vite et évolua vers des repas complets avec des légumes frais. Laura s’en souvient comme si c’était hier, des cent kilos de pommes de terre épluchés pour les frites chaque midi, avec les vingt-cinq kilos de chicon pour faire la salade en plus des trois bacs de salade ‘scarole ».
Il y avait cent vingt à cent quarante dîneurs par jour. La maison était très renommée pour la fraîcheur des produits. On devait refuser du monde ! Les propriétaires sont en retraite depuis 1988, mais ils évoquent leurs souvenirs professionnels avec une certaine nostalgie des bonnes années passées derrière le fourneau, et auprès de la fidèle clientèle.
La nourriture dans les temps de pénurie
De 1939 à 1947 les commerces ne sont pas très bien approvisionnés. Le rationnement et les tickets s’installent. Le « boulitch » au lait battu devient le plat du moment très apprécié en cette période austère. Les élevages familiaux se développent avec l’implantation des clapiers et poulaillers, la moindre parcelle de jardin est exploitée.
De 1940 à 1944, Halluin comptait 14 000 habitants et les champs étaient vastes par rapport à aujourd’hui. Cette période de pénurie a vu l’arrivée du marché noir à Halluin avec le troc et les échanges de marchandises pour ceux qui avaient les moyens.
Les activités de solidarité se développèrent également, dont la soupe populaire et les cantines municipales avec l’aide de la Croix Rouge.
M. Dochy, boulanger, avait 11 ans à l’époque de la dernière guerre. Il a évoqué l’évolution du pain rond de 1500 grammes vers les pains longs, et de la baguette à la ficelle. La farine de maïs n’était pas toujours de première qualité pour fabriquer le bon pain. Il a fallu quelques années pour avoir du bon blé et faire de la qualité boulangère.
Les repas de fêtes
Au moment de la ducasse on cuisinait le lapin, c’était sacré. Le verre de vin blanc était servi en apéritif. Il n’était pas rare de voir au menu également de la langue de bœuf pour une réunion familiale avec le célèbre carré de gâteau en dessert, le « Tom pouce ».
Le « pâté patate » traditionnel fait encore les beaux jours dans la vie associative locale, comme le « Pierrot ». Ces deux spécialités typiques à notre région amènent la convivialité et la bonne humeur.
Aujourd’hui les jeunes découvrent et se rééduquent au goût des saveurs faisant parti du folklore des Flandres.
(Archives, N.E. 23/2/2007).
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