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Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.

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Les Familles des Nordistes Tués au Niger Témoignent...

 

 

Thérèse et Patrick de Léocour, les parents d'Antoine, l'humanitaire qui a perdu la vie au Niger le 8 janvier avec son ami Vincent Delory, livrent un hommage bouleversant à leur fils.

 

Sable du Niger, janvier 2011. Posé à côté d'une photo d'Antoine ce pot de terre rouge contient tout un monde. Des rencontres et des promesses. L'histoire de ce fils aventurier et idéaliste parti épouser l'Afrique comme humanitaire et avec elle, Rakia, sa fiancée. Ce continent qui l'appelait depuis son mémoire sur les traces d'un missionnaire à la découverte du Congo. Ces retrouvailles rieuses avec sa famille à Linselles. Thérèse et Patrick, ses parents, Anne-Sophie et Catherine, ses deux soeurs aînées.

 

« C'est un ami d'Antoine venu pour les funérailles qui nous a offert ce sable. C'est un beau geste. Quand Antoine revenait, tout son linge était imprégné de cette couleur » confie sa maman. Thérèse et Patrick de Léocour sont encore sur le quai de la gare Lille-Europe le 2 janvier. Dans les bras d'Antoine. « Il était si heureux de savoir que nous allions le rejoindre dix jours plus tard pour son mariage.  » Cela aurait été leur premier voyage. Une grande fête. Fraternelle.

 

Antoine et Rakia se connaissaient depuis deux ans et avaient choisi de s'unir dans la tradition locale, selon le mariage civil musulman. « Antoine nous avait dit que nous serions projetés dans une autre civilisation. C'était l'inconnu pour nous. On partait tout découvrir. Nous étions si heureux d'accompagner notre fils dans son idéal. » La famille Hassan-Kouka avait tout préparé pour l'arrivée des parents et des amis d'Antoine. Rakia, qui embrasse une carrière dans la communication, avait choisi pour Thérèse un sublime pagne en basin richement brodé. « Elle me l'a ramené », livre-t-elle.

 

La famille de Léocour a rencontré Rakia pour la première fois le jour du rapatriement de leur fils à Roissy. « Nous l'avons serrée fort. Elle était très proche. C'était son premier voyage en France. » Rakia est repartie au Niger vendredi. Un déchirement. « Antoine était accepté comme un fils par la famille de Kiki (Rakia, ndlr). Nous l'avons régulièrement au téléphone comme ses parents, des gens très attentionnés. »


« On n'en veut pas à l'État »


Antoine, qui parlait couramment le haoussa, le dialecte local, avait débuté son engagement fin 2008, d'abord au Niger pour une ONG allemande, puis en Centrafrique, pour Aide médicale internationale, une organisation française. Un pays sensible où il devait démarrer une nouvelle mission de six mois.

 

« Il vivait des choses difficiles mais en parlait peu pour ne pas nous inquiéter. Il nous disait que le Niger était plus sûr, et finalement... » La vie de Thérèse et de Patrick de Léocour a basculé dans un abîme de questions : « Bien sûr on s'est demandé si Antoine était ciblé parce qu'il épousait une jeune femme nigérienne mais ils auraient pu s'en prendre à lui bien avant... Antoine et Vincent étaient là au mauvais endroit, au mauvais moment. Il subsistera toujours des questions mais nous devons apprendre à vivre avec elles. »

 

La famille n'éprouve aucun ressentiment face à la réplique opposée par la France : « On n'en veut pas à l'État, on en veut aux rebelles » , insiste le père qui retient cette phrase du président de la République lors de la rencontre à l'Élysée : « J'assume l'entière responsabilité de cette opération. »

 

Et d'évoquer cette conversation partagée avec Antoine pendant les fêtes : « On parlait des otages d'Areva et il nous disait : "Si cela m'arrivait, surtout je souhaite qu'on ne donne pas d'argent aux ravisseurs, ce serait les encourager". » « Les savoir quelque part dans le désert exposés à des souffrances pendant des mois, ce serait pire », soupire la maman en pensant aux derniers battements de coeur des deux garçons : « Est-ce qu'ils ont pu se parler ? Se réconforter ? » Les parents d'Antoine ont trouvé beaucoup d'apaisement dans les nombreux messages reçus.

 

Cette marche silencieuse qui s'est terminée par des applaudissements comme un hymne à la vie résonne encore en eux. « On espère que ce sacrifice servira à quelque chose. Pour le moment, on a l'impression qu'Antoine va revenir... » Le couple a à coeur de reprendre au plus vite ses engagements bénévoles entre Emmaüs et l'accueil des naufragés de la vie dans un foyer lillois. Thérèse et Patrick de Léocour tiennent dans la force de leur amour. Pour leurs deux filles. Pour Louise, leur petite-fille née le 27 décembre. La nièce d'Antoine. « Il a pu la serrer dans ses bras. »

 

(Archives, N.E., 25/1/2011). 

 

Lien : Le Dernier Hommage des Linsellois et de la Nation, à Antoine et Vincent.  

 

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