Publication relative à l'histoire de la ville d'Halluin 59250. Regard sur le passé et le présent.
Signer à 26 ans une œuvre aussi monumentale (8,50 m de long, 2,50 m de large) et la présenter dans la ville, où on est né, où l’on vit, c’est un rêve que doivent caresser bien des artistes.
Ce rêve, Dominique Wulstecke l’a réalisé, en novembre 1983. Le jeune sculpteur Halluinois est l’auteur du relief de 20 m2 qui, depuis 25 ans maintenant, orne le collège d’enseignement secondaire Robert Schuman à Halluin.
Mais du rêve à la réalité, il y a toujours un petit décalage. Et pour D. Wulstecke, tout n’est pas vraiment rose. D’abord parce que son œuvre aurait mérité d’être mieux mise en valeur. Il aurait voulu la présenter en façade, sur la rue de Lille, pour que tout le monde puisse en profiter.Cela n’a pas été possible et il faut donc traverser tout le collège pour pouvoir l’admirer, sur un mur de l’atelier de l’établissement..
Second petit accroc, dans le rose de ce tableau : ce n’est pas en décrochant un marché comme celui-là qu’un artiste en est pour autant sorti des difficultés financières. Aujourd’hui qu’il a terminé cette œuvre, Dominique Wulstecke rêve maintenant… d’un travail à mi-temps qui lui permettrait de rembourser ses dettes tout en continuant à exercer son art.
Le budget qui lui a été alloué paraît pourtant important : il a bénéficié du 1 % de l’extension du collège. Ce pourcentage du budget de construction d’un édifice public qui doit être maintenant consacré à la réalisation d’une œuvre d’art.
Le temps que le projet aboutisse, que le travail soit achevé, et deux ou trois ans se sont écoulés depuis la fixation du prix qui ne correspond plus vraiment au coût de la réalisation/
« Si j’ai pu finir, c’est que mes parents et mes amis m’ont aidé financièrement. C’est grâce à eux que j’ai pu subsister. Le solde du prix de mon travail je vais le toucher maintenant, cela me servira à rembourser mes dettes… ».
Pas aigri…
N’allez pourtant pas croire que Dominique Wulstecke est un artiste aigri. Ses problèmes financiers, il en parle presque à regret parce que c’est ce qui le préoccupe actuellement. Mais il n’est pas du genre à « cracher dans la soupe » et il en revient bientôt à la chance qu’il a eue de pouvoir mener à bien cette œuvre.
« C’était il y a deux ans, je venais de terminer les Beaux-Arts à Paris. L’architecte du collège avait d’abor choisi un peintre, mais le jury qui étudie le projet l’a refusé à deux reprises.
J’ai alors réalisé une maquette que j’ai déposée à la communauté urbaine et je suis passé à mon tour devant le jury formé de critiques d’art et d’artistes réputés. Mon projet a été accepté. Sans doute parce que je suis Halluinois ».
800 kilos de cuivre
Halluinois, ce n’est (fort heureusement) pas la seule qualité de Dominique Wulstecke qui a consacre toute une année de travail à mener à bien son œuvre.
« On me donnait l’occasion de passer à un stade supérieur, d’abandonner un moment les petites sculptures que l’on peut faire « en chambre », je ne pouvais pas rater cela. J’aurais pu faire quelque chose de plus facile, de plus « tape à l’œil », mais cela n’aurait pas été une bonne publicité ».
Faute de local disponible à Halluin, Dominique Wulstecke a donc loué un atelier à Tourcoing et s’est mis au travail. Seul. Ce qui l’a obligé, vu le poids du matériau « j’ai utilisé environ 800 kilos de cuivre », de travailler à plat et par petits éléments qu’il lui a fallu ensuite ajuster, souder, riveter. Pas facile dans ces conditions d’avoir une vue d’ensemble ; le sculpteur s’est alors fait charpentier pour aménager une sorte de balcon dans la charpente de l’atelier pour pouvoir embrasser son œuvre d’un seul coup d’œil.
Une année de travail.. .Entre le projet initial et la réalisation, l’artiste a évolué : après avoir réalisé un tiers de sa fresque en relief. Dominique Wulstecke a remis sa maquette en cause. Comme l’avaient d’ailleurs fait les membres du jury qui avaient trouvé son projet un peu trop rigide, d’inspiration trop cubiste.
Ce premier tiers est composé de volumes massifs, très ordonnés, très saillants. Il donne naissance à des formes moins froides, moins géométriques, une sorte d’ondulation qui nous mène tout naturellement à la troisième partie de l’œuvre d’inspiration beaucoup plus libre.
Là, Dominique Wulstecke a donné libre cours à son imagination et à sa technique, pour créer des formes toujours abstraites, mais beaucoup plus vivantes. Ce passage des formes simples aux formes plus débridées est aussi un choix qui tient compte du public qui verra cette œuvre :
« dans une école, il est important de montrer que lorsqu’on s’exprime, on peut prendre sa liberté, créer un nouveau langage ».
Ce langage du volume tel que le conjugue Dominique Wulstecke ne reflète pas une réalité. Non figuratif, il veut susciter des vibrations, des sensations chez les spectateurs. Son approche de la sculpture, on la retrouve surtout dans la troisième partie de son relief, dans ce dessin très fouillé fait de tôles coupées et soudées d’une sorte de fossile animal affleurant les ondes émanant de la première partie de l’œuvre en laissant échapper une multitude de bulles de métal. Pas de titre, pas d’interprétation, pas de justification de l’artiste « pour enfermer » le spectateur :
C’est alors l’imagination de chacun qui doit travailler. Si la « lecture » du relief de Dominique Wulstecke dépend de la sensibilité du spectateur, elle dépend aussi des conditions climatiques.
Cette freque est réalisée en cuivre, un matériau qui joue avec les reflets du soleil, qui prend un relief particulier lorsque la pluie le fait briller…
« Un certain respect… »
Avec l’installation de son œuvre, Dominique Wulstecke a franchi le dernier pas dans la creéation : il livre son travail au public… et attend ses réactions. Des réactions plutôt favorables dans l’ensemble. Même si elles portent plus sur la technique que sur le « contenu » du relief :
« J’ai rencontré plusieurs professeurs d’ateliers et quelques élèves pendant que je l’installais, et ils ont reconnu la qualité du travail dans la mise en forme de la matière, déjà cela entraîne un certain respect ».
La qualité du travail, c’est en effet ce qui saute aux yeux.
(Archives N.E., 20/11/1983).
L I E N S :
L'Halluinois Richard Sobus fait chevalier du Mérite agricole.
La Première Galerie d'Art installée à Halluin par André Fostier.